CXIX
PLAINTE A LA BELLE BANaVIERE
Philis, vous auez eu tort D’auoir rebuté si fort Mes vœux & mes sacrifices ; Vous aurez des entretiens.
Et receurez des seruices Qui ne vaudront pas les miens.
le deuois sans vous aimer,
Vous voir ainsi qu’vne Mer Fatale à beaucoup de Barques ; Et d’vn iugement plus meur Obseruer toutes les marques Du reflux de vostre humeur.
Faurois preueu le danger Que Ton trouue à s’engager Auec vn esprit volage.
Et cogneu facilement Les signes de mon naufrage, Auant mon embarquement.
Mais soudain que ie vous vy Mon cœur se sentit rauy ;
Cette ardeur fut trop soudaine :
Vostre derniere action Me fait bien porter la peine De ceste indiscrétion.
LES AMOVRS DV S"* TRISTAN
Mon humeur a des apas Qui ne vous déplûrent pas ;
Dés la première visite : ^
Mais vn fatal entretien,
En vous loüant mon mérité, Vous aprit mon peu de bien.
Ce mot glaça vos esprits ;
C’est de là que vos mespris Ont leur véritable source :
Aussi vous trompiez vous fort Si vous croyez que ma bource Fust la bource de Mommort.
O sentiment criminel !
Bien qu’vn pouuoir paternel Vous oblige de le prendre.
Quoy, cet auare auiourd’huy N’acceptera pas vn gendre S’il n’est riche comme luy.
Peut-il tenir précieux Vn métal pernicieux Qui maintient par tout la guerre.
Et chérir si tendrement De lourdes pièces de terre Qui n’ont point de sentiment ?
Pour augmenter ses trésors 11 perd son ame & son corps,
Se consumant de tristesses.
Vn homme de iugement Peut auec moins de richesses Viure plus heureusement.