CONSOLATION A IDALIE
Mais la Parque suiette à la Fatalité,
Ayant les yeux bandez et l’oreille fermée.
Ne sçait pas dicerner les trais de la Beauté,
12 Et n’entend point le bruit que fait la Renommée.
Alexandre n’est plus, luy dont Mars fut ialous,
Cæsar est dans la tombe aussi bien qu’vn infâme :
Et la noble Car^ille aymable comme vous, i6 Est au fonds d^ cercueil ainsi qu’vne autre femme.
Bien que vous méritiez des deuoirs si constans.
Et que vous paroissiez si charmante & si sage ;
On ne vous verra plus auant qu’il soit cent ans,
20 Si ce n’est dans mes vers qui viuront d’auantage.
Par vn ordre eternel qu’on void en l’vniuers Les plus dignes obiets sont fresles comme verre Et le Ciel embelly de tant d’Astres diuers,
24 Desrobe tous les iours des Astres à la Terre.
Dés que nous commençons à raisonner vn peu,
En l’Auril de nos ans, en Page le plus tendre.
Nous rencontrons l’Amour qui met nos cœurs en feu, 28 Puis nous treuuons la Mort qui met nos corps en cendre.
Le Temps qui sans repos, va d’vn pas si leger, Emporte auecque luy toutes les belles choses :
C’est pour nous auertir de le bien mesnager 32 Et faire des bouquets en la saison des roses.
Les Amours, — 16. Est au fond du cercueil — 25. Sitost que nostre esprit raisonne tant soit peu
Annotations sur les Plaintes d^Acante (stances 62-68). — 21. qui reigne en l’vnivers — 22. La plus illustre vie est fresle