XXVIII
L’AMOVR DIVIN
SONNET
Mon ame, esueille toy du dangereux sommeil Qui te pourroit conduire en des nuits éternelles :
Et chassant la vapeur qui couure tes prunelles 4 Ne pren plus désormais l’ombre pour le Soleil.
Ne croy plus de tes sens le perfide Conseil,
C’est assez adorer des obiets infidelles :
Semons à l’auenir des beautez immortelles,
8 Que l’on treuue tousiours en vn estât pareil.
Aymons l’Autheur du monde, il est sans inconstance, Sa bonté pour nos vœux n’a point de résistance.
Il Nous pouuons en secret luy parler nuit & iour.
Il cognoist nostre ardeur & nostre inquiétude.
Et ne reçoit jamais de trais de nostre amour 14 Pour les recompenser de trais d’ingratitude.
XKVIII. Les Amours. — La sage considération.
Poésies de Tristan.