‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 9 sur 185 · LU · texte numérisé non relu

LU

A L’HONNEVR DE SYLVIE Stances.

Sauantes Filles de Mémoire,

Qui d’un espoir de gloire Sur vostre double Mont, flatez les beaux esprits ; le n’ay point de regret d’auoir suiui vos traces. Et vous rens mille grâces Des celestes secrets que vous m’auez apris.

Sans doute mes vers sont plus rares Que ceux de ces Barbares Qui pour vous obliger font d’inutiles vœux :

Et certain désormais qu’ils ont de l’excellence, le puis sans insolence

Permettre qu’vn Laurier me presse les cheueux.

I. La Lyre du S’^ Tristan (1641). Meslanges. — Pour vn portrait de l’incomparable Silvye.

II. Les Amours du Tristan (1638). — A l’honnevr de l’incomparable Sylvie

PLAINTES DACANTE

Quelle plume au siecle où nous sommes Du simple auœu des hommes

Pourroit auec raison flater sa vanité ?

Et ie voy toute-fois, que ma fortune est telle Qu’une voix immortelle

i8 Asseure mes escrits de l’immortalité.

Mes chansons ont charmé l’oreille D’une ieune Merueille

Dont l’aymable presence enchante tous les cœurs :

Elle treuue en mon stille vne douceur extresme Et confesse elle mesme

24 Que i’ay beaucoup de grâce à monstrer ses rigueurs

Certes, ses bontez sont estranges ; le n’ay mis ses louanges

Qu’au Tableau que i’ay fait des rigueurs de ses lois

Cependant à ma gloire elle dit mille choses D’vne bouche de Roses

30 Qui pourroit d’vn seul mot fauoriser des Rois.

Il faut confesser que Syluie Est la honte et l’enuie

De tout ce que l’on void de parfaictes Beautez :

Et que ce rare Objet a bien plus d’auantage Sur le plus beau visage

36 Que le Soleil n’en a sur les moindres clartez.

Mais ses vertus incomparables Sont vrayment adorables ;

Rien n’est égal aux dons qu’elle a receus des Cieux

Et quelques doux apas que tout le monde y loüe,

Il faut que l’on auoüe

42 Que son ame est encor plus belle que ses yeux.

A l’hONNEVR de SYLVIE

Maistres de la Terre et de l’Onde,

Venez du bout du Monde

Voir ces beautez sans nombre et sans comparaison: Amour est mon tesmoin, si ie dis que ses fiâmes En surprenant vos âmes,

48 Ne leur sçauroient donner de plus belle prison.

Tristan.

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