‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 90 sur 185 · LE DESPART FORCÉ · texte numérisé non relu

LE DESPART FORCÉ

SONNET

Tyran qui de ma vie absolument disposes.

Honneur tu m’as bien tost pressé de m’en aller ; Cependant tout le bien qu’ailleurs tu me proposes 4 Est vn mal dont mon cœur ne se peut consoler.

Faut-il donc s’esloigner de tant de belles choses Pour acquérir vn bruit qui n’est rien que de l’air ?

Et pour suiure la guerre abandonner des Roses 8 Que les plus beaux Lauriers ne sçauroient égaler ?

Mais, Amour, qui te dis le Monarque des Ames, Toy qui dans ses beaux yeux tout couronné de fiâmes Il Te maintiens en l’estât d’vn Vainqueur triomphant,

Souffres tu que l’honneur trauerse mon enuie.

Et que sur ce despart, Mars te traite en Enfant,

14 Toy qui l’as desarmé mille fois en ta vie?

[LVIl

L’AMANTE SOVPÇONNEVSE

SONNET

Vous dont la chere Image erre deuant mes yeux.

Et que ie vois tousiours de ceux de la pensée ;

Vous diuertiriez vous quand ie pleure en ces lieux,

4 Beaux lieux, tristes tesmoins de ma gloire passée ?

l’amante sovpçonnevse

Amour le plus cruel et le plus grand des Dieux, D’vne secrete peur rend mon Ame glacée ;

Cest que sans redouter la iustice des Cieux Par quelque changement vous m’ayez offencée.

S’il faut qu’il soit ainsi, Daphnis, ie veux mourir, le n’ay plus de désir que celuy de courir.

Ou vers vue riuiere, ou vers vn précipice.

Car vn destin barbare à ma fidelité

Veut que par trop d’amour i’espreuue le suplice

Que par trop peu de foy vous auez mérité.

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