I. — Un auditoire interloque
Hodja Nasr-Eddin Effendi monte un jour en chaire, pour precher : — O musulmans ! dit-il, connaissez-vous le sujet dont j'ai a vous entretenir ? — Nous l'ignorons, repondit-on de l'auditoire. — Comment vous developperais-je, s'ecrie le Hodja, un sujet que vous ignorez ? Une
autre fois, il monte de nouveauen chaire et dit : — O croyants! savez-vous ce que j'ai a vous dire? — Nous le savons, s'ecrie-t-on. — Que vous dirai-je alors que vous ne sachiez, fit le Hodja en descendant de la chaire. L'assemblee reste surprise de son depart. Quelqu'un propose alors que, s'il revenait, les uns repondraient : nous le savons, les autres :
nous l'ignorons. Cette opinion prevalut.
Une autre fois encore le Hodja parait et , comme precedemment , s'ecrie : — O mes freres ! savez-vous ce que j'ai a vous dire? — Parmi nous, lui dit-on, les uns le savent, les autres l'ignorent. — Eh bienj replique le Hodja, que ceux qui en sont instruits l'apprennent aux autres.