‹ Les plaisanteries de Nasr-Eddin HodjaChapitre 43 sur 99 · LIV. — Un juifadroitement depouille · texte numérisé non relu

LIV. — Un juifadroitement depouille

Un jour le Hodja se promenait dans Ak-Chehir. — Seigneur Dieu ! s'ecriet-il, donne-moi mille pieces d'or, je n'en recevrai pas une de moins! - Un juif etait aupres de lui pendant qu'il faisait cette priere. Pour savoir ce qui en adviendrait, il met, dans une bourse, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf pieces d'or et la jette dans le trou de la cheminee du Hodja.

Celui-ci apercoit un sac par terre. — Seigneur, s'ecrie-t-il, tu as exauce ma priere !

II ouvre la bourse, compte les pieces et trouve qu'il en manquait une. Celui qui m'a donne celles-ci medonnera bien aussi la derniere, aussi je les accepte, dit-il. A ces mots le juif s'emeut et court frapper a la porte du Hodja. — Bonjour, seigneur Hodja; donne-moi, s'il te plait, ces pieces qui sont a moi. — Es-tu devenu fou, marchand ! J'ai adresse une priere au Dieu qui ne trompe jamais (son nom soit glorifie), celui-ci l'a exaucee, comment ces pieces peuvent-elles t'appartenir ? — Sur mon ame, que tout cela ne soit qu'une plaisanterie, aussi vrai que je t'en ai fait une. — J 'ignore de quelle plaisanterie tu veux parler. — Je te l'ai faite parce que je t'ai entendu dire que tu n'eri prendrais pas une de moins. — Mais j'ai dit aussi que je les acceptais. — Allons alors au tribunal. — Quant a moi je n'irai pas a pied. — A ces mots le juif lui amene un mulet. — II me faut aussi une pelisse sur le dos. — Le juif lui prete egalement une pelisse. lis s'en vont alors au tribunal du cadi. — Celui-ci leur demande ce qui les amene. —

Cet homme, dit le juif, a pris mon argent et refuse de me le rendre. — Qu'as-tu a repondre a cela? dit le cadi au Hodja. — Monseigneur, j'ai demande milk pieces d'or au Dieu eternellement veridique (son nom soitglorifie), il m'a exauce, mais, en comptant les pieces, j'en ai trouve une de moins; malgre cela je n'ai pas laisse de les accepter, monseigneur. Maintenantce juif, non-seulementme les reclame comme son bien, mais encore la pelisse que j'ai surle dos etla mule sur laquelle je suis venu.— Elles sont bien a moi , monseigneur, replique aussitot le juif. ~ Va-t'en au diable, juif, s'ecriele cadi et, sans plus tarder, on le chasse hors de l'audience a coups de baton. Quant au Hodja il s'en fut tranquillement chez lui avec le mulet et la pelisse.

Page 1