ACTE DEVXIESME
ARGVMENT.
LE Prince d'Ithaque et la Princesse eurent une conuersation fort galante sur la Course des Chars qui se preparoit : Elle auoit dit auparauant à vne des Princesses ses Parentes, que l'insensibilité du Prince d'Ithaque luy donnoit de la peine et luy estoit honteuse : qu'encore qu*elle ne vouluit rien aymer, il estoit bien fascheux de voir qu*il n'aymoit rien ; et que quoy qu'elle eust résolu de n'aller point voir les Courses, elle s^y vouloit rendre, dans le dessein de tascher à triompher de la liberté d'vn homme qui la chérissait si fort. Il estoit facile de juger que le merite de ce Prince produisait son effet ordinaire, que ses belles qualite:( auoient touché ce cœur superbe : et commencé à fondre vne partie de cette glace qui auoit résisté jusques alors à toutes les ardeurs de l'Amour, et plus il affectoit, {par le conseil de Moron qu'il auoit gagné, et qui connoissoit fort le cœur de la Princesse, ) de paroistre insensible, quoy qu'il ne fut que trop amoureux, plus la Princesse se met' toit dans la teste de l'engager, quoy qu'elle n'eust pas fait le dessein de s'engager elle-mesme. Les Princes de Messene et de Pyle prirent lors congé d'elle pour s'aller préparer aux Courses, et luy par-
tant de Vesperance qu'ils auoient de vaincre , par le désir qu'ils sentaient de luy plaire : Celuy d'Ithaque, luy tesmoigna au contraire, que n'ayant jamais rien aymé, il allait essayer à vaincre pour sa propre satisfaction, ce qui la picqua encore d'auantage à vouloir soumettre vn cœur déjà asse:{ soumis, mais qui sçauoit déguiser ses sentimens le mieux du monde.