SATYRE. MORON
SATYRE
A la la.
MORON
Ah 1 Satyre mon amy» tu sçais bien ce que tu m'as promis il y a long-temps, aprens-moy à chanter, je te prie ? .
SATYRE
le le veux; mais auparauant escoute vne chanson que je viens de faire.
MORON
Il est si accoustumé à chanter qu'il ne sçauroit parler d'autre façon. Allons chante, j'escoute.
SATYRE
le portois...
MORON
Vne chanson, dis-tu?
SATYRE
le port...
MORON
Vne chanson à chanter ?
SATYRE
le port...
MORON
Chanson amoureuse, peste.
• SATYRE
IE portois dans vne cage Deux moyneaux que j'auois pris, Lors que la jeune Cloris Fit dans un sombre boccage Briller, à mes yeux surpris, Les fleurs de son beau visage :
Helas? dis-je aux moyneaux , en receuant les coups
de l'Isle Enchantée. 78
De set yeux si sçauans à faire des conquestes.
Consolez-vous, pauures petites bestes,
Celuy qui vous a pris est bien plus pris que vous.
Moron ne fut pas satisfait de cette Chanson, quoy qu'il la trouuast jolie, il en demanda vne plus paS' sionnée, et priant le Satyre de luy dire celle qu'il lui auoil ouy chanter quelques jours ati^arauant, il continua ainsi.
DÂns vos chants si doux, Chantez à ma belle, Oyseaux, chantez tous Ma peine mortelle :
Mais si la cruelle Se met en corroux, Au récit fidelle
Des maux que je sens pour elle; Oyseaux, taisez-vous.
Oyseaux, taisez-vous.
Cette seconde Chanson ayant touché Moron fort sensiblement, il pria le Satyre de luy apprendre à chanter; et luy dit :
Ah I qu^elle est belle ! apprens-la moy ?
SATYRE
La, la, la, la.
MORON, La, la, la, la. ^
74 Los Plaisirs
SATYRE
Fa, fa, fa, fa.
MORON
Fa, toy-mesme.
Le SatjTe s'en mit en colère , et peu à peu se mettant en posture d'en venir à des coups de poings les Violons reprirent vn Air sur lequel ils dansèrent vne plaisante Entrée,
de risle Enchantée.