ACTE PREMIER
Il est vrai que si vous aviez eu une autre mère, un autre père et un autre sexe, et si, au lieu d'être née il y a vingt ans je ne sais oii, vous étiez née il y a un siècle à Besançon, vous auriez pu vous appeler Victor Hugo !
ANTOINETTE. — Monsieur, je n'ai jamais dit cela.
EMMANUEL. — Dites-le. Il n'y a aucune raison pour ne pas le dire. Vous n avez pas eu de chemce. Mais c'est irrévocable. Alors, au lieu d'écrire la Légende des Siècles (On sorme) il faut aller ouvrir, mon enfant. Pas d'impatience ! C'est le Docteur, encore. Désormais, il reviendra souvent. Nous avons décidé d'être amis.
(Entrée du Docteur et de sa femme.)
EMMANUEL, saluant. — Madame, que c'est gracieux de monter jusqu'à moi ! Le Docteur ne vous a pas dit que j'avais la tête un peu fêlée ?
LA FEMME DU DOCTEUR. - Monsieur, que c'est indulgent de m'accueillir ! Mon mari ne vous a pas prévenu que j'étais une toute ronde et simple personne ?
EMMANUEL, — Avec des yeux qu'aurait aimés Musset.
LA FEMME DU DOCTEUR. - Alfred ?
EMMANUEL. — Vous l'appelez déjà par son petit nom ! Madame, excusez mon costume. Le Docteur ma connu dans un veston moderne, mai» je viens d'avoir une scène fâcheuse avec mon tailleur et je voulais l'humilier par des vêtements historiques.
LE DOCTEUR. — Charmant, d'ailleurs, cet uniforme !
EMMANUEL. — Il a cent ans. C'est pour me rajeunir que je l'ai endossé. Mon grand-père était chevau-léger sous l'Empire.
LA FEMME DU DOCTEUR. — Chevauléger ? Quel joli nom !
LE DOCTEUR. — Et quelle époque exquise !
EMMANUEL. — La nôtre ne l'est pas moins.
LE DOCTEUR. — Merci ! Avec les domestiques...
EMMANUEL. — Ma femme de chambre a résolu de casser mon service à thé. Je vais voir si l'événement se prépare. (Il sort).