‹ Les plaisirs du hasard; comédie en quarte actesChapitre 10 sur 85 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Et vous paierez au vu du papier, quand j'enverrai le veston ?

M. RAT. — Le ves...

EMMANUEL. — Ainsi qu'il est convenu ?

M. RAT, désespéré. — Je ne comprends rien !

EMMANUEL — Rien ! Juste ciel !

M. RAT. — Monsieur, ne vous fâchez pas !

EMMANUEL. — Ah ! je ne me fâche pas, Monsieur Rat, mais vous êtes le contraire de la poésie ! (brusque) Allons, au revoir !

M. RAT. — Euh... Au revoir. Monsieur ! (Et M. Rat s enfuit.)

EMMANUEL, seul. — Il est parti ! Il ne revient pas ! Et sa femme va lui persuader que je suis une canaille !... Je ne veux pas de son complet. (Il enlève son veston et sort de la vitrine le costume de la Garde. Puis il court à iescalier et il appelle :) Monsieur Rat !... Monsieur Rat !...

(Rentrée de M. Rat.)

EMMANUEL. — Monsieur Rat, prenez ce billet, qui est un faux. Je n'en veux faire aucun usage.

M. RAT. — Ah !... Je me disais aussi...

EMMANUEL. — Vous disiez-vous quoi que ce fût ?... Monsieur Rat, si vous lisez dans votre journal que le peuple est souverain, payez-vous une bonne petite rigolade devant votre glace !... Laissez-moi parler... Savez-vous qu'un homme indépendant comme je veux être, qui a décidé de se payer doucement la tête des gens graves, n'a pas une minute à soi : il est débordé... Quand je vous regarde. Monsieur Rat, je déborde. Madame votre mère ne vous a donc jamais promené, petit, tête

nue, au clair de lune ? Monsieur votre père auraitil été maître d'études ? N'avez- vous jamais aucun caprice ? Jamais ne vous passe-t-il par la tête quelqu'une de ces bonnes saines idées que le monde appelle folies ? Vous croyez à la Société avec sa morale, ses Académies et ses échéances ? Monsieur Rat, vous êtes une force. Maintenant que vous me faites rire, je suis heureux de vous payer. Voici vos quatre cents francs. Si j'osais, j'en mettrais cinq, d'autant plus que j'endosse à la place de votre complet correct, ce vieux costume, brillant d'une fantaisie charmante. Regardez-le bien. Monsieur Rat. Ne faites pas des yeux ronds, comme si la Terre allait rencontrer Vénus... Rentrez chez vous... Essayez de lire les poètes. Aimez Madame Rat avec un peu de passion. Et, d'abord, dites-moi bonsoir gentiment, drôlement, avec esprit !... Bien. Ça pourrait être mieux... Si j'ai besoin d'un costume pour le Carnaval, ai-je besoin de vous dire que je courrai chez vous ? Monsieur Rat, je vous salue. Mes hommages à Madame.

(Il le pousse doucement dehors et referme la porte.)

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