‹ Les plaisirs du hasard; comédie en quarte actesChapitre 2 sur 85 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ANTOINETTE. — Dame, quand on travaille I... EMMANUEL. — Vous travaillez pour moi :

c'est une compensation. Je ne vous ai pas encore dit un mot sévère, Antoinette. Or, songez à ce qu'il a fallu de hasards, depuis six mille ans, pour que vous et moi nous trouvions face à face...

ANTOINETTE. — Oui... Oh ! Monsieur peut parler jusqu'à ce soir ! II ne m'étourdira pas. Je sais ce que coûte la vie.

EMMANUEL. — Qu'est-ce qu'elle coûte ?

ANTOINETTE. — Avec mes gages, je n'y arrive plus !

EMMANUEL. — A quoi ?

ANTOINETTE. — Et je le dis carrément à Monsieur ; je quitte Monsieur... si Monsieur ne m'augmente pas.

EMMANUEL. — Mais je vous ai augmentée !... Par exemple ! Ne vous ai-je pas avertie ?... Antoinette, je m'excuse... Je vous ai augmentée hier, à quatre heures, en traversant la place de la Concorde- A ce moment précis j'ai pensé à vous. Ne sachemt ce que vous désiriez...

ANTOINETTE. — Trente francs de plus.

EMMANUEL. — Je vous ai gratifiée de quarante • si c'est trente...

ANTOINETTE. — Oh ! je dis trente...

EMMANUEL. — Pour en avoir vingt ? Vous les aurez. Et je ne vous demande même pas, là-dessus, de payer mes repas.

ANTOINETTE. - Je pense ! Ce matin la volaille est encore augmentée.

EMMANUEL. — Comme vous ? Tant mieux !

Il faut cela pour qu'elle rebaisse. L'avenir est beau.

ANTOINETTE. — Et a n'y aura plus âe lait pour Monsieur,

EMMANUEL. — Tant pis. La marchande le boit ?

ANTOINETTE. — Elle le «lonne aux nouveauxnés et aux vieillards.

EMMANUEL. — La sainte femme !

ANTOINETTE. — Alors, pour Monsieur qui est fort, il faut une ordonnance du médecin.

EMMANUEL. — Certifiant que je suis malade ? Je l'aurai. On sonne. C'est peut-être im docteur. Courez ouvrir. Et puisque vous êtes une fille comblée, faites votre sourire le plus fin à l'inconnu qui est derrière cette porte. Son coup de sonnette m'a paru mou. (On resonne) Mais il est suivi d'un autre plus sec. C'est pressé... Peut-être la fortune ! Vite, Antoinette, faites entrer !

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