‹ Les plaisirs du hasard; comédie en quarte actesChapitre 8 sur 85 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

On sonne encore. Un coup guilleret. Ce doit être un homnne qui vient m'ofîrir de l'argent. (Antoinette sort et revient.)

ANTOINETTE. — Monsieur, le tailleur.

EMMANUEL. — Vient-il prendre le thé ?

ANTOINETTE. — Il apporte sa note.

EMMANUEL. — Ce ne sera jamais un homnne du monde. Amenez-le !

(Entrée de M. Rat.)

M. RAT, très humble. — Bonjour, Monsieur...

EMMANUEL. — Monsieur Rat, faisons un pari !

M. RAT. — Volontiers.

EMMANUEL. — Je parie quatre cents francs que vous voulez l'argent de votre complet.

M. RAT. — C'est exact.

EMMANUEL. — Donc, j'ai gagné et ne vous dois rien.

M. RAT. - Plaît-il ?

EMMANUEL. — Puisque le complet est de quatre cents francs.

M. RAT. — Monsieur plaisante... Je voudrais aussi plaisanter, mais il faut que je boive et mange.

EMMANUEL. — Antoinette !

ANTOINETTE. - Monsieur ?

EMMANUEL. — Servez donc quelque chose à Monsieur Rat, qui a faim et soif.

M. RAT. — Oh \... Monsieur continue de plaisanter... mais il faut de l'argent pour vivre.

EMMANUEL. — Antoinette, il y a erreur. Vous pouvez vous retirer.

(Antoinette sort.)

EMMANUEL, — Monsieur Rat, asseyez-vous.

Voulez-vous fumer ? Voulez-vous lire ? Voulezvous penser? Si vous voulez penser, je vous laisse... mais non, vous ne voulez pas que je vous laisse. Sans souci de l'immensité des mondes, vous êtes obsédé par cette idée minuscule : votre somme à toucher, et vous entrez chez moi, l'air funèbre !... Ah ! Monsieur Rat, j'aime les gens gais. Faut-il donc recommencer réternelle scène entre le tailleur et le taillé ?... (Brusque) Tenez Monsieur Rat, je ne peux pas, je vais vous rendre votre complet.

M. RAT. — Mais, Monsieur...

EMMANUEL, qui ote son veston. — Il n'est pas défraîchi : je l'ai porté une heure.

M. RAT. — Est-ce qu'il s'agit de cela !

EMMANUEL. — Je vais endosser un uniforme de la Garde, qui vient de mon aïeul, et que j'ai dans cette vitrine.

M. RAT. — Monsieur, Monsieur, je vous en prie I...

EMMANUEL. — Quoi ?

M. RAT. — Ne prenez pas mal ma démarche... gardez votre complet... Je reviendrai pour la note.

EMMANUEL. — Ce n'est pas une solution : je vais souffrir davantage. Monsieur Rat, j'ai dans les veines le sang de tous mes grands-pères. Chacun d'eux eut de la peine à payer son tailleur. Moi, qui les résume, je ne peux plus... Il vaut mieux que je vous rende votre complet. (Il l'enlève de nouveau),

M. RAT. — Je m'en vais.

EMMANUEL. — On vous le portera

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