ACTE PREMIER
M. RAT. — Je ne le recevrai pas.
EMMANUEL. — Monsieur Rat, finissons.
M.RAT. — Cestfim.
EMMANUEL. — Contre ma nature je ne puis pas lutter.
M. RAT. — Vous êtes original. Monsieur, je sais.
EMMANUEL. — Ne me méprisez pas.
M. RAT. — Oh ! dans mon esprit...
EMMANUEL, se décidant. — Alors, pour la seconde fois je remets mon complet, mais... soyez courageux ; et feiites pour moi, que vous connaissez, ce que vous avez fciit pour l'Etat, que vous ne connaissez pas.
M. RAT. — Je n'ai rien fait pour l'Etat.
EMMANUEL. — Vous ne lui demandez jamais d'argent et vous lui en prêtez.
M. RAT. — Contre intérêts !
EMMANUEL. — Bien. Quand vous lui donnez quatre cents francs, au bout d'une année, dans sa gratitude, lui vous en rend vingt. Faites de même : donnez-moi votre complet. Dans douze mois vous aurez un louis.
M. RAT. — Pardon. L'État, si je veux, me rend mon capital.
EMMANUEL. — Avec un louis, je vous rendrai votre complet.
M. RAT. — Mais il aura servi !
EMMANUEL. -- Et votre argent ne sert pas ?
M. RAT. — Il ne s'use guère.
EMMANUEL. — Je n'use guère non plus. Monsieur Rat, vous vivez gauchement. Vous m'apportez une note et n'osez pas la toucher. Je
ne paye pas votre complet : vous hésitez à le reprendre. Vous vénérez l'Etat et vous craignez de le dire. Mais, sapristi ! décidez-vous et ayez le courage de votre fantaisie ! Soyez un peu inspiré, Monsieur Rat ! Si vous saviez de quel charme l'audace et l'inspiration rehaussent nos pauvres mœurs ! Voulez-vous prendre le thé avec moi tout à l'heure ?
M. RAT. — Le thé ?
EMMANUEL. - Le thé.
M. RAT. — Comment, Monsieur ?
EMMANUEL. — Ah ! comme on le servira !... Vous refusez ? Vous avez peur ? Ce n'est pas votre métier ? Revenons à votre métier. Monsieur Rat : la hausse des vêtements continue-t-elle ?
M. RAT. — Sans cesse.
EMMANUEL. — Ce veston de quatre cents, aujourd'hui qu'est-ce qu'il vaut ?
M. RAT. — Quatre cent soixante-quinze.
EMMANUEL. — Je vous le revends.
M. RAT. — Comment ?
EMMANUEL. — Avez-vous de l'argent sur vous ?
M. RAT. — De l'argent ?
EMMANUEL. — Vous ne voulez pas le donner ? Signez-moi un billet.
M. RAT. — Plaît-il ?
EMMANUEL. — Un billet en blanc. Monsieur Rat, sans rien dessus : qu'est-ce qui vous effraie ?... Vous refusez encore ? Me forcerez-vous d'imiter votre signature ?
M. RAT. — Monsieur...
EMMANUEL (il écrit). — Voilà qui est fait I