‹ Les plaisirs du hasard; comédie en quarte actesChapitre 81 sur 85 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

LE DOCTEUR SANDOINET. - Voici pour l'observation. — Reste à faire remarquer qu'en cette affaire — et c'est le troisième et dernier point, important et merveilleux, — l'investigation médicale se rencontre avec les aspirations de la Société, ce qui prouve que ni la Science ni l'Humanité ne marchent au hasard, mais la main dans la main, s'éclairant l'une l'autre.

EMMANUEL. - Bravo !

LE DOCTEUR SANDOINET. - En effet, si le prévenu n'était pas un anormal de l'intelligence, autrement dit... un fou...

LE PRÉSIDENT. - Vous allez jusque-là?

Il serait... ? •

LE DOCTEUR SANDOINET. - C'est l'expression, à l'usage du vulgaire, d'une définition scientifique.

LE PRÉSIDENT. — Parfaitement.

EMMANUEL. — Parfaitement.

(Le Docteur Denis ne parle plus, mais fait des signes désespérés.)

LE DOCTEUR SANDOINET. - Supposons donc qu'il ne soit pas... ce que je dis, mais un anarchiste lucide : aussitôt, d'autres cerveaux brûlés s'exaltent sur son cas, surtout après une condamnation. Au contraire, du fait qu'il est anormal et irresponsable, il ne trouve aucun imitateur ; et voilà un diagnostic médical au mieux des intérêts publics. Conclusion : en aliéniste assermenté, défenseur de la Société, je demande au Tribunal un jugement de la plus large indulgence.

LE PRÉSIDENT. — Docteur, le Tribunal vous remercie de votre savante et lumineuse étude.

Mais... avant de vous rendre votre liberté, il Vous pose encore une question.

LE DOCTEUR SANDOINET. - Je suis aux ordres du Tribunal.

LE PRÉSIDENT. — Le prévenu, dans cet état de faiblesse mentale, va demain récidiver.

LE DOCTEUR SANDOINET. — Certainement.

LE PRÉSIDENT, — Alors ?

LE DOCTEUR SANDOINET. - Le devoir de la Justice pourrait être de signaler la gravité de la situation à la famille...

EMMANUEL, au Docteur Denis. — Cela, c'est pour vous.

LE DOCTEUR DENIS. — Je suis anéanti !

LE DOCTEUR SANDOINET. - J'ai appris que, grâce à Dieu, il était célibataire.

LE DOCTEUR DENIS, bondissant. — Mais non, il ne l'est plus !... Excusez-^moi, Monsieur le Président, de mettre encore mon mot..*

LE PRÉSIDENT. — Puisque vous vous excusez, votre mot sera bien accueilli, s'il éclaire la Justice...

LE DOCTEUR DENIS. — Je suis dans un tel trouble...

LE PRÉSIDENT. — Remettez-vous.

LE DOCTEUR DENIS. — Emmanuel èera ttiarié dans une heure !

LE DOCTEUR SANDOINET. - Dans une heure ?

EMMANUEL. — Exactement.

LE DOCTEUR SANDOINET. - Ah ! il faut absolument empêcher cela !

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