‹ Les plaisirs du hasard; comédie en quarte actesChapitre 83 sur 85 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

La brave fille ! Maintenant, elle ne veut plus nen lâcher !

(Elle sort.)

LE PRÉSIDENT. — Alors, on ne peut même pas garder les portes !... C'est révoltant !... Monsieur le Substitut...

LE SUBSTITUT. — Messieurs, après une déposition si impressionnante, mes paroles ne peuvent être qu'extrêmement simples. En un siècle où la Science occupe la première place parmi les préoccupations et les gloires humaines, qu*ai-je à faire sinon à m'incliner devant les observations de l'illustre Docteur Sandoinet ? Les débats, Messieurs, s'étaient engagés sur un chemin hasardeux, et tout à coup, le Docteur vient de nous indiquer la route droite de la vérité. Nous avons en mains, pour défendre !a Société, deux articles, 30 et 31 de la loi du 29 Juillet 81. Mais ces articles ne valent que pour des cerveaux révoltés ou injurieux. Or, le cas présent n'est-il pas plus triste ? Il s'agiialt d'un cerveau débile. Aussitôt, la grande figure de la Loi n'est plus seule devant vos yeux. Voici celle de la Pitié, qui, appuyée sur la Médecine, vous Indique un geste d'absolution Messieurs, regardez et réfléchissez 1

EMMANUEL. — Ça c'est très chic ! On sent le vieux camarade.

(Pendant la plaidoirie, il a lu le mot apporté par Antoineftt. el ouvert le paquet.)

LE PRÉSIDENT. — U cause est entendue. Le Tribunal, après en avoir délibéré...

EMMANUEL, ^e levant. — Monsieur le Président...

LE PRÉSIDENT. - Qu'est-ce qu'il y a ?

EMMANUEL. — Ma fiancé^., qui n'a pu venir et m'at'fend avec impatience...

LE PRÉSIDENT, — Prévenu, vou« avez entendu la déposition du Docteur ?

EMMANUEL..— Oui, Monsieur le Président, c'çsL un savant.

LE PRÉSIDENT. — Le Tribunal ne peut donc plus attacher la moindre importa«\ce à vos déclarations.

EMMANUEL. — C'est une requête.

L'HUISSIER. - Silence !

LE PRÉSIDENT. — Ne le brusquez pas.

EMMANUEL. — Merci... Ma fiancée, qui n'a pu venir, mais à qui vont toutes mes pensées (si je fus un peu distrait, vous en savez la cause), ma fiancée demande que je lui rapporte de laudiençe un souvenir photographique. (Il fait son plus aimable sourire) C'est une jeune fille spirituelle et jolie. Vous ne lui refuserez pas cette joie modeste. Ayez, Messieurs, l'obligeance de me regarder sans bouger une seconde.

LE PRÉSIDENT, à ses Assesseurs. — Spectacle lamentable ! Monsieur l'Huissier, saisissez-vous de cet appareil... Doucement... sans violence. (A SCS Assesseurs) Car, au fond, on ne sait pas ce qu'il v a dedans...

L'HUISSIER. - Donnez i

EMMANUEL. — Pour ma fiancée l,.. Ma citation porte : « provenu libre ». Ne le serai-je ni dans mes mots ni dans mes gestes ?

L'HUISSIER - Donnez !

LE PRÉSIDENT. — Laissez-le, s'il résiste.

EMMANUEL — Je ne résiste pas 1 Mais

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