CHAPITRE I. — MERCURE ET VÉNUS. TJ
vatoire du Collège romain, il n'accompagna point son étude de mesures de position et la traduisit seulement en une série d'environ loo dessins, qui comportent deux sortes d'apparences ou taches :
i" Une omhre ou tache triangulaire placée vers le mdieu du disque avec un de ses angles tourné vers le Nord {fig- i3 et 14);
2" Deux taches ovales, très voisines l'une de l'autre, situées près du bord du disque à la corne austi^ale, taches brillantes et d'aspect tout ditlerent de la première {fig- la)-
Jamais, dans le cours de ses observations, qui ont duré parfois plus de 3 heures consécutives, Schiaparelli ne put constater dans aucune d'elles une variation de position sensible; la planète semble rigoureusement immobile.
HoLden. — De plus, le i5 décembre 187^, avec l'équatorial de o"',66 de l'Observatoire de Washington, Holdena vu l'une des taches blanches dans la même situation où Schiaparelli la \ovait à Milan 8 heures auparavant ; les régions voisines de la corne australe de Vénus paraissaient donc avoir conservé le même aspect pendant ces 8 heures.
Etude de Schiaparelli sur Mercure. — Un peu après (i88i), et avec les mêmes instruments, l'astronome milanais commença sur Mercure une élude semblable, qu'il poursuivit pendant 8 ans. Mais ici les difficultés sont encore plus grandes que pour Vénus; Mercure ne paraît, en elTet, jamais assez séparé du Soleil pour que l'on piiisse, sous nos latitudes, l'observer dans la pleine obscurité de la nuit. Et, dans le crépuscule, soit du matin, soit du soir, les observations sont rarement bonnes; la planète est alors toujours près de l'horizon et, par suite des agitations et des réfractions inégales des couches inférieures de l'atmosphère, elle parait dans la lunette constamment agitée, de sorte que les détails de sa surface sont absolument incertains ( ' ).
On en est donc réduit à faire toutes les obser\ations dans la pleine lumière du jour, par une atmosphère toujours illuminée et la plupart du temps fort près du Soleil, conditions é\idemment bien défavorables aussi. Cependant, chose assez curieuse, Schiaparelli cile.
(') A l'œil nu, cet eiïet se traduit par une forte scintillation; aussi les anciens avaient-ils appelé .Mercure astre scintillant.
comme l'un de ses meilleurs dessins, celui qu'il fit le ii août 1882 vers 8^ du malin, alors que Mercure n'était pas distant du limbe solaire de plus de 3"; le disque de la planète était parfaitement rond et à peu près uniformément lumineux.
Malgré ces difficultés, Schiaparelli conclut que le disque de Mercure présente des taches obscures d'un caractère permanent, si bien que, comme Bianchini pour Vénus, il a cru pouvoir en dessiner le planisphère. « Ces taches obscures, dit-il, se présentent sous forme de traînées d'ombre extrêmement légères. Dans les conditions ordinaires, ce n'est qu'au prix de l)eaucoup de fatigue et avec une grande attention qu'on peut les reconnaître. Dans les meilleures conditions, ces ombres ont une teinte brune el jaune comme la sépia; ce ton se détache toujours très peu sur la couleur générale de la planète, qui d'ordinaire est d'un rose clair tirant sur le Cui\re. Il est très difficile de représenter d'une façon satisfaisante des formes ou des bandes si vagues et si diffuses, surtout à cause du peu de précision des contours, qui laisse toujours une place à l'arbitraire. » Toutes ces difficultés n'ont pas rebuté la patience de l'astronome milanais, pas plus que toutes ces causes de doute et d'indécision ne l'ont empêché de conclure d'une façon ferme : il affirme, comme il l'avait fait pour \énus, que ces traînées d'ombre, plus ou moins visibles, conservent toujours la même position par rapport au terminateur.
La même conclusion s imposerait donc alors pour les deux planètes quant à leur rotation. Cette immobilité apparente des taches par rapport au terminateur exckit nécessairement toutes les rotations rapides voisines de 3.4 heures; elle identifie la rotation de la planète avec celle du terminateur, et par suite elle doit, comme cette dernière, se faire autour d'un axe sensiblement perpendiculaire à l'orbite de Vénus en un temps égal à cehii de la révolution sidérale de la planète. C'est-à-dire en 226 Jours pour Vénus et 88 jours pour Mercure.
Telle est la conclusion de Schiaparelli, conclusion qui, par son importance au point de vue cosmogonique et son inattendu, fit alors une énoruie impression, mais dont la [)récision, si |)eu en raj)port avec rindécisiou des obserxalions, semble avoir surtout pour origine les suggestions théoriques de Kiikvvood.
Discussion. — S'il en était ainsi, ces deux j)lanèles tourneraient