CHAPITRE V. — SATURNE. 1 3ç
révolution autour du globe. Mais la vitesse linéaire suivant [la ligne de visée doit être évidemment plus grande à sa limite intérieure qu'à sa limite extérieure et la constatation de ce fait serait une preuve décisive. Elle a été faite, en 1895, avec le spectroscope par trois
Fig. 68.
3/23 mars 1892. 4/i5 avril 1892.
Saturne, sans anneaux (dessin de Guillaume).
observateurs différents, Keeler, Deslandres et Belopolskj; comme moyenne de leurs résultats d'ailleurs très concordants, on a, en effet :
Vitesse du bord intérieur ■20'"", 7
» » extérieur i6''"',o
Belopolsky ajoute que la radiation de l'anneau serait plus riclie en lumière violette que celle de la planète, constatant ainsi pour lui une composition superficielle toute différente de celle-ci.
Cette constitution rend bien compte d'un certain nombre de particularités notées à diverses époques.
Non-coïncidence des centres des anneaux et de la planète. — Ce qui nous apparaît comme les anneaux de Saturne n'étant que la somme d'une multitude de points lumineux distincts décrivant autour de la planète des courbes différentes, la forme apparente des anneaux n'est autre chose que la forme moyenne de tout cet ensemble d'orbites elliptiques et par suite elle doit être une ellipse ayant Saturne pour foyer. Les anneaux ne peuvent donc pas être centrés sur la planète et ainsi s'explique de soi-même la non-superposition des centres constatée par Struve.
l4o PRKMIÈRE PARTIE. — PLANÈTES.
Saturne sans anneaux . Particularités relatives aux anses. — On sait que par suite de l'inclinaison (28") des anneaux sur l'écliptiqiie, les parties de ceux-ci éclairées par le Soleil sont vues de façons bien ditlérentes par l'observateur, suivant les positions rela-
Kif;. 69.
Siiturne, sans anneaux.
tives de Saturne et de la Terre; tantôt nous en voyons la face nord, tantôt la face sud {Jig. ()8); aux époques de ces interversions ils disparaissent même, et Saturne paraît sans anneaux {Jig. (if)). C'est qu'alors leur |)laii moven passe par le Soleil ou par la Terre et qu'ils ne se montrent plus à nous que par la mince ligne sombre (|ue leur ombre d(''lermine sur le globe de la planète, et par la ligne très peu
CHAPITRIi V. — SATURNK. 1 4 l
lumineuse que peut pnKluire à son extérieur leur tranche mince éclairée (' ).
Dans la majeure partie des disparitions ou des réapparitions d'anneaux qui accompagnent ces époques, les deux anses n'ont jamais disparu ni réapparu en même temps; les surfaces terminales de lanneau ne sont donc pas des plans parallèles, ce sont certainement des surfaces courbes ; d'autre part, dans celle des anses qui disparaît la dernière, beaucoup d'observateurs ont signalé l'apparence de petites perles brillantes, indiquant pour l'anneau une surface limite ondulée offrant une série de bosses et de creux successifs. Ces deux ordres de faits sont des conséquences immédiates de la constitution que nous avons adoptée pour les anneaux.
Anomalie dans la rotation des anneaux de Saturne, IV. Herschel, Deslandres. — Herschel est le premier qui ait cherché ( 1790) à déterminer la rotation des anneaux de Saturne. D'après lui, les nodosités lumineuses, que l'on aperçoit sur la tranche des anneaux
(■) Ces apparences qui se renouvellent tous les quinze ans et durent environ une année, sont d'autant plus intéressantes qu'alors les sept premiers satellites se répar-
Kie. -;o.
Saturne, sans anneaux et ses satellites anciens.
lissent sur le prolonf,'ement de cette ligne {fig. 70), comme des grains de chapelet brillants et mobiles, montrant ainsi, sans qu'il soit besoin d'aucune mesure, la coïncidence des plans de leurs orbites avec le plan moyen des anneaux.
l42 PREMIÈRE PARTIE. — PLANÈTES.
lorsque leur plan passe par la Terre ou le Soleil, se déplaceraient le long de cette tranche, et ces déplacements peuvent servir de base à la mesure de la rotation. Il trouva ainsi la valeur
En admettant la réalité de ces déplacements [ contestés par Schraeter et Harding (1806) et niés par W. C. Bond (1848)], il reste néanmoins une indécision profonde sur la position, au sein des anneaux, des nodosités observées. Cherchons à l'apprécier, les astricules dont l'ensemble constitue les anneaux se mouvant autour de la planète, suivant les lois de Kepler, nous pouvons en partant des distances observées des bords extrêmes des anneaux au centre de la planète et de la distance et du temps de révolution d'un des satellites. Mimas, par exemple, calculer les temps de révolution qui doivent correspondre à chacun de ces bords. On obtient ainsi :
Bord extérieur. Bord intérieur.
Anneau A i3"8 ii"4
Anneau B 11,0 7,5
Anneau G » 5,4
Il est intéressant de comparer les résultats du calcul à ceux que donne l'observation spectroscopique et que voici :
Anneau A (bord extérieur) i5'' i'"
Anneau B ( bord intérieur) 7,7
Ces nombres, plus concordants cju'on ne 1 aurait espéré a priori, montrent cjue la portion des anneaux qui ont attiré l'attention d'Herschel est voisine du milieu de l'anneau B. Mais les nombres précédents comportent en outre un enseignement très inattendu.
La dtirée de la rotation axiale de Saturne étant de 10'' 3'", il en résulte que dans une portion de l'anneau B et dans tout l'anneau C les astricules élémentaires effectuent leurs révolutions autour de la planète en un temps moindre que cette rotation axiale.
Le système de Mars nous a présenté une anomalie analogue dans son premier satellite; mais il s'agissait alors d'un corps isolé circulant autour de la planète; pour Saturne le partage d'un même anneau (B) en deux portions dont les astricules n'obéiraient point, en apparence, aux mêmes lois, semble un lait bien extraordinaire et plus remarquable encore que le premier.