‹ Les planètes et leur origineChapitre 60 sur 139 · URANUS · texte numérisé non relu

URANUS

Astre nouveau dans les Gémeaux. — J^e lo mars 1781, en examinant les petites étoiles voisines de H des Gémeaux, avec son télescope de 2^,13 de fojer et un grossissement de aa-j, W. Herschel remarqua une étoile de (f à '-^ grandeur dont l'aspect lui parut différer beaucoup des voisines, surtout par un diamètre absolument inusité.

Augmentant progressivement le grossissement (460 et 902 fois), il vit ce diamètre croître en proportion, et beaucoup plus rapidement que ne le fait Xo. faux disque (') d'une étoile; de plus, au delà d'une certaine limite de grossissement, le disque du nouvel astre devenait très faible et mal terminé, tandis qu'alors les étoiles voisines avaient conservé leur netteté. Cet astre n'était donc point une étoile. Un micromètre de sa construction lui permit de comparer les jours suivants sa position à celle des étoiles voisines et bientôt son déplacement relatif, quoique lent, lui devint évident,

IKature de cet astre. Herschel le prend pour une comète. — Qu'était cel astre mobile ? De toute antiquité, on voyait le Soleil entouré de six planètes; depuis près de deux cents ans que l'on scrutait le ciel avec des lunettes et malgré les nombreuses découvertes qu'elles avaient amenées, rien n'avait même pu faire soupçonner que ce cortège put être modifié. Au contraire, la vogue était alors aux comètes; Messier en découvrait au moins une par an; bien peu d'entre elles a\aient clievelure ou queue, parfois leur aspect ne différait pas sensiblement d'un disque lumineux, et souvent leur éclat était moindre f|ue celui du nou\el astre.

^') Herschel appelle ainsi la tache lumineuse centiaic de l'image d'une étoile au loyer dune lunette. On sait que cette tache de diamètre apparent déterminé par le diamètre de l'objectif est entourée d'une série d'anneaux liriilants. ( Voir Cn. André, De la dijfraction dans les instruments d'optique, Gauthier-Villars. )

l44 PREMIÈRE PARTIE. — PLANÈTES.

Ajussi Herschel, débutant alors (*) dans la carrière qu'il devait parcourir avec tant d'éclat et obéissant au courant général, vit-il dans l'astre une comète nouvelle; c'est sous cette forme qu'il annonça sa découverte à Maskeljne, alors Astronome royal d'Angleterre, et par lui aux astronomes du continent.

Invraisemblance de cette assertion. De Sa/on. — Mais bientôt se montra l'invraisemblance d'une pareille nature; si cet astre était une comète, il aurait été, comme tous les autres, situé, lors de sa découverte, aux environs de sa plus courte distance au Soleil et à partir de là s'en serait éloigné très rapidement en suivant une parabole ou une ellipse très excentrique : d'après la loi des aires, sa distance angulaire au Soleil devait donc augmenter dans la même proportion, effet qui devait se traduire par un déplacement rapidement croissant sur le ciel étoile. Or les observations nombreuses qui suivirent l'annonce de la découverte montraient, au contraire, que ce déplacement restait très lent et de vitesse sensiblement constante.

L'orbite de ce corps nouveau se rapprochait donc de la forme circulaire; et, en outre, ainsi que le démontra de Saron, sa distance au Soleil devait être au moins égale à i4 fois celle de la Terre au Soleil et par suite presque double de celle de Saturne, tandis que toutes les comètes connues avaient leur distance périhélie inférieure à celle de Jupiter. D'un autre côté, si cet astre était une comète analogue aux autres, son éclat devait diminuer rapidement [et il devait bientôt être invisible ; au contraire, l'observation poursuivie indiquait un éclat sensiblement constant, en même temps l'astre nouveau se montrait toujours sous la forme du même disque lumineux fort bien terminé comme ceux de Mars et de Jupiter.

C'est une planète nouvelle. Laplace. — Dès le mois d'août l'^Si les savants calculs de Laplace avaient démontré que cette comète rebelle, sans queue et sans chevelure, était en réalité une planète nouvelle, circulant autour du Soleil suivant les mêmes lois que les six premières.

Le peu de temps écoulé depuis sa découverte ne permettait évidem-

(') Le premier Mémoire du grand Herschel esl de 1780; il se rapporte à l'éloilc variable 0 de la Baleine.

CllAPITIli: VI. — VRAM*. 143

ment jias une déleiininalion Lien exacte des éléments de son moii- \ement; mais eetlc détermination despèce, dans laquelle FAstronômie Iranraise axait la plus grande part, n'en était pas moins un fait capital; elle reportait l'action du Soleil hien au delà des limites jusqu'alors admises; et, surtout, elle laissait le champ libre aux extensions ultérieui'es en faisant pressentir que celte acquisition j)oii\ait ne pas être la dernière.

En même temps, elle lit ctuinaitre à toute 1 Europe et à 1 Angleterre elle-même le nom d un lionime (pu, débutant à /\0 ans environ dans les études astronomiques par une découxerte capitale, devait plus taid mettre en pleine évidence la constitution de l'univers et mériter qu'Arago l'appelât lun des plus grands asli'ononies de tous les temps et de tous les pavs.

ObseiKct lions d' L ranus ani('riciircs à sa décow^erte. — Etant donné 1 éclat de celte planète ('), il était probable qaen d'assez nombreuses occasions les astronomes l'avaient, dans leurs dénombrements stellaires, vue et notée comme une étoile, plus tard disparue de cet endroit de la sphère céleste. Les positions ainsi obtenues acqu^îraieut une importance d'autant plus considérable que le temps écoulé entre elles était plus grand. Ces recherches furent possibles dès que, les éléments de l'orbite étant connus, on put retrouver la route que la planète avait suixie dans le ciel; elles conduisirent à la constatation (pren effet on en possédait un assez grand nombre, dont voici la liste :

1690, septembre aS; de Flamsteed (signalée par Bode en 1787).

1712. mars 11; de Flamsteed / , . ,. „

, . 1 1^1 . .' (signalées par Burckhard en 1818).

1713, » 4i 3> 10, de Flamsteed \

1748, octobre 21; de Bradiey (signalée par Brenn en 1864).

1750, octobre ij et décembre 3: de Le Monnier ( siijnalées par Bouxard

en 1820).

1756, septembre 25; de Tobie Mayer (signalée par Bode en 1787).

1768, décembre 20 et jo; de Le Monnier (signalées par Bouvard en 1820).

1769, janvier i3, 16, 20, 21, 2j; de Le Monnier (signalées par Bouvard en 1820).

(') Uranns a par moments l'clnl ({"une étoile «le 6' à H', 5 grandeur; de sorte que lors(]ue l'on connaît la position qu'elle doit occuper sur la voûte céleste, on peut l'apercevoir à l'œil nu; tels Heis en iS'jS et Sclimidt en iS;^-

i46 premièrh; partie. — planètes.

Cel ensemble d au moins i5 positions de la j)lanète, distinctes et les unes très espacées, permet évidemment à lui seul de déterminer son orbite pour ainsi dire préhistorique, c'est-à dire avant la découverte de sa nature réelle : c'est, on le verra bientôt, une donnée capitale.

En outre, il est bon de remarquer qu'à l'époque de Le Monnier la précision des observations était bien suffisante |)our que, s'il eût réduit de suite ses 5 observations de ly^K); il eût immédiatement constaté le déplacement de cette étoile sur la sphère et par suite eu, deux ans a\ant Herschel, la gloire de la découverte de la planète Ui'anus.

Fimire de la planèLe; sa rot a lion. Ilersrhcl, Brenncr. — Le grand Herschel s'est à plusieurs reprises occupé de la forme de cette planète; et, quoiqu'il ne paraisse point avoir fait de mesures micrométric^ues, une observation du 5 mars 1792 avec un miroir de 20 pieds de foyer et des grossissements allant de \f\o à 1200 l'ont absolument convaincu que le discjue de la planète n'était pas circulaire : Uranus est donc , comme les anciennes planètes, un ellipsoïde de révolution. Herschel en conclut sans hésiter que cette planète tourne sur elle-même avec une grande vitesse.

Ce n'est que tout récemment que cette induction a été confirmée directement; et cette confirmation on la doit à M. Léo Brenner qui, pendant le courant des mois de mai et juin 1896, suivit assidûment la planète avec l'équatorial de o"',i9 de l'observatoire Manora.

L'étude attentive des taches dont, après Schiaparelli (i 883), il constata la présence sur le disque d'Uranus, le conduisit à cette conclusion que la planète tourne sur elle-même en environ 8''i5"'; mais, chose qui evit bien surpris le grand Herschel, la rotation de cette planète sur elle-même se fait en sens opposé à celui dans lequel tournent toutes les planètes précédentes. Ce fait, très important au point de Aue cosmogonique, a été confirmé en 1901 ])ar ^L Deslandres, au moyen du spectrophotographe.

Quant aux mesures micrométriques faites par cet astronome, sur les taches d'Uranus « les plus faibles qu'il ait vues sur les planètes », en vue de déterminer l'axe de rotation, les résultats en sont trop incertains pour qu'il n'y ait pas lieu d'attendre les conclusions d'une étude ultérieure, étude que M. Brenner n'a |)u entreprendre depuis.

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