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EXCURSIONS AUX GRANDS-MULETS

en loin que quelques rochers isolés viennent percer la croûte de neige ou de glace qui les recouvre.

Les Grands-Mulets sont un de ces rochers. ne de feuillets verticaux d’une roche cristalline appelée protogine, ils surgissent brusquement au milieu du névé et séparent la partie supérieure du glacier des Bossons de celui de Taconnaz.

La chaine qu'ils forment est séparée en deux portions: l’une, inférieure, plus longue; c’est là que lon passe lx nuit lors de lPascension ; lautre, supérieure, plus courte, et que Saussure baptisa du nom de Rochers de l'Heureux-Retour ; elles s'étendent de 3,050 à 3,470 metres au-dessus de la mer

La partie inférieure et spécialement son côté Est qui regarde le mont Maudit, et qui est à l’abri des violences des vents du sud et du sud-ouest, est celle qui a donné le plus grand nombre despeces de plantes ; plus on s’éleve et plus leur nombre se réduit ; le Swene acaulis paraît en être le dernier représentant.

Ces rochers sont en général partout facilement accessibles ; leurs feuillets verticalement relevés forment des gradins qui en rendent l'exploration relativement facile. C'est entre ces feuillets, dans un terrain formé par la désagrégation même de la roche, que végetent de jolies petites plantes, abritées par le rocher, réchauffées par le soleil qu'il réfléchit, humectées par la neige qui même en été tombe fréquemment sur elles. En voici la liste, d'apres les publications de MM. Martins et Payot.

Draba Fladniziensis, Sazifraga grœnlandica, — frigida, — eæarala, Cardamine bellidifulia, — muscoides, — resedifolia, — oppositifolia, Silene bryoides, Erigeron uniflorus, Potentilla frigida, Chrysanthemum alp num,

Saxifraga bryoides, Phyteuma hemisphæricum,

Androsace helvetica, Trisetum subspicatum, — pubescens. Poa laxa,

Luzula spicata, — CSA,

Carex nigra, — alpina,

Agrostis rupestris, Festusa Halleri.

LE MONT: VENTOUZ

Le savant et spirituel auteur de la B#che, notre excellent ami M. le professeur J.-H. Fabre, d'Avignon, à qui nous avions demandé une notice sur cette montagne, qu'il connaît si bien, nous a adressé la lettre qui suit. Nous ne doutons pas que nos lecteurs ne trouvent à ce récit, où l'humour le dispute à la science, le même plaisir que nous-même y avons éprouvé :

Mon cher ami,

La montagne pelée de la Provence, le Ventoux, a laissé dans votre esprit de si vifs souvenirs, que vous demandez à ma plume un court récit de notre commune ascension, afin de faire partager aux lecteurs de votre beau livre sur les plantes alpines l’impression que vous en avez gardée.

C'était, s’il m'en souvient, le 11 août 1865. Nous étions huit : trois, dont le mobile était la botanique, vous, notre excellent ami Th. Delacour et votre serviteur ; cinq enfin alléchés par une course dans les montagnes et le panorama des hauteurs. Aucun de nos cinq compagnons, étrangers à l’étude «des plantes, n’a, depuis, manifesté le désir de m'accompagner une seconde fois. C’est qu’en effet l’expédition est rude, et la vue d’un lever du soleil ne dédommage pas des fatigues endurées.

Le Ventoux ne peut mieux se comparer qu’à un tas de pierres concassées pour l'entretien des routes. Dressez le tas à deux kilomètres de hauteur, donnez-lui une base proportionnée, jetez sur le blanc de sa roche calcaire la tache noire des

forêts, et vous aurez une idée nette de l’ensemble de la mon tagne. Cet amoncellement de débris, tantôt petits éclats, tantôt quartiers énormes, s'élève brusquement de la plaine sans pentes préalables, sans gradins successifs, qui rendraient l'ascension moins pénible en la divisant par étapes naturelles. L’escalade commence immédiatement par des sentiers dont le meilleur ne vaut pas la surface d’un chemin récemment empierré, et se poursuit, toujours plus rude, jusqu’au sommet, dont l'altitude mesure 1911 mètres. Quant à ce qui fait le charme habituel des montagnes, fraiches pelouses, gais ruissselets, roche moussues, grandes ombres des arbres séculaires, attendez rien de pareil ici : les pentes sont de monotones nappes de calcaire néocomien fragmenté par écailles, qui fuient sous les pieds avec un cliquetis sec et presque métallique. Sur ces croupes brûlées par le soleil, le bruit du ruissellement des pierres remplace le murmure des eaux. Je con-cois donc que de simples curieux de points de vue ne soient pas tentés de parcourir une seconde fois ce canton de l’Arabie Pétrée, transporté sous le ciel de la Provence ; néanmoins, comme l’amour des plantes y trouve large satisfaction, le botaniste garde bon souvenir de la rocailleuse montagne, et volontiers y revient. Mon ascension de cette année était la vingt-quatrième, mon cher ami, et j'espère bien que ce ne sera pas la derniere.

Bref, nous voici à Bédoin, tout au pied de la montagne. Les pourparlers avec le guide sont terminés, l’heure du départ est convenue, itinéraire est discuté, les vivres se préparent. Essayons de dormir, car demain il y aura une nuit blanche à passer. Dormir, vraiment voilà le difficile. Jamais je n’y suis parvenu : toute ascension au Ventoux me coûte deux nuits dinsomnie, parfois trois. La principale cause de fatigue est là. Je conseillerai donc à ceux de vos lecteurs qui se proposeraient une herborisation au Ventoux, de ne pas se

trouver à Bédoin un dimanche au soir. Ils éviteront le bruyant va-et-vient d’un café-auberge, les interminables conversations des habitués, la chansonnette après boire, les couplets nocturnes des passants, le beuglement des cuivres du bal voisin, et autres tribulations particulières au saint jour de désœuvrement et de liesse. Reposeront-ils mieux dans le courant de la semaine? Je l’espère, mais ne réponds de rien. Pour mon compte, je n'ai pu fermer l'œil. Toute la nuit, le tournebroche rouillé, fonctionnant pour nos victuailles, a grincé sous ma chambre à coucher; je n’étais séparé de la satanée machine que par une simple planche. Mais déja le ciel blanchit ; un âne brait sous les fenêtres ; c’est l'heure, levons-nous.

Provisions de bouche et bagages chargés, ja-hi! fait notre guide; et nous voilà partis. Il est quatre heures du matin. En tête de la caravane marche Triboulet, avec son mulet et son âne, le brave Triboulet, doyen des guides au Ventoux. Vous et Delacour, la boîte au dos, scrutez du regard la végétation aux fraiches lueurs de lPaurore ; nos compagnons causent; je suis la bande, un baromètre pendu à l'épaule, un calepin et un crayon à la main. Vous rappelez-vous, mon cher ami, comment le baromètre, destiné à prendre l’altitude des principales stations, devint bientôt le prétexte d’accolades à la gourde de rhum ? Dés qu’une plante remarquable était signalée : vite, un coup de baromètre ! disait l’un ; et nous nous empressions autour de la gourde pour nous éclaircir la vue avant la lecture de lappareil de physique. La fraîcheur du matin et la marche nous faisaient si bien apprécier ces coups de baromètre, que le niveau du liquide tonique baissait encore plus rapidement que celui de la colonne mercurielle. Il me fallut, dans l’intérêt de l’avenir, consulter moins fréquemment le tube de Toricelli.

J’ai recours à mes notes, écrites tout chemin faisant, pour le relevé des principales plantes, dans l’ordre de leur apparition.

Autour de Bédoin, dans les terrains sablonneux apparte nant au grès vert :

Kochia arenaria, Catananche cœrulea, Centaurea pectinat«, Tragus racemosus.

Dans les cultures, région des Müriers :

Plumbago europæa, Calamintha Nepeta, Salvia Sclarea, Osyris alba,

Cirsium ferox, Cirsium Acarna, Echinops ritro, Asteriscus aquaticus.

Nous avons à notre droite des collines allongées, peu élevées et formées d’un grès à coloration d’un rouge ferrugineux. Des Vignes et des Chènes verts occupent les croupes que nous parcourons :

Ptychotis heterophylla, Lavandula Spica, Satureia hortensis, Turgenia latifolia.

Genista Scorpius,

Le Buis devient abondant ; les Vignes cessent. Là disparaissent aussi le Noyer, le Chêne blanc, le Chêne vert, le Màrier, Amandier. Nous entrons dans une région monotone qui s’étend de la fin des cultures à la limite inférieure des Hêtres. Sa végétation dominante est le Thym et la Sariette des montagnes ; — je l’appellerai région du Safurera montana : Thymus vulgaris, Satureia montana, Telephium Imperati, dans les fissures de rochers ; Echinops ritro, se fait rare et va disparaitre bientôt; Erynqium campestre, Euphorbia Characias, Lavandula Spica, Vincetoxicum officinale, Lavandula vera, quelques touffes encore bien rares; Carlina acantlufolia, commence : c’est Partichaou des gens du pays qui font usage, comme aliment, de son réceptacle charnu; Cérsium acaule, deviendra trèsfréquent sur les hauteurs.

À l'altitude où nous sommes, quelques carrés de froment se trouvent encore. Lever du soleil, salué par un coup de ba-

romètre, non celui de la physique. Le Lavandula vera com-

mence à devenir commun et se trouve pêle-mêle avec le Lavandula Spica. Nous avons rencontré des distiilateurs ambulants dont l’alambic fonctionne en plein air, à labri d’un rocher, pour l’extraction de l’essence de Lavande. Le Lavandula vera est seul utilisé. On va le récolter jusqu’à l'extrême limite des Hêtres. Avec les deux Lavandes se montrent :

Leuzea coniferæ, Achillea odorata, Teucrium Polium, Micropus erectus, Thymus vulgaris, — bombycinus, Epilobium rosmarinifolium, Anthyllis Vulneraria, Scabiosa Gramuntix, Leontodon Villarsi, Saxifraga tridactylites, Calamintha nepetoides, Seseli montanum, Vincetoxicum officinale, Cerastium arvense, Nepeta lanceolata ;

cette dernière est l’une des plantes les plus fréquentes du Ventoux. Dans la même région, la bonne fortune peut faire récolter : Centaurea Seusana, Vicia onobrychioïdes, Stæhelina dubia.

Entrée dans le ravin que le guide nous dénomme Coumbo- Sourno. Les deux versants du ravin sont occupés par des Hêtres rabougris. Un peu avant ont cessé Thymus vulgaris et Lavandula Spica. Le Satureia montana dure toujours.

Citons parmi les végétaux dominants du ravin :

Rumex scutatus, Biscutella coronopifolia, Eryngium Spina-alba, Epipactis latifolia, Lavandula vera, Tragopogon crocifolius, Vincetoxicum officinale, Helleborus fœtidus, Carlina acaulis, Solidago virga-aurea, Seselimontanum, Ptychotis heterophylla, Thymus Serpyllum, Amelanchier vulgaris, Galium hypnoides, Acer opulifolium, Teucrium Chamædrys, Scrofularia canina.

Galium megalospermum,

Sur les rochers escarpés se montrent :

Silene Saxifraga, Asplenium Ruta-muraria, Potentilla petiolulatu. Ceterach officinarum, Asplenium Halleri, Polypodium Dryopteris.

— Trichomanes,

A mesure qu'on pénètre plus avant dans la gorge, on trouve diverses plantes des hauteurs, amenées jnsque ici par les eaux de la fonte des neiges. Ce sont :

Hieracium prunellæfolium, Aretia Vitaliana, Papaver aurantiacum, Ononis cenisia.

Nous sommes en plein dans la région des Hêtres; le Satureia montana à disparu , le Lavandula vera continue toujours. Successivement apparaissent :

Helleborus fotidus, Digitalis luteu, Campanula rotundifolia, — Trachelium, — persicifolia, Carduus carlinæfolius, Paronychia serpyllifolia, Aquilegia viscosa (fig. 37), et quelques maigres touffes de Saxifraga muscoides et de S. 0pposihfolia, que nous retrouverons au sommet, leur véritable station. Enfin, l’Urtica

dioicaetle Chenopodium Bonus- Fig. 31. — Aquilegia viscosa. Henricus nous annoncent le voisinage d’un point fréquenté par les bergers. Nous voici, en effet, à la fontaine de la Grâve, abreuvoir des troupeaux. Quatre troncs d'arbres creusés en longues auges recoivent le maigre filet d’eau, qui tombe d’un récipient à l’autre et se perd, infiltré dans le sol, à quelques pas de la source. La température de Peau est de + 7°, celle de l’air de + 14°. Il est dix heures du matin ; nous avons mis six heures pour venir de Bédoin à la fontaine, mais d’un pas très-modéré, comme il convient pour une exploration attentive. Là commence un de ces repas gargantuéliques dont il est gardé, pour la vie, ineffacable souvenir. Passons sous silence la nomenclature des

vivres, mais n’oublions pas l’oignon, cher à la Provence; les petits fromages de Bédoin, saupoudrés de Pébré @ Asé (feuilles du Satureia montana), qui leur donne arome relevé et saveur piquante ; les olives à la picholine, débarrassées de leur prin— cipe amer par un séjour de quelques heures dans une lessive alcaline ; enfin, le melon de Cavaillon. Quelques pâtres, revêtus de leurs grands manteaux gris, assistent au repas, ébahis de nos richesses gastronomiques. Ils partagent avec nous le coup de baromètre final, et nous nous remettons en marche après une paire d'heures de repos.

La région des Hêtres finit à la fontaine de la Gràve. Audessus s'étend la région alpine, dépourvue de toute végétation ligneuse. Nous piquons droit devant nous pour atteindre au plus tôt la crête, la suivre à l’ouest et gagner ainsi le sommet par une pente très-peu pénible.

De la Gràve à la crête se récoltent :

Aretia Vitaliana, Cirsium acaule, Paronychia serpyllifolia, Papaver aurantiacum, Saxifraga muscoides, Linaria Supina,

— oppositifolia, Ononis cenisia, Viola cenisia, Athamantha cretensis, Galium hypnoides, Carduus carlinæfolius, Androsace villosa, Helianthemum canum, Globularia cordifolia, Anthyllis montana, Galeopsis Ladanunr, très-rabougri, Epilobium collinum.

Sur la crête, les plantes dominantes sont :

Androsace villosa et Aretia Vita- Alsine Bauhinorum, 4 liana, formant le fond de la Arenaria grandiflora, végétation, — tetraquetra, Draba aizoïdes, Paronychia serpyllifolia, Thymus Serpyllum, Globularia cordifolia, Dianthus subacaulis, Anthyllis montana, Alsine mucronata, Avena setacea, = AV LLIQTSEr, Galium hypnoides.

Dirigeons-nous maintenant à l’ouest et suivons toujours la crête. Le sol y est uni, pavé de petits éclats de calcaire

blanc, sans fatigue pour la marche. La végétation y est disséminée par maigres îlots au milieu de ce cailloutis. Si le trajet s'effectue sans encombre, d’ici au sommet nous ajouterons à nos récoltes :

Antennaria dioica, Avena distichophylla, Sempervicum montarumn , Phyteuma orbiculare, Erigeron alpinum. Euphorbia saxratilis, Oxytropis cyanea, Alchimilla alpina, Iberis aurosiea, Phyteuma Charmelà, Dianthus subacaulis, Silene vallesia, Euphrasia alpina, Campanula Allioni.

Alyssum flexicaule,

Voilà, mon cher ami, ce que nous aurait à peu près offert l'itinéraire prémédité. Du sommet, nous serions descen dus au Jas pour y passer la nuit, et le lendemain une nouvelle ascension du cône terminal aurait complété nos recherches. Mais vous savez quelles circonstances vinrent brusquement troubler le plan primitif. Laissez-moi vous les rappeler.

Nous nous reposons quelques instants sur la crête qui domine Font-Filiole, petite fontaine dont je reparlerai. Pour un moment, la botanique est oubliée, nous sommes tous à l'émouvant spectacle des pentes nord du Ventoux, pentes vertigineuses qui par ressauts abruptes, parfois verticaux, plongent dans la vallée du Toulourenc. Tandis que nos com- pagnons ébranlent des quartiers de roe pour les faire rouler dans l’abîme et en suivre l’horripilante dégringolade, je découvre, sous l'abri d’une pierre plate, une vieille connaissance entomologique, l’'Amumophile hérissée, dont j'avais bien des fois suivi la savante industrie assassine, quand l’hyménoptère paralyse la grosse chenille destinée à sa larve par un coup d’aiguillon dans chacun des ganglions abdominaux. À l’époque de ses travaux, sur les berges des chemins dans la plaine, je l'ai toujours vue isolée; ici, presque à laseime du Ventoux, je la trouve au nombre de quelques centaines d’in-

dividus groupés en tas dans la même cachette. Par quelles circonstances s’est formée cette populeuse société? Est-ce une tribu nomade qui émigre des plaines du sud dans la vallée du nord, et campe aujourd’hui sur la crête du mont? J'en étais à ce curieux problème entomologique, quand nous arrive soudainement un convoi de nuages se résolvant en pluie. Avant d’y avoir pris garde, nous sommes enveloppés d’une épaisse brume, qui ne permet pas d'y voir à deux pas devant nous. Pour comble de complications, Delacour s’est écarté, à la récolte de l'Euphorbia saxatilis, fréquent dans ces parages. Faisant porte-voix de nos mains, nous réunissons en un appel commun l'effort de nos poitrines. Personne ne répond. La voix se perd dans la vague rumeur de la nuée pluvieuse. Cherchons donc l’égaré, puisqu'il ne peut nous entendre. Au milieu de l’obscurité où nous sommes, il est impossible de nous voir l’un l’autre à la distance d’une paire de pas; et je suis le seul des sept qui connaisse les localités. Pour ne laisser personne en route, nous nous donnons la main et je me mets en tête de la chaîne. Alors commence un véritable jeu de Colin-Maillard, qui n’aboutit à rien. Delacour sans doute, habitué du Ventoux, en voyant venir les nuages, aura profité des dernieres éclaircies pour gagner l'abri du Jas. Gagnons-le nous-mêmes au plus vite, car l’eau déjà nous ruisselle sur le corps. Une grave difficulté survient. Les vaet-vient, tour et retour de nos recherches, m'ont mis dans l’état d’une personne qui, les yeux bandés, pirouette sur ses talons. J’ai perdu toute orientation; je ne sais plus, absolument plus, de quel côté est le flanc nord de la montagne, de quel côté est le flanc sud. J’interroge l’un, j’interroge l’autre : les avis sont partagés, très-douteux. Conclusion: aucun de nous ne sait où est le nord, où est le sud. Je vous avouerai, mon cher ami, que si jamais j’ai compris la valeur des points cardinaux, c’est en ce moment-là. Tout autour de nous est

Pinconnu de la nuée grise; juste sous nos pieds, nous distmguons la naissance d’une pente d'ici et d’une pente de là; mais quelle est la bonne? Il faut choisir et se précipiter de confiance. Si par malheur nous prenons la pente nord, nous courons nous fracasser dans les précipices dont la vue tantôt nous donnait l’effroi; pas un n’en reviendra peut-être. J'eus là quelques minutes de poignante perplexité.

La boussole de la réflexion nous tira de ce terrible pas. Avant d'être désorientés, nous recevions la pluie à gauche; tätons-nous les flancs, et le plus mouillé nous renseignera sur l'orientation premiere. La pente sud est ainsi reconnue. Toujours groupés en chaîne, nous piquons aveuglément une tête dans l’inconnu du nuage, et nous atteignons bientôt la lisière supérieure des Hêtres. L'obscurité est encore plus profonde qu'au sommet dela montagne : 1l faut se courber jusqu’à terre pour reconnaitre le sol et se guider. Comment donc retrouver le Jas, enfoui dans l'épaisseur du bois ? Deux plantes, assidue végétation des points hantés par l’homme, nous servent de fil conducteur : j’ai nommé le Chenopodium Bonus-Henricus et l’Urtica dioica. De touffe en touffe d’Ortie, nous arrivons au bienheureux gite.

Delacour y est, ainsi que le guide, avec nos bagages abrités à temps contre la pluie. Un feu flambant et des vêtements de rechange ont bientôt chassé les idées noires et réveillé habituelle gaieté. Un bloc de neige, apporté du vallon voisin, est suspendu dans un sac devant le foyer; une bouteille reçoit l’eau de fusion. Ce sera notre fontaine pour le repas du soir. Enfin la nuit se passe sur une mince couche de feuilles de Hêtre, les pieds sur les cendres chaudes, la tête sur la boîte dherborisation. Dès deux heures du matin, tout le monde est sur pied pour gravir le cûne terminal et assister au lever du soleil. La pluie a cessé. Le ciel est superbe et promet une admirable journée.

Pour coordonner géographiquement nos relevés botaniques, inscrivons ici les plantes que nous devons récolter à notre retour. Aux environs du Jas, dans le bois de Hètres, se trouvent :

Campanula rotundifolia, Chœrophyllum sylvestre, Biscutella coronopifolia, Solidago virga-aurea, Teucrium Chamædrys, Arctostaphylos uva-ursi , quelques rares touffes, Thalictrum fœtidum, Adenostyles alpina, Ranunculus aduncus, Pyrethrum corymbosum,

Viburnum Opulus, Aria vulgaris, Helianthemum eanum, Silene alpina, Eryngium Spina-alba, Buplevrum gramineum, Festuca heterophylla, Erysimum ochroleucum, Mercurialis perennis, Nepeta lanceolata, Chenopodium Bonus-Henricus.

Heracleum Panaces,

Dans le vallon, à droite du Jas, au voisinage des amas de neige, qui s’y conserve toute l’année sous les branchages, on recueille abondamment : Campanula Allionii et Galium meyalospermum. Suivons maintenant l’itinéraire habituel du Jas au sommet. À gauche est une maigre pelouse où se trouvent :

Antennaria dioica, Silene vallesia, Arenaria mucronatu, Euphrasia alpina, — tetraquetra, Sempervioum montunum, Carlina acaulis, Erigeron alpinum, Cotoneaster vulgaris, Aquilegia viscosa, Aretia Vitaliana, Globularia cordifolia, Carex rupestris.

Stipa pennatu,

Teucrium montanum,

En continuant vers la gauche, on atteindrait les bois de Pins formés d’un mélange de Pinus sylvestris et de P. uncinata. Ces bois s’étendent au-dessus de la région des Hêtres et atteignent presque la crête en quelques points. On y rencontrerait, outre une foule de plantes déjà nommées à diverses reprises :

Ribes alpinum, Valeriana tripteris,

Sesleria cϾrulea, Phalangium Liliago,

EXCURSIONS

Convallaria Polygonatum, Armeria buplevroides, Linrum suffruticosum, Silene vallesia,

Alsine Bauhinorum, Cytisus sessilifolius, Genista pilosa, Campanula glomerata, Linaria supina,

Arabis muralis,

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