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Fig. 55. — Grande cascade aux Buttes Chaument.

parallèlement en lignes circulaires concentriques, soit sans ordre apparent, des blocs choisis parmi ceux qui offrent une configuration irrégulière, en sarrangeant de manière à ménager entre eux des espaces libres, dans lesquels se feront les plantations. On procède ainsi jusqu’au sommet, qui se trouve enfin couronné par une sorte de crête pitto— resquement accidentée. Dans un rocher bien fait, les qualités qu'il faut rechercher sont, en même temps qu’une apparence générale qui satisfasse Pœil, une disposition intelligente des matériaux qui se prête au groupement du plus grand nombre d'espèces, et permette de donner à chacune d’elles le mode de plantation et de culture qui lui convienne le mieux.

Une fois le rocher établi, et quand les tassements qui se produisent toujours dans les premiers temps sont achevés, on peut procéder à la plantation.

Il n’y a aucun ordre scientifique à suivre dans la planta- . üon d’un rocher destiné à recevoir des plantes alpines, par la raison qu’on trouve dans une famille, et souvent même dans un genre unique, des espèces d’aptitudes différentes, exigeant aussi des conditions différentes. Si, en effet, nous prenons pour exemple un de nos genres essentiellement alpins, les Saxifrages, nous verrons que le grand nombre d’espèces qui le constitue croissent dans les lieux les plus divers. Les Sazifraga Clusii, stellaris et aquatica ne peuvent venir que lorsque leurs racines sont baignées par l’eau limpide et froide d’un ruisselet, ou quand elles les plongent dans une couche spongieuse formée par les sphaignes ou les mousses de taille élevée qui reposent elles-mêmes sur un fond constamment arrosé. Sans affectionner autant ces stations, le Saxifraga aizoides yecherche pourtant les endroits les plus humides, et ses lieux de prédilection sont les rochers ou débris rocheux, herbeux ou moussus des terrains inclinés avoisinant les ruisseaux ou les cascades. D’autres se plaisent

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Grande cascade du Bois de Boulogne.

exclusivement sur les rochers très-humides des stations ombragées où ils forment, en compagnie de plusieurs Mousses, des tapis plus ou moins étendus, tels sont les Saxifraga cuneifolia, et sa plus proche voisine, le S. apennina; d’autres : S. Geum, hirsuta et umbrosa, se contentent des rochers légèrement frais des forêts très-ombragées. Les espèces à port de mousse : S. obscura, geranioides, palmata, hypnoides, cæsmtosa, tenella, muscoides et autres analogues, se plaisent dans les mêmes lieux. Plusieurs, et entres autresles S. bryoides etaspera, forment dans les régions où toute trace de forêt a depuis longtemps disparu, soit sur les rochers, ou plutôt encore à leur base plus ou moins fraîche, des touffes naines et souvent trèsétendues qu’on ne cesse d'admirer. Il en est de même pour les S, oppositifolia, biflora et retusa, qui croissent, les deux premiers dans les éboulis mouvants et schisteux qui avoisinent les neiges, le troisième sur les rochers humides. Jusqu’ici nous n'avons eu affaire qu'aux Saxifrages recherchant les lieux frais et ombragés ; mais ce genre possède aussi un bon nombre d’espèces rupestres ou saxicoles, caractérisées en général par leurs feuilles cartilagineuses, et dont les stations préférées et presque toujours exclusives sont les fissures des rochers un peu plus ou un peu moins insolés. À ce nombre appartiennent les S. Cotyledon, mutata, pyramidalis, Aizoon, crustata, cochlearis, cæsia, diapensoides, valdensis, et beaucoup d’autres.

Si, après avoir envisagé ces plantes, au point de vue des stations que chacune d’elles préfère, nous les examinons sous le rapport de leur mode de végétation, nous trouverons des différences non moins grandes: les unes ne formeront que des touffes plus ou moins denses, mais toujours limitées, telles sont celles qui appartiennent au groupe Aizoon; d’autres, au contraire, arriveront bientôt par leurs tiges nombreuses et radicantes à produire de véritables tapis d’une étendue

souvent considérable, et ce seront les espèces hypnoïdes qui nous les fourniront.

I n’y a doné, comme on le voit, aucune règle absolu ment scientifique à observer dans la plantation d'un rocher. Le mieux, en pareil cas, est de chercher à grouper les espèces, non d’après leurs affinités, mais d’après les stations qwelles affectionnent, comme aussi d’après leur mode de végétation.

Partant de ces données, on réservera le versant sud du rocher ou, à son défaut complet, celui qui sera le mieux exposé au soleil aux espèces qui recherchent cette orientation : Sédums, Sempervivums, Erinus alpinus, Globularia cordifolia, etc. Par contre, le versant opposé sera consacré aux plantes croissant dans des conditions diamétralement différentes ; et leur nombre, il faut le répéter, embrasse la plus grande généralité d’entre elles. Il ne faut pas oublier, et c’est 1c1 l’occasion de le redire, que deux conditions sont surtout indispensables a cette culture : 1° une exposition demi-ombragée ; 2° un sol léger, sablonneux ou un peu tourbeux, selon les espèces, mais toujours frais. Ces conditions sont tellement essentielles, surtout pendant la période estivale, qu’il est préférable de renoncer à toute culture de ce genre sion ne peut se les procurer réunies.

On consacrera naturellement les endroits les plus spacieux qui auront été ménagés dans l’assemblage des pierres du rocher aux espèces qui prennent le plus de développement; la région supérieure à celles qui recherchent plutôt la sécheresse que la fraicheur, et la base ou le côté le plus ombragé aux plantes auxquelles une humidité relative convient mieux ; enfin les interstices ou les petites excavations des meulières seront affectées aux plantes rupicoles de très-petite taille, et surtout à celles dont les racines se réduisent aux plus minimes proportions.

Bien qu'il soit préférable de réunir les Fougères dans un lieu spécial pareillement érigé, et auquel le nom de flicetum est appliqué, la plupart d’entre elles pourront trouver place sur le rocher des plantes alpines où elles seront distribuées selon leurs exigences et sans autre ordre que celui destiné à produire le plus d’effet à la vue. On se gardera bien d’employer dans la plantation d’un rocher de ce genre, surtout si l’espace est trés-limité, certaines espèces qui, par leur petite taille ou leur mode de végétation, sont cependant souvent employées à la garniture des lieux rocailleux. Tels sont divers Cerastium, VIberis sempervirens, V'Alysum saxatile et quelques autres espèces non moins robustes ou envahissantes, parce qu’elles arriveraient rapidement à anéantir leurs voisines plus délicates, c’est-à-dire les seules qu’il importe surtout de conserver. Toutefois, leur exclusion ne devra pas s’étendre aux rochers ou aux rocailles occupant de grandes surfaces, car elles seront dans ce cas un puissant auxiliaire au jardinier qui, réduit à l’utilisation seule des plantes véritablement alpines, n’arriverait, faute d’espèces, qu'à un résultat parfois insuffisant.

Supposons qu'il s’agisse de planter des rocailles ainsi établies; on réservera les lieux les plus humides, et qui ne tarderont pas à devenir plus ou moins moussus, aux Pinguicules, Sazxifraga aizoides et stellaris, Epilobium origanifolium, Primula farinosa, Tofieldia calyculata, ete., qui recherchent ces localités. On placera sur les hauteurs quelques Coniferes de petite taille : Pinus Cembro, P. pumilio, Juniperus nana et prostrata ; puis cà et là des arbrisseaux : Salix cæsia, hastata, sericea, et Lapponum , Rosa alpina, pyrenaica et autres, Rhododendron ferrugineum et hirsutum, Daphne striata, Cneorum et Verloti. Dans le voisinage des blocs les plus étendus, et dont on doit cacher autant que possible la nudité, on fera appel aux espèces suffrutescentes à rameaux étalés et radicants : Befula nana,

Arbutus alpina et Arctostaphylos uva-ursi, auxquels on associera des Saxifrages à tiges radicantes ; sous ce rapport, les Saxifraga hypnoides, obscura, geranioides, palmata, et un grand nombre d’autres seront précieux. Les Gypsophila repens, Silene vallesia, Saponaria ocimoides se mêleront utilement à eux. Sur les parties les plus sèches, on recourra aux Sédums, aux Sempervivums et aux Saxifrages à feuilles cartilagineuses, qui en orneront les points les plus arides. Enfin les anfractuosités circonscrites par des rocailles recevront la grande généralité des plantes, et on cherchera à les disséminer autant que possible, selon leur grandeur, leur facies. La région tout à fait inférieure sera affectée aux Adenostyles, Cirsium autareticum, heterophyllum et spinosissimum, Astilbe Aruncus, ete. Enfin la Soldanelle et plusieurs Fougères des lieux humides en occuperont les parties plus déprimées.

La plantation des espèces alpines devra toujours être faite avec les plus grands soins, et, dans la généralité des cas, il faudra recourir à des pieds élevés en pots et déjà suffi-samment enracinés. Le mode de planter varie selon l'espèce. La houlette étroite est, de tous les instruments, le plus commode.

Qu'on ait affaire à une plante à racines pivotantes ou. à racines traçantes, on devra toujours faire un trou proportionné à la dimension de la motte à planter, l’excédant même en profondeur et en largeur ; car malgré les qualités de la terre dont on se sera servi pour l’érection du rocher, il sera utile, pour peu que la couche de terre soit un peu épaisse, de placer dans le fond du trou un lit de gravier ou d’escarbilles, qu’on recouvre de terre de bruyère grossièrement concassée, C’est sur elle, et seulement après l’avoir un peu foulée, qu’on place la motte de la plante débarrassée des tessons qui servaient au drainage. Si les racines sont fasciculées, il sera bon de ménager dans le fond du trou un petit cône sur lequel on étalera les

racines. Toujours aussi on glissera autour de la motte une quantité, quelque faible qu’elle soit, de terre neuve. Il est utile de faire observer que le niveau de la motte ne devra pas dépasser celui du sol, et qu’il sera préférable même, surtout pour les espéces dont les tiges ne seront ni traçantes ni radicantes, de réserver autour d'elles une petite cuvette destinée à retenir les eaux de pluie ou d’arrosage. Les plantes à tiges étalées ou radicantes devront être plantées à ras de terre, et, comme nous l'avons dit dans notre premier chapitre, enterrées'de distance en distance. Quelques petites mottes de terre de bruyère suffiront dans la plupart des cas. Quant aux espèces cespiteuses, elles seront, comme nous l'avons vu aussi, plantées non pas en fortes touffes, mais sinon en fragments isolés, ce qui serait préférable bien souvent, du moins par petites touffes plus ou moins rapprochées, et leurs tiges et leurs racines mises en contact immédiat avec la terre.

Si on désirait planter sur ces rochers artificiels, dont les villes de Genève et de Grenoble possèdent un exemple, quelques espèces suffrutescentes de petite taille, et aussi quelques robustes plantes herbacées des prairies ou de la région des forêts, on pourrait ajouter au sol une petite quantuté de terre franche. Tel serait le cas pour les Amelanchier vulgaris, Rhamnus saxatilis, Rosa alpina, etc., et pour les Adenostyles, les Prenanthes, V'Astilbe Aruncus, la grande Gentiane, les Vératres et beaucoup d’autres, de même qu'il serait utile de mélanger à la terre des ardoises pilées pour les: espèces de terrains schisteux, de la mousse ou du sphagnum hachés pour les sortes des lieux tourbeux.

Quoi qu’il en soit, la plantation étant achevée, onrépandra sur le sol un faible lit de mousse ou de sphagnum, en veillant bien à n’en point mettre sur les feuilles des espèces à tiges radicantes ou stolonifères, la présence de cette couverture n'étant nécessaire que pour entrenir la fraîcheur du sol;

c’est donc sur lui seulement et autour des plantes qu’elle devra être maintenue.

Nous ne nous étendons pas plus longuement sur la création des rochers artificiels, comme aussi sur les soins qui doivent présider à leur plantation et à leur entretien. Nous dirons cependant qu'il serait possible de varier leur ornementation en enterrant avec leurs pots, 'soit momentanément, soit pendant un laps de temps plus ou moins long, les espèces les plus délicates auxquelles un séjour peu longtemps prolongé ne pourrait porter préjudice, mais qu'on devra toutefois retirer et remettre sous châssis aussitôt que le besoin l’exicera.

Si un rocher tel que nous venons de le décrire suffit à l’amateur de plantes véritablement alpines, ses dimensions trop réduites empêchent ladjonction d’un nombre plus orand d'espèces étrangeres qui se rapprochent d'elles soit par leur petite taille, soit par leur mode de végétation. On pourrait, en irriguant à l’aide d’un tuyau tres-finement percé, et d’où l’eau tomberait goutte à goutte et seulement sur une partie de ces rochers, augmenter la somme des especes à cultiver par celles qui recherchent les lieux humides. Mais on comprend que, pour obtenir cette condition, il est indispensable que la construction du rocher offre des garanties spéciales de solidité.

Pour la personne qui désirerait réunir aux plantes vraiment alpines toutes celles d’humble taille qui sont depuis longtemps introduites dans nos jardins, où elles servent en général à la formation des bordures, il suffirait de construire un vaste rocher, ou plutôt de g'arnir de grandes rocailles l’une des parties les plus pittoresques d’unlabyrinthe. On choisirait, par exemple un vallon un peu ombragé par des arbres environnants, clairplantés. Les grands Conifères sont de tous, il faut le savoir, ceux qu'on doit le plus éviter en pareil cas. Si la disposition

naturelle du terrain est convenable, on se contentera de donner un bon labour au sol, afin de le rendre le plus perméable possible ; puis on placera sur lui de grosses meulières ou des. blocs plus ou moins volumineux de silex irréguliers, en s’arrangeant de manière que leurs parties visibles soient toujours celles qui présentent le plus d’irrégularité dans leurs contours. On remplira les intervalles de terre de même nature que celle dont nous avons tant de fois parlé. Grâce à leur étendue moins limitée, ces rocailles pourront ainsi recevoir un grand nombre d'espèces, qu'il serait facile d’augmenter encore, s’il se trouvait dans la région supérieure un robinet donnant un mince filet d’eau qui en parcourrait, en l’humidifiant, une partie.

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