‹ Les plantes des AlpesChapitre 15 sur 64 · LE · texte numérisé non relu

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établie pour permettre la marche ascendante de la vie végétale ; tout semble au contraire se conjurer pour en abaisser la limite. Examinez les divers phénomènes qui se produisent dans les montagnes et vous serez bientôt convaincu comme moi que loin de permettre ce mouvement ascendant, tout ce qui se passe là haut tend à refouler la végétation de haut en bas et à la répandre dans les plaines. Depuis l’avalanche qui entraine avec elle des masses plus ou moins considérables de sol, jusqu’au seul grondement du tonnerre, capable d’ébranler les extrémités des montagnes et d'en faire rouler les débris dans les vallées tout contribue à faire descendre la montagne et à en abaisser le sommet. Il ne saurait y avoir d'exception à mes yeux que pour les cryptogames (Lychens) dont les spores ténues et légères remplissent l'atmosphère et transportent l'espèce dans les régions les plus diverses et les plus élevées.

Les plantes des Alpes sont douées d’une étonnante ténacité et d’une certaine force de résistance qui leur permet de se cramponner aux lieux qui les ont vues naître. Leurs fortes racines, leurs souches épaisses munies souvent de racines adventives, les attachent au sol et leur permettent de résister aux différents courants dévastateurs qui

Re pr les entraîneraient dans les plaines. Mais là se bornent les propriétés de notre flore phanérogame ; elle a un caractère résistant, envahissant mais non point ascendant. On a bien signalé la marche ascendante de certaines plantes dans plusieurs régions de nos Alpes. C'est ainsi que Tschudi (*) signale un cas de ce genre sur le sommet du Piz Linard où se trouvent actuellement établies une certaine quantité d'espèces dont Heer avait, 30 ans auparavant, trouvé les dernières traces à quelques centaines de mètres plus bas. Je ne pense pas cependant qu'on puisse se baser sur quelques faits isolés qui peuvent s'être produits dans des circonstances particulières ; il est du reste fort possible que les plantes découvertes sur le sommet de Ja montagne, 30 années après l’ascension de Heer, provenaient de graines déposées dans le sol depuis un grand nombre d'années, de siècles peut-être et qui, comme celles retrouvées dans les pyramides de l'Egypte, y ont conservé leur facultés germinatives. Quelles seraient en effet les causes qui, en 30 ans, pourraient transporter les graines relativement lourdes de l’Androsace glacialis et de la Renoncule des glaciers à 2 ou 300 pieds d’élé-

(:) Le monde des Alpes. p. 639.

SAR ES vation, étant données les circonstances locales si peu favorables au rapide développement de la végétation ?

J'ai hâte cependant de citer sur ce sujet l’opinion d’un homme éminemment compétent, quoique étranger à notre pays, lequel, dans un travail lu à la Société royale de géographie de Londres, expose, au sujet de l’origine de la flore alpine, une opinion absolument différente de celle des autres naturalistes. M. John Ball, qui pendant longtemps a été président du (lub alpin anglais, a fait, dans le domaine de la flore des Alpes, des études très intéressantes et s’est occupé de cette question à un point de vuetrès élevé. M. Ball m'annonce qu'il publiera plus tard les résultats complets de ses recherches et de ses travaux. En attendant, voicien quelques mots la résumé de sa théorie. (!)

Au lieu de se baser sur la corrélation qui exis entre la flore des Alpes et celle des régions polaires pour conclure comme les autres naturalistes à une immigration de l'une de ces flores dans le territoire de l’autre, il cherche à démontrer que cette corrélation est tout aussi grande entre les flores qui couvrent une partie des mon-

() Proceedings of the royal geographical Society, Londres 1870.

tagnes de l'hémisphère boréal; que ces montagnes ont dûù, à une époque fort reculée, être reliées les unes «aux autres et que leur flore était dans une certaine mesure la même sur tous leurs sommets.

Des espèces contenues dans la flore alpine, dit-il, 17°/, sont communes aux régions arctiques et 25 °/, à la chaîne de l’Altaï. Il se demande alors combien il aurait fallu de siècles à ces plantes du Nord pour atteindre les sommets de nos Alpes. Puis il s'agirait de savoir d’où proviendraient les 83 °/, autres espèces qui nese trouvent pas dans le Nord. Est-il possible que dans l’intervalle, relativement si court, qui nous sépare de la fin de l’époque glaciaire, des centaines d'espèces parfaitement distinctes et même un certain nombre de genres distincts aient pu prendre naissance dans nos Alpes? Est-il surtout possible que ces espèces et ces genres non arctiques aient pu, dans une époque encore plus rapprochée de la nôtre, être distribuées à de si vastes intervalles sur une chaîne de montagnes de 1500 milles anglais, allant des Pyrénées aux Carpathes, et dont quelques-unes sont séparées des autres par de vastes territoires? Mais là même ne s'arrêterait pas la difficulté ; comment s'expliquer le fait qu'une certaine quantité de types non-

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