‹ Les plantes des AlpesChapitre 16 sur 64 · PET OT · texte numérisé non relu

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arctiques se trouvent disséminés dans les montagnes de régions absolument étrangères les unes aux autres et qu'ils y soient représentés par des espèces absolument différentes quoique descendant toutes du même ancêtre ? Qu’une espèce de Wulfenia, par exemple, habite les Alpes de la Carinthie tandis qu’une autre espèce voisine mais différente, se retrouvera dans le nord de la Syrie et une troisième sur les monts Himalaya?

M. Ball n’admet pas non plus que des genres très riches en espèces différentes, tels que les Saxifraga, dont les formes et le port sont des plus variés, aient pu se former depuis la fin de l’époque tertiaire, ainsi que l’admet Engler, qui croit qu’à cette époque il n'existait que six types de Saxifrages. Il n’est pas possible que, dans un temps relativement si court, il ait pu se former une pareille quantité d'espèces si diverses et si parfaitement caractérisées descendant toutes d’un seul et même ancêtre. Comment admettre que la Saxifraga oppositifolia L., qui aurait été introduite des régions arctiques dans nos Alpes pendant la période glaciaire, ait pu donner naissance à une espèce très distincte du même groupe, la Saxifraga retusa Gouan,qui ne se rencontre, dans les Alpes, les Pyrénées et les Carpathes, qu’à de très vastes intervalles ?

Passant à un autre côté de la question, il se demande, dans le cas où une partie de la flore arctique aurait été disséminée sur les montagnes de l'hémisphère boréal depuis le commencement de l’époque glaciaire, où devait être cette flore, avant d'exister dans les régions arctiques. On sait en effet d'une manière très positive qu’à l’époque tertiaire, la flore de l'extrême nord était pareille à nos zones tempérées et que le climat qui régnait alors dans ces contrées n’eût absolument pas convenu à la flore qui s'y trouve actuellement. |

À l’époque carbonifère, la vie organique qui convrait la terre était très différente de celle que nous voyons de nos jours. L’atmosphère était alors chargée d’une très forte proportion d'acide carbonique et contenait beaucoup moins d'oxygène que maintenant. D’après les calculs qui ont été faits, on peut supposer que l'atmosphère contenait alors sur la surface de la terre vingt fois plus d'acide carbonique qu’elle n’en renferme aujourd hui, Mais il est probable que l'équilibre devait être rétabli sur les sommets des montaones, lesquelles étaient alors beaucoup plusélevées qu'elles ne le sont maintenant. il ressort d’un calcul fait par le comte de Saint-Robert, de Turin, qu’en admettant 100 parties d'acide carbonique

à la surface de la terre, il n’en resterait plus que: 67 à 5000 mètres et 12 ‘/2 à 10,000. La proportion, encore très grande à 5000 mètres, diminue rapidement depuis lors et devient naturelle au double de la hauteur. Là, des végétaux phanérogames dans le genre de notre flore alpine devaient pouvoir vivre.

En outre les sommets des montagnes, à l’époque tertiaire, étaient dans de tout autres conditions que les bas-fonds et les plaines par le fait de la lumière qui devait les inonder,alors que les plaines, ensevelies sous des masses énormes de vapeurs, étaient plongées dans une sorte de miobscurité. Le récit de Moïse qui nous parle de la lumière comme étant apparue le premier jour sur la terre tandis que le soleil ne fut visible qu’à

quatrième époque, s'explique fort bien par ce fait que la lumière n'était alors qu'une lueur diffuse, quelque chose comme celle de nos jours ténébreux et que les vapeurs ne furent dissipées que beaucoup plus tard, à la fin de l'époque houillère. Si, comme je l'ai déjà dit, et comme tout porte à le croire, les sommets des montagnes étaient alors beaucoup plus élevés qu'ils ne le sont maintenant, il est probable que les flancs de ces sommets étaient revêtus d’une:

brillante flore phanérogame qui devait contras-

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ter singulièrement avec la végétation cryptogamique et gymnosperme qui couvrait la surface de la terre. Or, c'est là, sur ces hauteurs privilégiées et baignées de lumière, que M. Ball croit découvrir les foyers créateurs, non seulement de la flore alpine, mais encore de toute la végétation phanérogame. Ces plantes se seraient formées avant la fin de l’époque carbonifère. Des vastes sommets des montagnes, car il est a supposer qu'ils étaient très étendus et que les révolutions terrestres ont fait disparaître bien des chaînes importantes, cette flore aurait assisté, impassible et souriante, à tous les bouleversements qui se sont produits sur notre globe Tandis qu’à la surface du globe terrestre l'Esprit créateur faisait surgir la végétation si extraordinaire et si luxuriante dont nous retrouvons les traces dans les couches houillères, en haut, sur les flancs des plus gigantesques montagnes Qui émergeaient au-dessus des nuées comme le font en hiver nos sommets au-dessus des brouillards, le soleil brillait et Dieu s’occupait des fleurs. Ces végétaux se sont développés, ont donné naissance à de nouvelles espèces; puis lorsque sous l'influence du soleil, les vapeurs

dissipèrent, que l'atmosphère se décomposa et que des masses carbonifères se déposèrent sur le

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sol, alors cette flore descendit des hauteurs. Elle envahit petit à petit tous les territoires libres et se substitua par la suite à la flore de l’époque tertiaire. Les formes se mélangèrent, un grand nombre d'espèces disparurent tandis que d’autres apparaissaient et depuis ce moment la végétation terrestre changea complètement d'aspect. Aux plantes imparfaites, à organes rudimentaires, succédèrent les phanérogames aux tiges plus fermes et portant des fleurs. Les corolles au plus brillant coloris vinrent occuper la place des fougères et des prèles et la terre se couvrit d’un grand nombre de plantes. C’est alors seulement que différents climats commencèrent à exister sur la surface de la terre, car auparavant la végétation des pôles était identique à celle des autres parties du globe.

L'idée que la flore ait suivi un mouvement descendant plutôt qu’ascendant me paraît juste; les autres arguments que M. Ball emploie en faveur de sa thèse me paraissent également difficiles à réfuter. Pour ma part, je ne crois pas que les régions polaires puissent être en aucune façon des foyers créateurs. Il faudrait pour cela une intensité de lumière qu’ils ne possèdent pas. En effet, les rayons solaires y arrivent obliquement sur le sol, après avoir traversé une couche

d'atmosphère beaucoup plus considérable que

partout ailleurs. La lumière vive qui régne sur les

sommets des montagnes, la chaleur intense qui s’y fait sentir pendant la journée, l’humidité de l'air sont autant de causes capables d'activer la végétation phanérogame et de la modifier; ces causes n'existent plus dans les régions polaires.

La théorie de M. Ball a en outre cet avantage qu'elle résout le problème de la dispersion des mêmes espèces sur des territoires de montagnes très éloignés les uns des autres. Il est à supposer en effet qu’à l'époque carbonifère, la plupart des chaînes de montagnes de notre hémisphère boréal étaient plus ou moins reliées les unes aux autres. Les révolutions qui ont bouleversé la surface de notre globe ne l'ont cependant pas tellement transformé qu’on ne puisse réunir quelques traces prouvant que ces différentes chaines de montagnes n’en formaient qu’une seule à une certaine époque. est parfaitement certain, par exemple, qu’à une époque fort reculée, l'Amérique méridionale était un pays très montagneux. Le Brésil était alors relié au continent africain par un archipel ou même par une chaîne de montagnes qui s'étendait au travers de l'océan Atlantique mais qui a disparu sous l’eau. De là vient sans doute la présence sur les Andes de

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certains genres de plantes communs aux montagnes des deux continents. Il est facile dès lors de se faire une idée sur les causes premières qui ont aidé à la dissémination des espèces et des genres sur des sommets et dans des pays absolament différents et éloignés les uns des autres. Les montagnes du centre européen sont plus particulièrement riches dans leur partie orientale qu’à l'occident; c’est là, du reste, qu’il faut chercher l’un des principaux foyers créateurs. Les relations entre les flores de ces différentes montagnes sont également plus étroites à l’orient qu’à l'occident des Alpes. C’est ainsi que tandis que les Pyrénées n'ont que la moitié des espèces communes avec nos Alpes, cette proportion monte aux */; pour les Carpathes et descerd à 1/; pour les régions septentrionales.

Jl est impossible de ne pas reconnaître la vraisemblance de la plupart des objections que fait M. Ball aux théories précédemment admises sur l’origine de la flore des Alpes. Les travaux qu’il publiera à ce sujet seront bien accueillis par les naturalistes et contribueront au développement de la science dans ce domaine. L'histoire de la flore alpine et de son apparition sur les montagnes sont des questions qui sont encore loin d’être résolues et sur lesquelles on ne peut

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