‹ Les plantes des AlpesChapitre 18 sur 64 · RAPPORTS DE LA FLORE ALPINE AVEC CELLE DES AUTRES MONTAGNES DU GLOBE · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE LA FLORE ALPINE AVEC CELLE DES AUTRES MONTAGNES DU GLOBE

Nous avons vu que Ia végétation des Alpes offre des caractères particuliers, qu'elle possède un cachet qui lui est propre et n’a que peu de rapports avec celle des plaines.

Par contre, elle offre beaucoup d’analogie avec la flore qui recouvre les sommets des hautes montagnes dans n’importe quelle autre partie du monde. Il est vrai que c’est surtout entre les montagnes de l'hémisphère boréal que cette analogie est frappante. Si nous parcourons les her-

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biers de ces différentes montagnes, que nous prenions par exemple la flore de l'Himalaya comparée à celle du Caucase, de l'Atlas ou des Alpes voire même des montagnes rocheuses dans l’Amérique septentrionale, nous retrouvons, non seulement un certain nombre de genres communs aux différents pays, mais encore, dans bien des cas, un assez grand nombre d'espèces qui sont les mêmes. D’après Christ, on compte dans les montagnes espagnoles et les Pyrénées 126 espèces communes à nos Alpes, 231 dans l’Apennin, 125 sur les Balkans, 23 dans l'Asie mineure, 86 au Caucase, 15 en Angleterre, 59 au Labrador et 2 sur l'Himalaya. Sur les sommités de l’hémisphère austral, la végétation, tout en conservant les mêmes caractères que celles de nos Alpes, s’en éloigne toutefois passablement quant aux espèces. Un certain nombre de genres cependant sont communs aux deux hémisphères et il est même plus d’une espèce qui se rencontre sur nos Alpes et dans les Andes de l’Amérique méridionale,

Partout,les plantes des zones nivales conservent les mêmes propriétés, les mêmes formes, le même cachet, le même habitus. Cela s'explique par le fait qu'elles se trouvent dans les mêmes conditions d'existence et que les phénomènes

RER pre glaciaires qui se produisent sur nos Alpes, se retrouvent sur la plupart des hautes sommités du globe. Au Thibet comme sur les Andes du Nord de l'Amérique, sur les montagnes de la Norwège comme sur celles de la Tasmanie, les espèces qui composent la flore des régions glacées conservent leur port nain, rabougri, leurs tiges stolonifères rampant sur le sol ou tapissant le rocner, leurs fleurs à corolle relativement large, portée sur un court pédoncule. On trouve sur les pentes glacées du mont Cook, dans la Nouvelle Zélande, un certain nombre de Gentianes, de Renoncules, de Myosotis et de Viola qui ont beaucoup de rapport avec leurs congénères des Alpes. L'Edelweiss de la Nouvelle Zélande (Gnaphalium grandiceps) figure dans le journal «The Garden» et ressemble à s’y méprendre à notre fleur alpine. Le blanc tomenteux de ses tiges et de ses bractées est le même; cependant ces dernières sont plus courtes, plus obtuses et ses feuilles moins développées que chez notre Edelweiss. Un voyageur qui faisait, en compagnie d’un guide suisse, l'ascension de cette montagne, raconte que son compagnon, croyant découvrir la plante de son pays, ne put retenir un cri de joie. Comparant la fleur en question à une fleur d'Edelweiss qu'il portait à son chapeau, ils ne trouvèrent

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presque pas de différence. Le voisinage des grands glaciers et des neiges éternelles, permet le développement d'une flore pareille dans un pays aussi éloigné du nôtre que l'est la Nouvelle Zélande. Le paysage de ces zones-là a du reste beaucoup de rapport avec celui de nos Alpes. La base des montagnes est garnie de forêts d'Eucalyptus, audessus desquelles s'étendent de vastes étendues d’arbustes etdesous-arbrisseaux. Puis viennentles pâturages, en tous points semblables à ceux de nos Alpes et dans lesquels on rencontre une brillante flore, sœur de la nôtre. Là s’étalent les plus gracieuses Véroniques, de brillantes Gentianes, des Renoncules, des Ourisia, des Celmisia, des Utriculaires. On m'a montré l’an dernier une fleur d'Edelweiss qu’un missionnaire avait récoltée sur les montagnes du centre de la Chine; cette fleur, à part un duvet tomenteux plus fourni et d'un blanc plus jaunâtre que nos EÉdelweiss suisses, leur était cependant absolument semblable quant à la forme et aux dimensions. Dans les montagnes de l’Abyssinie, il existe une flore qui a de l’analogie avec celle de nos Alpes et offre un certain nombre de genres communs avec elle. Si nous étudions la flore des montagnes américaines nous y retrouverons encore les mêmes formes, les mêmes caractères, les mêmes genres. Dans

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les Andes de l'Amérique du Sud, nous retrouvons les Saxifrages et les Gentianes représentées par de très jolies espèces. Des genres qui ailleurs forment des arbres et des arbustes, se trouvent là à l'état de touffes naines et rampantes comme c’est le cas pour les saules dans les Alpes. Nous retrouvons par exemple dans le genre Fuchsia le même phénomène qui se produit dans. nos Alpes avec l’Azalée, c'est-à-dire qu'il y devient absolument nain et rampant. Nous avons déj vu que l'Amérique du Nord possède un certain nombre d'espèces communes avec nos Alpes; avec le Grænland les rapports sont encore plus grands.

Maintenant, si, du Nouveau monde, nous passons dans l’ancien, la conformité des espèces est beaucoup plus accentuée et va en augmentant plus on s'approche des Alpes. Commençons. par l’Asie : en Chine nous retrouvons, en fait de plantes de montagnes,car je ne mentionne que celles là, notre Primula Auricula L. Des espèces telles que Solidayo Virgo aurea L., Artostaphylos alpina Sprengl., A. Uva Ursi Sprengl., Veronica alpina L. Pedicularis versicolor Wahl., Ped. verticillata L . Rhodiolarosea L., Saxifraga cernuaL., Sax Hirculus L., Saxifraga stellaris L., Teucrium montanum L., Polygonum viviparum L., Polygonum

ARS ineea Bistorta L., se retrouvent sur les montagnes qui forment la chaine de l'Himalaya, particulièrement riche en Primulacées. Sur le Taurus, nous trouvons le Myosotis alpestris Schmidt, la Pinquicula alpina L. L’Altaï contient une forme de la Saxifraga cernua L., une forme de la Saussurea alpina DI., Campanula latifolia L., Androsace chamæjasme Willd., Cortusa Mathioli L., Gentiana tenella Fries, Gentiana cruciata L., plusieurs Pédiculaires, le Myosotis alpestris Schmidt, et des Polygonum. Si nous explorons la Sibérie, nous trouvons dans ses vastes plaines ou sur les flancs et les plateaux.de ses montagnes une flore qui se rapproche considérablement de la nôtre. Là, les forêts sont formées d'aroles (Pinus cembra L.) et de mélèzes ; le mélèze de ces régions est le Larix Sibirica, un peu différent du nôtre. Nous y rencontrons entre autres Ja petite violette jaune de nos Alpes, la Saxifraga cernua L., la Saussurea alpina DI., la Sibbaldia procumbens L., la Linnaea borealis L., la Pyrola minor L., la primevère farineuse, l’azalée naine et rampante des Alpes, le myosotis alpestre, l’androsace chamæjasme Willd., plusieurs pédiculaires et d’autres plantes encore. Une certaine quantité d'espèces alpines se retrouvent en Sibérie en même temps que dans l'Amérique septentrionale dont la flore est également

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