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LES ROCAILLES

Leur apparition dans nos jardins. — Les rocailles du Jardin botanique de Genève. — Celles de Valeyres. — Emplacement à choisir. — Travaux préliminaires. — Construction. — Sentiers. — Orientation. — Nature des matériaux à employer. — Formes à donner aux rocailles.

L'idée de cultiver les plantes de montagnes dans desrochers artificiels et d'utiliser ceux-cipour la décoration des parcs et jardins, n’est pastrèsancienne. Elle paraît nous être venue d’Angleterre où depuis fort longtemps on a l'habitude de ces con-

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structions rustiques et pittoresques. Ce n’est guère que depuis une quarantaine d'années que nous avons commencé ici à faire des rocailles et je ne pense pas être éloigné de la vérité en attribuant à M. Ed. Boissier les premières tentatives de ce genre. C'est bien lui, en tous cas, qui a commencé dans notre pays les cultures dans des rochers artificiels. Il n’y a pas vingt ans que Reuter, inspiré par celles de Valleyres, construisit la première rocaille au jardin botanique. Dans son rapport, lu en 1818 dans l’orangerie du jardin, M. de Candolle mentionne des plates bandes ombragées qu'il avait fait établir dans le but spécial d’acclimater et de cultiver les plantes de montagnes. On les cultivait alors à l’ombre, dans des endroits frais et sombres ce qui ne léur permettait pas de vivre bien longtemps.

Dans ces dernières années le goût des constructions rustiques et des rocailles s'est extrêmement développé chez nous; nous rencontrons maintenant peu de propriétés d'agrément qui n'aient des rochers artificiels. Deux causes différentes en provoquent la formation; tandis que pour les uns ces constructions rustiques n'ont qu'un but purement décoratif et ornemental, pour d’autres au contraire, elles ne sont que le cadre qui doit recevoir un tableau,

le canevas sur lequel se brodera un tapis de fleurs. C'est à ce dernier point de vue seulement que nous allons en étudier la construction , les questions purement artistiques n'entrant dans notre sujet que d’une manière indirecte.

L'emplacement à choisir, lorsqu'on veut établir une rocaille, dépend beaucoup de la position du terrain, de la nature du pays et de celle de la température. Généralement on a l'habitude de placer ces constructions à l'ombre des arbres, à l'humidité; ou bien on les relègue dans une cour sombre et peu éclairée. C’est un tort; nous avons vu à la page 77 qu'il faut, pour ces cultures, le plus de lumière et d’air possible. Le voisinage des arbres offre en outre cet inconvénient que les racines des espèces arborescentes viennent s’infiltrer dans les rocailles dont elles absorbent le meilleur du terrain. Si l’on ne peut éviter ce voisinage, il faut alors intercepter les racines des arbres par un mur souterrain. [Il faut chercher un endroit découvert, exposé à l'air et au soleil. Si un emplacement pareil se trouve près d’une pièce d’eau, c’est là qu’on placera de préférence sa construction. Les rocailles du jardin botanique de Genève se trouvent précisément dans les plus mauvaises conditions possibles et dans un

emplacement défavorable aux cultures alpines. Les grands arbres qui les entourent, l'humidité constante de cet endroit et le manque de circulation de l'air permettent le développement d’un grand nombre de mousses et de lychens qui tuent la végétation alpine. Les champignons s'y développent de toutes parts et mainte touffe de Saxifrage ou d'Androsace a déjà péri, étouffée par les parasites. Le voisinage si immédiat du kiosque rend impossible tout développement.

ultérieur de ces constructions et en condamne nécessairement l existence. Il est fâcheux que le Conseil administratif de la ville de Genève n'ait pas cru devoir obtempérer aux désirs des amateurs de plantes alpines et développer la région des rocailles en lui consacrant la place que ce développement exigeait. Le peu d'intérêt qu’a témoigné ce Conseil pour les questions botaniques, autrefois si vénérées à Genève, a été mal accueilli du nublic éclairé de notre ville qui n'a pas attendu longtemps pour prouver son attachement aux vieilles traditions genevoises en fondant un jardin spécialement destiné aux cultures alpines. Là se construisent dans de bonnes conditions des rocailles qui permettront de développer chez nous le goût et la connaissance de ces cultures.

C’est à Valeyres, dans le jardin botanique de M. Boissier, qu'il faut aller pour trouver des rocailles bien construites et bien exposées. Pas un arbre, pas un arbuste n’interceptent les rayons du soleil qui, dans la plus grande partie du jardin, dardent sur les plantes, du matin jusqu’au soir. Les rochers forment trois terrasses différentes, superposées les unes aux autres et qui font involontairement songer à celles de Sémiramis. La première de ces terrasses est complètement entourée de murs, hauts de 3 mètres à peu près. Les autres sont plus ouvertes aux vents mais n’en sont pas moins exposées au s0leil. Les plantes y réussissent admirablement et dans les mois d'avril, de mai et de juin les rochers y sont couverts des fleurs les plus diverses, appartenant aux zones les plus variées et aux montagnes les plus éloignées (?). Il va sans dire que les plantes d'Orient et d’Espagne y dominent puisque ce sont ces pays que le maitre du lieu a explorés d’une manière particulière.Les Rhododendron, les Soldanelles fleurissent là côte à côte avec les plantes du Liban, de la Turquie, de l'Himalaya, de l'Amérique septentrionale et méridionale,

(*) J'ai vu là, il y quelques années, plusieurs papillons appartenant aux zones alpines, qui voltigeaient parmi les fleurs de montagnes.

de la Tasmanie. Plusieurs d'entre elles se sont vulgarisées dans les environs de Valeyres et se retrouvent dans les murs ou les endroits rocheux de ce village.

Ainsi, en plein vignoble, au pied du Jura, dans l’une des parties les plus chaudes du canton de Vaud, nous constatons l'existence d’un jardin alpin en pleine prospérité et nous y voyons fleurir les espèces les plus délicates de nos Alpes comme celles des contrées plus chaudes. Quelquesuns s'en étonnent,; mais pour ceux qui connaissent la situation de ce village, la chose est moins surprenante. Bien que situé au pied du Jura et sur du calcaire, le soleil n’est pas, dans cet endroit, aussi brûlant et desséchant qu'on pourrait le croire. Ici, comme dans les Alpes, une forte humidité est répandue dans l'air qui, tout en favorisant le développement des plantes et des fleurs, permet aux rayons du soleil d'exercer leur influence sans nuire aux organes délicats des espèces alpines. L'eau ruisselle de tous côtés et sature l’air d'humidité pendant une partie de l’année. C’est ce qui fait que, dans cette région chaude, richement ensoleillée, on ne rencontre pas la flore du Valais ou du midi de la France. Cette végétation grisâtre et rabougrie est remplacée ici par celles des contrées fertiles du centre

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européen. Les plantes alpines s’y trouvent chez elles et s’y développent merveilleusement bien, L'air sec est préjudiciable à ces plantes, aussi est-il toujours bon, lorsqu'on peut le faire, de placer les rocailles dans le voisinage des pièces d'eau ou d'établir dans la rocaille un système d'irrigation quelconque. C'est ce qu'a très bien compris l'habile inspecteur du jardin botanique de Zurich, M. Ortgies, qui a construit dans cet établissement de vastes et beaux rochers dans lesquels l'eau ruisselle de plusieurs côtés.

Après avoir choisi son emplacement. on creusera le sol sur lequel on-doit établir la rocaille et on rembplira le creux établi, de scories de coke {mächefer) ou de toute autre matière sèche, qui permette à l’eau de s’écouler facilement et consstitue un bon drainage pour la rocaille. Cette opération a en outre l'avantage d'empêcher dans la rocaille, l'introduction des animaux rongeurs tels que rats, souris, taupes etc., qui y causent de grands dégats. On se procure le mâchefer dans toutes les usines qui brûlent du coke; les personnes qui font emploi de ce combustible et qui possèdent des jardins, feront bien d’en réserver tous les détritus, qui sont extrêmement utiles dans les cultures.

Une fois cette base bien établie on formera la

carcasse de sa construction, c'est-à-dire qu’on fera avec des scories si l’on en possède assez, ou avec des détritus de pierres, de gravier, de plâtre, avec de la terre si l’on ne peut faire autrement, un amoncellement auquel on donnera à peu près la forme que devra revêtir la rocaille. Il faudra. dans tous les cas, que ce tas soit recouvert d’une couche de terre végétale assez épaisse: pour que les plantes à racines très longues et pivotantes puisse y trouverleur subsistance. Il sera bon d’arroser beaucoup afin que le tout se tasse et se presse de façon à ne plus bouger une fois la rocaille terminée. Il est même nécessaire, pour les grandes constructions, de laisser la carcasse exposée à l’air et à la pluie, pendant un certain temps avant de commencer le cimentage. On commence alors par établir la base en entourant le pied de la montagne, d’une bordure de pierres, d'entre les plus grosses et les plus massives. Puis on élève sa construction en ayant soin d'établir dans le bas de la rocaille, les niches les plus sgrandes et les plus profondes. Le haut sera réservé pour les plantes saxatiles et renfermera nécessairement des niches plus petites et plus étroites. C'est là qu’il faut surtout réserver des fentes et de profondes fissures entre le blocs de pierres afin que les espèces des rochers puis-

sent y vivre commodèment. Les niches de la base seront réservées aux Gentianes, Soldanelles, Viola, Myosotis, Potentilles, Primevères et à toutes ces plantes qui garnissent les pâturages et les pentes herbeuses de nos montagnes. Dans la partie supérieure, on placera les Saxifrages à feuilles épaisses, les Joubarbes, les Sedum, les Androsaces, les Draba, l’'Edelweiss, etc.

Il faut, lorsqu'on construit une rocaille, avoir soin de l’orienter de manière à ce que les deux faces qui sont le plus étendues regardent l’est et l’ouest, tandis que les plus étroites seront disposées au midi et au nord. Du côté du sud, on plantera les Joubarbes, Sedum, Opuntia, Paroni- Chia, Calandrinia, Linaria pallida et hepaticaefolia, certaines Armoises (Artemisia) et Achillées, les Armeria et les Statice. Au nord, on placera les fougères, les Lycopodes, les mousses et les plantes demandant beaucoup d'ombre, telles que : Asarum europeum, Cardamine resedifolia, Circaea alpina, Viola biflora, Moehringia muscosa, Saxifraga cuneifolia, Hacquetia Epipactis. Mais la grande majorité des espèces alpines devra être placée sur les flancs est et ouest de la rocaille, exposées à la pleine lumière, mais préservées des rayons trop brülants du soleil.

Le meilleur système à employer pour la cul-

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ture des plantes alpines est celui des petits ro-. chers parsemés ici et là dans un jardin, posés de différentes manières et formés de pierres de différentes natures. M. W. Robinson, dans son ouvrage si important sur la confection des rocailles, recommande que les fentes que l’on établit entre les pierres soient toujours plus larges en haut qu’en bas et aillent en se rétrécissant vers le centre et en s'ouvrant vers la surface, ceci dans le but de former des crevasses dans lesquelles la terre puisse se tasser. Il arrive en effet fréquemment qu'on fabrique des rocailles dans les niches desquelles il est difficile de faire pénétrer de la terre parce que l’orifice est plus étroit que le fonds. L'auteur des « Alpine flowers » recommande en outre qu’on dispose les niches de manière qu’elles reçoivent la pluie, et que la pierre supérieure soit en retrait sur l'inférieure. Si la pierre supérieure, comme c'est souvent le cas, sur-

plombe et recouvre la terre il arrivera naturellement que la plante se desséchera, parce qu’elle ne pourra être mise au bénéfice de l'humidité atmosphérique. Il est cependant quelques espèces de plantes qui demandent une pareille position ; elles sont rares et ne rentrent pas positivement dans la catégorie des plantes alpines. Lorsqu'on construira une rocaille, on s’arran-

gera donc toujours de manière à ce que la surface des niches et des fentes de rochers soit exposée à la pluie. Les niches de la base qui, comme je l'ai dit plus haut, seront les plus grandes et les plus larges, devront être plates et former de petites corbeïlles de plantes alpines. Plus haut, les niches se rétrécissent et pourront prendre une position oblique; on y placera les espèces qui aiment le sec et demandent peu de terre. Plus haut viennent les fissures dans lesquelles on place les espèces purement saxatiles. Ces fissures devront être profondes et aussi nombreuses que possible, On les remplira d'un sol composé de débris de roches ou de cailloux, de terre franche, terreau de feuilles et de terre de bruyère. Les plantes saxatiles enfoncent leurs racines naturellement très profondément dans le roc, et il faut qu’elles puissent retrouver la facilité de le faire dans les rocailles artificielles.

Il est nécessaire, pour les grandes constructions, d'établir des sentiers qui parcourent la rocaille et permettent de la soigner et de l’arroser dans toutes ses parties. Ces sentiers auront une forme pittoresque et seront remplacés, dans les parties escarpées, par des escaliers formés avec les blocs naturels dont se compose

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