‹ Les plantes des AlpesChapitre 58 sur 64 · LS · texte numérisé non relu

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la zone des pâturages, peuvent se cultiver de cette manière.

Avez-vous de grands cèdres ou des arbres dont les branches se trainent sur le sol? Le gazon y est rare et peu prospère; profitez-en pour y planter des espèces sauvages. Là les Pervenches, les Scilles, les Gyclamens, les Dentsde-Chien vous donneront une belle floraison et vous n'aurez pas de peine à transporter vos visiteurs en imagination dans les bois et les taillis, à vingt lieues des villes et du bruit du monde. Vous possédez une pelouse bien verte, bien propre, très régulièrement fauchée et arrosée; c’est bien; laissez-la telle aux environs immédiats de votre habitation, mais, de grâce, donnez-lui un peu de relief dans le reste de la campagne et animez-la de quelques fleurs.

Faites descendre là, comme sous les arbres, la nature alpine et montagnarde; plantez- y des Narcisses, des Jonquilles, des Tulipes sauvages, des Perce-Neige et tant d’autres fleurs des champs qui vous égayeront la vie et vous parleront de paix et de simplicité. Ne craignez pas de placer là les Orchidées des prés, des pâturages et des pentes nerbeuses. Les Ornithogales, les Fritillaires, les Campanules, les Ancolies, les Œillets sauvages, la Saxifrage bulbifère, les di-

verses Primevères des champs, les Anémones du Midi aux brillantes couleurs; toutes ces plantes si diverses et si variées peuvent êtra placées dans les pelouses et s'y développent à merveille. Dans les endroits les plus frais ou sur le bord des ruisseaux on place la Menyanthes trifoliata (Trèfle d'eau), les diverses Line -Aigrettes, la Primula farinosa. le Trolle d'Europe, la grande Astrance, les Petasites, le Pavot de Sibérie, les Gentiana pneumonanthe et asclepiadæa, les Ranunculus aconitifolius et platanifolius, les Thalictrum, etc. Sur le bord des bosquets et des massifs d'arbres on plante le Lys martagon, l'Orchis bifolia, les fougères, si variées, .de la région boisée et dans la partie fraiche d'un bosquet on sèmera la curieuse et ravissante Zmpatiens Noli Tangere L. Possédez-vous un endroit sec et aride, un terrain rocailleux et peu fertile? Vite garnissez-le des espèces les plus voraces appartenant à la zone montagneuse. Les Arabis alpina et autres, Alyssum spinosum, les Helianthèmes, certaines espèces de Stellaria et d'Arenaria, \ Anthylis montana, les diverses Herniaria et Paronychia, la Poteñtille argentée, celle des rochers, Epilobium rosmarinifolium, Crassula rubens, les diverses espèces de Sedum, de Sempervivum, Opuntia vulgaris, Pterocephalus Parnassi, les Santolines, plusieurs Achil-

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lées et Artémises, tous les Hieracium, Jasione montana, Campanula spicata, pusilla, Verbascum phæœniceum et Plattaria, Antirrhinum Azarina, etc., sont particulièrement propres à cet usage. Dans les endroits rocailleux, mais frais et ombragés, il faut placer les fougères, les Dentaria, le Delphinium elatum. Si vous aimez les fougères, et qui ne saurait les aimer, vous établirez une fougeraie et vous choisirez, à cet effet, un endroit frais, ombragé et un sol poreux, léger et pierreux. Il y a, à la Chaux-de-Fonds, chez un amateur rempli de goût et de talent, M. L. Landry, une admirable fougeraie placée entre une plantation de jeunes sapins et d’autres essences forestières. C’est un endroit humide et frais, sol fertile mais léger, puisque c'est celui de la montagne; là, les fougères deviennent superbes et revêtent des formes idéales. On fera bien d’établir sa fougeraie dans un endroit pittoresque et sauvage. On y ajoutera quelques blocs de rochers naturels et, si possible, des troncs d'ar- Dbres qui ne manqueront pas de donner au paysage un caractère pittoresque et naturel, Si le sol est lourd et glaiseux, on l’amendera avec du sable et du terreau de feuilles. Là on placera les nombreuses fougères des bois de notre centre européen, ainsi que celles de l’Amérique du

Nord et de la Sibérie, et on ne leur donnera d’autres soins que d’arroser en été lorsqu'il fait trop sec.

Enfin, on établira une pièce d’eau dans laquelle on placera les jolies plantes aquatiques qui garnissent les étangs et les mares de nos contrées. Il n'existe, à proprement parler, pas d'espèces aquatiques dans la flore des montagnes ; mais le domaine des plantes sauvages est si rapproché de notre sujet qu’on ne peut le passer sous silence. Il y a, du reste, tant de différentes manières de construire an bassin que nous n'’entrerons pas dans des détails à ce sujet. Qu'il soit seulement dit que le courant doit être régulier et l'écoulement facile. Quant à la profondeur, elle peut varier entre 0" 30 jusqu’à 1 mètre et plus. Le fond du bassin doit être garni d'une couche de 0" 25 à 0" 830 de terre, afin de permettre aux racines des plantes de se développer. Certaines espèces, telles que. les Nénuphars, la Väéllarsia nymphoides, quelques Potamots, peuvent vivre dans une eau très profonde, les tiges de leurs feuilles pouvant atteindre une grande longueur. On assure que celles du Nénuphar arrivent à 5 mètres et que, dans les marécages du Sud de la Russie, ils sont encore plus longs. Mais un bassin convenablement

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établi n'aura guère plus d’un mètre de profondeur, car la mesure de 1", que je donne comme maximum, est déjà exagérée s’il s’agit d’y cultiver toutes les plantes aquatiques. On réunira dans ce bassin des pieds de Nénuphar blanc et jaune, le trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata), la Villarsia nymphoides, Hottonia palustris, Sagittariæ sagüttæfolia, Hydrocharis Morsus Ranæ, Aponogeton dystachion, Butomus umbellatus, Vallisneria spiralis, Calla palustris, Saururus ceriuus, Scirpus lacustris, Sparganium ramosum et simplex, les divers Typha, Iris pseudo-Acorus, Acorus Calamus, etc. Quant aux plantes plus marécageuses qu’aquatiques, telles que les Sarracenia de l'Amérique du Nord, les Eryophorum (Line-Aigrette), la Parnassia des marais, les (rrassètes, Myosotis palustrès, Alisma Plantago et ranunculoides, Anagallis. tenella, Saxifraga Hirculus, certains Carex, on les plante dans des pots qu'on place à fleur d’eau, afin qu'ils soyent toujours entretenus dans une certaine humidité.

Enfin, et ceci est le plus joli mode d'emploi des. plantes alpines, on peut cultiver les espèces saxatiles dans des murs. Les vieillesruines, les remparts antiques, les anciennes murailles, sont généralement animés par une végétation intéressante et gracieuse, le plus souvent cryptogamique, mais où

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l'on rencontre aussi bon nombre d’espèces pha-

nérogames qui s y installent naturellement. Les rochers les plus perpendiculaires renferment des touffes qui s’y développent à merveille, et c’est bien souvert dans ces conditions-là que les plantes fleurissent le plus richement et le plus brillamment. M. Ed° Boissier, dans son admirable jardin botanique de Valeyres, est parvenu à tapisser un mur des plantes les plus variées

et les plus intéressantes. La Saxifraga longifolia

étale ses grandes rosaces argentées à côté du charmant Lychnis Lagascæ, de la superbe Campanula Vanneri et d’une foule d’autres espèces toutes plus ravissantes, toutes plus prospères les unes que les autres. Et quelle vigueur chez ces plantes, quelle santé rayonne dans leurs touffes, quelle gaîté, quelle animation dans le mélange de leurs mille couleurs ! Aussi ce mur de Valleyres, que de jaloux n'a-t-il pas déjà faits et combien d’admirations n'a-t-il pas excitées!

C'est un mur de soutènement; il est, par conséquent, plus humide qu’un mur ordinaire, ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse cultiver dans un mur exposé à l'air des deux côtés. J'ai moimême fait l'expérience que les plantes s’en trouvent fort bien, surtout si le mur est épais. Pas n'est besoin de se donner beaucoup de peine

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