‹ Les plantes des AlpesChapitre 59 sur 64 · ECC · texte numérisé non relu

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: Ed pour planter entre les pierres des murailles ; on

choisit les fissures qui se trouvent entre elles, on enlève une partie du mortier qui s’y trouve, puis on les remplit avec de la terre (terreau de feuilles mélangé de terre franche). On place sa

plante dans une position perpendiculaire et on

l’assujettit au moyen de petit cailloux que l’on cimente et que l’on maintient en place avec de la terre glaise ou toute autre chose.

Heureux propriétaires qui possédez de vieux murs, vous allez rapidement les transformer en un musée vivant et faire envie à tous vos voisins qui finiront peut-être par décrépir les leurs pour vous imiter. Les murs situés au bas des pentes de terrains et des vignes étant toujours sous l'influence de l'humidité, sont particulièrement propres à cela. On cultivera là, avec grand succès, les diverses fougères saxatiles, telles que : Ceterach officinarum, Polypodium vulgare, P. Phegopteris, P. Dryopteris, P. Robertianum, P. alpestre, Cystopteris fragilis, C. alpina, C. montana, Scolopendrium officinarum, Asplenium trychomanes, A. viride, À. Ruta-muraria, Adiantum Capillus Veneris. Cette dernière espèce, si admirable et si gracieuse, ne se montre que rarement en Suisse à l’état sauvage. Elle est abondante au Tessin, se trouve dans une grotte au bord du lac de

ir A — z | Neuchâtel et dans un rocher au centre du can-

ton de Vaud. Elle exige une position chaude et

humide. On remarquera que, comme c'est le cas chez les phanérogames, les fougères se divi-

sent également en espèces purement terrestres:

et en espèces saxatiles. Ce sont ces dernières que je viens d'énumérer et qui devront, dans une fougeraie, garnir un mur ou une rocaille.

Les fougères, plus que tout autre végétal, recherchent l'humidité et la fraicheur; on en pourrait douter lorsqu'on voit certaines espèces d’entre elles tapisser les murs exposés en plein soleil du midi et paraissant absolument secs. Mais si l’on se donne la peine de fouiller ces murs, on verra bientôt que les racines des plantes, dont les tiges sont brûülées par le plus ardent soleil, plongent dans une constante humidité. Qu'’elles sont admirables ces ruines du vieux château de Heidelberg, chargées de gracieux Polypodes et de gais Capillaires! Cette végétation qui les recouvre si bien que par place on n’aperçoit plus le mur noirci par les siècles, semble vouloir protester contre la fragilité des choses humaines et parle de vie et d'espérance à l’âme impressionnée par la vue du colosse abattu.

Les maitres du Palatinat ont passé, leur ouvrage et jusqu’à leur histoire passera, mais les petites

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== 2957 — plantes qui s'étaient nichées entre les blocs de

leurs gigantesques remparts resteront comme pour dire à l'homme qui serait tenté de s’enor-

- gueillir : « Tes œuvres, que sont-elles en présence

de celles du Maitre! »

Il n’est pas nécessaire d’allonger et de donner davantage de détails au sujet de la manière dont on peut distribuer les plantes sauvages dans

- une campagne où l’on recherche le pittoresque

et le naturel. Tous les vieux troncs, les pans de murs, les talus, les massifs des arbres, les parties herbeuses subiront cette influence artistique; pour peu qu’on s’en occupe d'une manière un peu suivie, on arrivera bientôt à obtenir en plaine et au centre de nos pays civilisés la nature sauvage et montagnarde. Quelquesuns l’ont déjà fait à Genève et ailleurs ; espé-

. rons que ce mouvement gagnera tous les ama-

teurs de la nature et se répandra de plus en plus autour de nous.

[l est une certaine quantité de plantes appartenant soit à la région alpine, soit à des zones plus inférieures, dont la culture exige des connaissances particulières et des soins spéciaux. Les espèces marécageuses, celles qui croissent dans les débris moussus que forment les bois de mélèzes et de sapins, les plantes purement

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saxatiles dont les touffes sont formées d’une. aggiomération de petites rosaces et exposées chez

nous à la pourriture, se cultivent plus difficilement que celles dont nous nous sommes entretenus dans un précédent chapitre.

Une certaine catégorie d’entre elles veulent un terrain tourbeux, léger, poreux, afin que leurs longs stolons et leurs fines radicelles puissent se développer à leur aise et pomper l'air et l’humidité dont la plante a besoin. À cet effet, om se procure de la tourbe de montagne, qu’on ex-

pose à l'air pendant un certain temps après.

l'avoir concassée et déchirée le plus possible afin de lui faire perdre son acidité naturelle. On la mélange à du Sphagnum, du sable calcaire ou granitique, et, pour les espèces plus voraces, à une légère quantité de terreau de

feuilles. Les plantes qui demandent le sol tour-. beux veulent généralement le soleil et le grand

air. Si on les cultive dans une rocaille, il faut avoir soin de les placer dans une grande niche, profonde et bien drainée, qui permette l'écoulement facile de l’eau et où l’on puisse les arroser souvent. On peut même placer un robinet qui inonde la niche et qu'on peut ouvrir de temps en temps. Les espèces propres à subir cette culture sont: Vaccinium Ozxycoccos, V. Vitis idea, V. Myrtillus,

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V. uliginosum, Arctostaphylos Alpina, A. Uva ursi, Swertia perennis, Empetrum nigrum, Galax aphylla, les Parnassia, les Sarracenia, les Cypripedium, Anagallis tenella et les Pinguicula. Les plantes appartenant à la famille des Ericacées se cultivent dans un mélange de tourbe et de terre de bruyère. Mais tandis que les Rhododendrons demandent peu de soleil et ne réussissent qu’au levant ou au couchant, les Erica, l’Azalea procumbens demandent le soleil. Cette dernière espèce exige un sol peu profond, bien drainé et mélangé d’un peu de poussière de coke. Il faut avoir soin d’enterrer légèrement ses longues tiges rampantes et d’arroser beaucoup pendant l'été. Dans ces conditions-là, cette plante fleurit assez facilement. Quant au Rhododendron, l'espèce à feuilles hérissées réussit généralement sans beaucoup de difficultés. Il n'en est pas de même du R. ferrugineux, qu’on a beaucoup de peine à faire fleurir chez nous.

Nous avons déjà vu que, tandis que le premier croit sur le calcaire, l’autre demande le granit. Les pieds de Rhododendron transplantés de la montagne dans les plaines réussissent rarement. Il faut les semer ou bien emporter de très jeunes exemplaires qu’on élève en pots et qui, à la longue, donnent de forts beaux pieds. Le R. cha-

. LI LA £ Le mæcistus est une superbe espèce tyrolienne dont : |

la culture est assez facile. — Les Pirolacées, ces … charmantes apparitions qui surgissent au fond.

des bois et dans les taillis les plus touffus, s’ac-

climatent dans des conditions à peu près analo- …

gues aux Vacciniées. Mais il faut éviter trop d'humidité. Prenez de la mousse, des aiguilles

de sapin, de la terre de tourbe, du Sphagnum,

du bois pourri: mélangez le tout et le placez dans un endroit passablement ombragé, pas trop humide. Là vous pourrez planter l’adorable

Pyrola uniflora et ses congénères; la Linnæa bo-

realis réussira dans les mêmes conditions. Dans un sol plus consistant, on plante la Trientalis europæa. Quelques Daphne sont difficiles à maintenir dans les cultures; les exemplaires qui

sont greffés réussissent généralement mieux que

les autres. Le D). Cneorumet le D. striata veulent le calcaire, un sol mélangé de cailloux et l’exposition au soleil. Le Daphne alpina exige un peu d'ombre, mais demande d’être planté entre les fentes des rochers. Quant au D. Blagayana, la plus belle espèce de toutes, il aime un sol moussu, léger, tourbeux, mélangé de pierres et de morceaux de coke: il est bon d’enterrer ses longues branches ou de les recouvrir de mousse et de pierres. Les Androsace Helvetisa, èmbricata,

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Heerii, pubeszens, demandent une position perpendiculaire et doivent être plantées entre les fentes des rochers calcaires ou granitiques, suivant les espèces. L’Androsace glacialis et l’Erytréchium nanum ne peuvent fleurir que si on les cultive dans un sol largement pourvu de poussière de coke et de gravier. Ils exigent une très faible quantité d'humus et une exposition au levant. Les Saxifraga Cernua et arachnoidea sont extrèmement difficiles à conserver dans les rocailles. J’ai réussi la S. Cernua dans un sol poreux, léger, tourbeux, contenant beaucoup de gravier et un peu de poussière de coke. On m'assure que la $. arachnoïdea doit réussir dans ces conditions-là. Les Gentianes des régions nivales, G. brachyphilla, G. pumila, G. Bavarica, G. Clust, G. Frülichii, G. acaulis et ses variétés, fleurissent lorsqu'elles sont cultivées dans de bonnes conditions. Il est bon de les placer au levant ou au couchant, dans une niche bien drainée, dans un sol mélangé de terreau de feuilles, terre de bruyère ou de châtaigniers et tourbe. La Gentiana verna veut le soleil et un sol plus nourrissant.

Un certain nombre d'espèces non mentionnées ici sont à l’étude en ce moment au Jardin alpin, où elles subissent des essais d’acclimata-

tion. Les résultats obtenus seront donnés dans

des publications ultérieures.

Je tiens encore à insister sur ce fait c'est que, dans les cultures alpines, la question de la composition chimique et physique du sol est de toute importance. Faute de vosséder le terreau qui convient aux plantes, bien des personnes perdent des espèces jolies et intéressantes, lesquelles eussent certainement prospéré si elles avaient retrouvé un sol qui leur eût convenu. Les matières propres à amender le sol, énumérées dans le cours de cet ouvrage sont, il est vrai, souvent difficiles à se procurer, surtout pour les personnes qui ne les emploient qu'en petites quantités. C'est dans le but d'aider aux amateurs de cultures alpines et de favoriser le développement de ces cultures que la direction du Jardin d’acclimatation s’est mise en mesure de fournir ces choses en les détaillant. Si, par ce moyen-là, le nouvel établissement peut rendre des services à la cause alpine et augmenter le nombre des cultivateurs de ces plantes. il n’en aura que plus de droits à la reconnaissance des alpinistes.

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