VII. Végétaux conservés a l'état de houille
La préparation des débris de végétaux conservés à l'état de houille offre certaines difficultés inhérentes au peu de consistance que présentent les
matériaux que l'on doit mettre en œuvre, et à la minceur extrême que les préparations doivent atteindre pour devenir transparentes.
Nous distinguerons les différents cas qui peuvent se présenter :
1° Tantôt les échantillons se présentent à l'état d'empreinte et sous la forme de minces pellicules charbonneuses.
2° Tantôt ils sont noyés dans une masse amorphe houillifiée comme eux.
3° D'autres fois, lorsqu'ils sont suffisamment volumineux, ils forment des amas plus ou moins considérables dans les grès ou les schistes.
1° Ce sont les feuilles de Fougères, de Cordaïtes, de Cycadées, des portions plus ou moins complètes d'écorces etc., qui, peuvent se rencontrer sous la première de ces formes. Nous avons dit plus haut que dans certains schistes la conservation était assez bonne pour, que l'on pût détacher de la roche des parties plus ou moins importantes de Hfrondes, ou d'organes fructifîcateurs. Il est clair que l'on ne peut espérer, s'il s'agit d'une feuille, obtenir une préparation renfermant les détails anatomiques du limbe ; le tissu parenchymateux ou mésophylle houillifié trop peu résistant s'est contracté, aplati, les parois des cellules arrivées au contact se sont soudées, et l'ensemble ne constitue plus qu'une pellicule brillante extrêmement mince, homogène, dans laquelle
si une préparation était possible, on ne saurait distinguer les cellules les unes des autres.
Il n'en est pas de même de la partie extérieure comprenant la cuticule, les cellules épidermiques, et parfois des bandes d'hypoderme ; ces derniers tissus, beaucoup plus résistants, ont été moins écrasés, et non seulement ils peuvent présenter à la lumière réfléchie des traces d'organisation reconnaissables, mais encore donner lieu à d'interressantes préparations. Il est indispensable toutefois de faire disparaître la pellicule de houille provenant du mésophylle et intercalée entre la face supérieure et la face inférieure.
La houille provenant des différents tissus des végétaux ne se présente ni avec le même état moléculaire, ni avec les mêmes propriétés, celle qui résulte de la transformation des tissus cuticulaires, épidermiques, subéreux, etc., offre aux agents chimiques une résistance plus grande que celle des tissus mous ou incomplètement lignifiés, ayant conservé en quelque sorte un des caractères propres aux tissus dont elle provient.
Si donc on traite avec ménagement des portions de frondes par un mélange de chlorate de potasse et d'acide azotique à froid, ou en employant la chaleur S si l'attaque était difficile, l'action oxydante
I . On peut encore laisser digérer à froid pendant un temps suffisant les organes houillifiés dans de l'acide sulfurique
du réactif se portera surtout sur la pellicule de houille du mésophylle ; celle-ci, transformée en produits ulmiques, devient soluble dans une dissolution ammoniacale.
On doit après chaque traitement laver avec de l'eau, pour enlever soit l'excès d'acide, soit celui d'alcali. Quelquefois, plusieurs opérations semblables et alternantes sont nécessaires pour donner une transparence suffisante aux tissus restants.
Ces tissus sont, comme nous l'avons dit, formés de cuticules, de cellules épidermiques, quelquefois de bandes d'hypoderme ; au milieu du tissu épidermique, il n'est pas rare de distinguer les ostioles des stomates, dont la position, soit à la surface, soit dans des dépressions spéciales, la répartition uniforme sur le limbe ou la localisation dans certaines régions peuvent fournir des renseignements utiles et importants à noter. Les diverses préparations ainsi obtenues sont conservées en cellules.
2° Si les débris sont incorporés dans une masse de houille amorphe, ou bien ils forment ces veines brillantes plus ou moins épaisses, plus ou moins étendues, que l'on remarque en cassant un morceau de houille pris au hasard, ou bien ils font partie des bandes plus ternes moins pures qui les séparent.
Les bandes brillantes sont formées souvent de
concentré, auquel on ajoute de temps à autre une petite quantité de chlorate de potasse pulvérisé.
portions de bois, d'écorces ou d'autres tissus plus mous, quelquefois de feuilles superposées et comprimées, ou d'amas de racines, etc. Lorsque la houille» n'est pas trop délitée ou fissurée, il est possible de détacher des fragments de ces zones brillantes et d'en faire des préparations; nous indiquerons plus loin les précautions indispensables à la réussite de cette opération délicate. La houille qui provient de tissus végétaux offrant originairement une grande consistance, une lignification complète, fournira seule des préparations dans lesquelles l'ofganisation sera appréciable; celle, au contraire, qui résulte de la transformation des tissus mous, paraîtra amorphe.
Avec un peu d'habitude, en regardant au microscope à la lumière réfléchie, sous un grossissement de 40 diamètres environ, et sous une incidence convenable, il est possible, dans bien des cas, de reconnaître d'avance si la houille que l'on veut préparer est ou non organisée.
Si les débris organiques font partie des bandes ternes, ce sont ordinairement des grains de pollen, des macrospores, microspores, des fragments mutilés d'organes divers, etc., que l'on trouve mélangés avec des matières étrangères minérales. Des préparations dans ces veines moins brillantes ne sont guère possibles. Plusieurs procédés ont été .cependant employés pour reconnaître leur constitution.
L'un d'eux consiste à pulvériser quelques-unes de ces zones ternes, à mélanger intimement la poussière qui en résulte avec du baume du Canada fondu, ou mieux avec de la glu marine. On étend ensuite une couche de ce mélange sur une lame de verre et l'on use avec précaution jusqu'à ce que l'on ait obtenu une transparence suffisante.
Un autre procédé consiste à traiter la poussière de houille par un mélange d'acide azotique et de chlorate de potasse ; si l'opération est conduite avec précaution, la, houille amorphe seule est attaquée, après décantation, lavage à l'eau pure, puis à l'eau alcaline ; le résidu examiné au microscope laisse voir les organes qui ont résisté à l'action oxydante, tels que grains de pollen, macrospores, débris d'écorce, fragiyents de vaisseaux, etc.
3° Lorsque les plantes conservées à l'état de houille sont engagées dans les grès ou les schistes et forment des masses plus ou moins volumineuses, ce sont ordinairement des branches, des troncs de Cordaïtes, de Calamodendrées, des stipes de Fougères, etc., souvent assez complets, qui ont produit ces amas; la houille comprimée par les grès ou les schistes est généralement plus compacte et plus dure que celle produite par les mêmes végétaux, mais emprisonnée au milieu même de la houille ordinaire. Très souvent la loupe ou le microscope permettent d'y distinguer non seulement des traces d'organisation, mais encore de
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reconnaître à quelle famille de plantes les débris appartiennent.
Les troncs sont presque toujours fortement aplatis et une section transversale est représentée par une ellipse, dont le petit axe est beaucoup plus petit que le grand. Si donc on veut faire une section longitudinale radiale, comme les bandes rayonnantes ont été rendues par la pression sensiblement parallèles au plan passant par le grand axe de l'ellipse, c'est parallèlement à ce plan que les sections devront être dirigées. Les coupes dirigées au contraire parallèlement au plan du petit axe fourniront des sections tangentielles.
Voici les précautions que Ton devra prendre, pour obtenir des coupes transparentes. Après avoir détaché un fragment de houille, on l'usera sur le tour, de façon que la face usée soit parallèle à l'une des trois directions ordinaires transversale, radiale, tangentielle; puis sur un disque plan en bois tendre et de l'émeri humecté n° 120 minutes, on polira la face obtenue, celle-ci ne doit présenter aucune strie, et avoir l'aspect d'un miroir.
Après avoir chauffé avec précaution l'échantillon pour le dessécher, on le fixera par la face polie sur une lame de verre, au moyen de baume du Canada, en évitant avec soin la présence de toute bulle d'air.
L'échantillon, fixé, est usé ensuite sur le tour jusqu'à ce qu'il soit réduit à quelques dixièmes de
millimètres; on emploiera pour arriver à cette faible épaisseur de l'émeri n° 120 iliinutes délayé dans de la glycérine, l'eau ordinaire déterminant la séparation de la mince pellicule de houille et de la lame de verre.
Pour terminer la préparation qui est encore opaque, on la portera sur une loupe montée, et au moyen d'un morceau de liège taillé en forme de cône à pointe arrondie et complètement exempt de parties dures, on continuera d'user avec le même émeri jusqu'à ce que l'on soit arrivé à une transparence convenable. On suit facilement, grâce au miroir de la loupe montée, les degrés divers de cette transparence, et on s'arrêtera lorsque la lumière transmise aura acquis une teinte brun jaunâtre.
Dans cet état la préparation conserve encore suffisamment d'épaisseur pour contenir une ou deux . rangées superposées d'éléments ligneux houillifiés.
Si la préparation est bien conduite, on pourra distinguer, sur une coupe radiale, les raies ou les ponctuations des trachéides, les rayons médullaires, etc., quoique les parois des éléments du bois semblent être arrivées au contact, ce qui laisserait supposer que ce contact n'est pas absolu.
Pour conserver les préparations, on les recouvrira d'une lame de verre mince, maintenue au moyen d'une solution épaisse de gomme additionnée d'un peu de glycérine.