IV. CONSERVATION DES VÉGÉTAUX A l'ÉTÀT DJE TOURBE
La tourbe est un combustible assez répandu dans les pays froids, ou tempérés, couvrant souvent des espaces de terrain considérables, et dont l'étendue et l'épaisseur dépendent de la configuration du sol, principalement de sa déclivité; les tourbières des pays de montagne sont les plus petites, celles des plaines au contraire peuvent s'étendre sur une très grande surface. Ainsi dans les Vosges, sur les plateaux du Jura, elles mesurent de 2 à 10 kilomètres en longueur sur i à 5 kilomètres en largeur, au maximum; dans les plaines de Davelsmoor près de Hambourg, elles atteignent 8o kilomètres de longueur sur une largeur de plus de 20. L'épaisseur varie également dans des limites assez larges, sur les hautes montagnes, elle atteint à peine quelques centimètres ; dans les plaines, au contraire, elle dépasse 18 mètres.
Dans les Vosges le maximum paraît être de deux à trois mètres, dans le Jura 7 à 8 mètres, en Irlande il dépasse 12 mètres.
Les tourbières exigent pour se former un climat
I . Voy. Contejean , Eléments de Géologie et de Paléontologie, Paris, J.-B. Baillière et fils, i vol. in-8.
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froid et humide, dont la température moyenne peut être comprise entre les limites extrêmes de 3 et 11°, celle de 7° à 8° paraît être la plus favorable.
Il en résulte qu'elles doivent être contemporaines et que leur origine ne peut remonter pour nos contrées au delà de la fin de l'époque quaternaire.
La moyenne de température du climat des formations tertiaires est en effet trop élevée pour que leur développement fût alors possible. Cette conséquence est du reste vérifiée par ce fait que, sauf de très rares exceptions, elles ne renferment que des restes d'animaux et de végétaux existant encore de nos jours. Elles peuvent donc servir à caractériser l'époque contemporaine, et puisque leur existence était impossible aux époques antérieures, elles n'ont pas donné naissance à la houille et à l'anthracite des terrains plus anciens.
Les tourbières exigeant pour se former une moyenne de température assez basse sont par cela même reléguées dans les latitudes élevées, elles ne commencent guère en plaine de part et d'autre de l'équateur qu'à partir du 45°; les régions situées sous le parallèle de 56'' sont celles qui sont le plus favorisées; elles ne s'arrêtent qu'aux glaces polaires; il est vrai que là elles ont très peu d'épaisseur. Les pays qui en renferment le plus sont la Hollande, la Suède, le Danemark, le nord de la Russie, l'Irlande, le nord de la France.
Dans l'hémisphère austral, les îles Malouines, dont le climat et la latitude correspondent à celle de l'Irlande, sont couvertes de tourbières.
La plupart des plantes de la tourbe appartiennent aux familles inférieures, ce sont des Mousses, des Cypéracées, des Saules nains, etc.. elles ne peuvent croître que le pied dans l'eau ou dans un sol très humide ; le sous-sol, par conséquent doit être imperméable et formé, soit de roches massives, telles que granit, gneiss, etc., ou de coucnes argileuses.
D'après M. Lesquereux, voici comment s'établit et se développe une tourbière dans le Jura, par exemple :
Le sol humide est d'abord envahi par des mousses du genre Sphaigne : après une série de générations, peu à peu ces plantes diminuent et sur les débris, les détritus qu'elles ont laissés, se développent d'autres espèces de mousses telles que les hypnes, les hydnes, auxquelles viennent se mêler des joncs, des carex; puis on voit apparaître des grassettes, des violettes d'eau, des saxifrages, des trèfles d'eau, etc.; toutes ces plantes sont herbacées. La végétation ligneuse apparaît plus tard et est représentée par l'andromède, la canneberge, et les saules nains. Il est clair que l'accumulation des parties mortes laissées par une succession ininterrompue de générations de plantes élève peu à peu la surface de la tourbière, de