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SECTION PREMIÈRE

Phormier tenace.

(De çofi*ô;, tissu ; allusion aux filaments textiles des feuilles.

Phormium tenax, Forst.

Plante monocotylédone de la famille des Liliacées.

Historique. — Mode de végétation. — Climat. — Terrain. — Multiplication. — Récolte des feuilles. — Extraction des fibres. — Nature de la filasse. — Avenir du Phormier tenace.

Historique. — Le phormier tenace ou lin de la Nouvelle- Zélande, a été signalé, pour la première fois, par le célèbre voyageur Cook; il a été introduit en Europe, à la fin du siècle dernier, par Labillardière. Il est aujourd'hui répandu comme plante d'ornement dans un grand nombre de jardins. Les habitants des îles des mers du Sud, situées entre le 34 et 47° de latitude, s'en servent en place de chanvre et de lin. En Europe, on emploie ses fibres pour faire d'excellents cordages.

On cherche de nouveau à propager la culture du phormier tenace dans les pays méridionaux de l'Europe, et en Algérie, entre le 30 et le 45° de latitude.

Mode de végétation. — Cette plante (ftg. 12) a une racine tubéreuse et charnue; ses feuilles sont radicales, nombreuses, ployées en deux dans leur partie inférieure, glauques, rubanées, lancéolées, disposées en éventail et longues de 1 mètre à 2ra,50. Ses fleurs sont portées par une hampe élevée et rameuse ; elles ont de 0ra,05 à Om,06 de longueur.

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Fig. 12. Phormier tenace.

Les sépales sont colorées en jaune d'ocre, et les pétales en jaune citron. Les graines sont aplaties, rugueuses et noires; elles sont contenues dans une capsule allongée, tordue et à quatre loges.

Le phormier tenace fleurit en juillet ou août.

Climat. — Cette plante textile supporte difficilement la pleine terre dans les départements septentrionaux, mais elle végète très-bien sans abri sur les côtes de la Méditerranée et de l'Océan. Elle fleurit dans la Provence, en Espagne, en Algérie, etc., où elle croît, pour ainsi dire, sans culture.

Terrain. — Le phormier doit être cultivé sur des sols légers, sains, mais frais en été ou pouvant être irrigués.

Multiplication. — On le multiplie de rejetons, qu'on enlève des vieux pieds, soit en automne, soit au printemps, et qu'on plante à 1 mètre ou lm,50 les uns des autres.

Récolte des feuilles. — On coupe les feuilles pendant le mois de septembre, et on les dépose à l'ombre en tas pendant 10 à 15 jours. Au bout de ce temps, on en extrait les fibres qu'elles contiennent.

Extraction des fibres. — Voici comment on procède à l'extraction des fibres :

On divise chaque feuille, après l'avoir débarrassée de sa côte, en quatre parties ou lanières, et on réunit ensuite celles-ci en paquets contenant 40 à 50 lanières, ayant toutes leurs pointes du même côté. Quand ce premier travail est terminé, on fait rouir les paquets pendant cinq heures dans une eau savonneuse bouillante. On emploie 7 kilogr. de savon vert par 100 kilogr. de lanières vertes. Au bout de ce temps, on retire les feuilles, on les lave en les tordant dans une eau courante, pour les débarrasser de la partie mucilagineuse qui se détache alors facilement. On a soin de

PHORMIER- TENACE . 119

ne pas mêler les fibres. On fait ensuite sécher celles-ci à l'abri du soleil.

Nature de la filasse. — La filasse que fournit le phormier tenace est blanc jaunâtre et brillante; elle est remarquable par sa force et sa ténacité.

Labillardière a comparé la force des filamants de cette plante à la résistance que présentent les filasses du lin, du chanvre et de l'aloès. Yoici les faits qu'il a constatés :

La force des fibres de l'aloès étant égale à 7 ,00

Celle du lin est représentée par 11 ,75

Celle du chanvre 16 ,33

Celle du phormier 23 , 45

Avenir du phormier tenace. — Jusqu'à Ce jour , Cette

plante n'a pas justifié les espérances que son introduction en Europe avait permis de concevoir. M. Vincent et d'autres expérimentateurs reprochent à ses fibres de se désagréger en peu de temps sur l'influence combinée et prolongée de la chaleur et de l'humidité.

Mais le phormier tenace est-il réellement la plante qui fournit à la Nouvelle-Zélande cette filasse si brillante et si estimée des Anglais? On ne le croit pas. On pense que cette filasse provient du phormier de Cook (Phormium Gookianum Le Jol.), espèce moins vigoureuse, à fleurs rouge foncé, mentionnée, comme la précédente, par Cook, dans la relation de son premier voyage autour du monde.

Usages. — La filasse du phormier tenace sert à fabriquer des toiles et des cordages; on l'emploie aussi pour remplacer l'osier et le jonc dans le palissage des arbres fruitiers et de la vigne.

M. le bacon de Thierry a exposé, en 1855, une charpie fournie par cette plante et destinée à la fabrication du papier.

SECTION II

Ortie dioîque.

(De urere, brûler, allusion aux poils brûlants qu'elle porte)

Urticà dioica, L.

Plante dicotylédone de la famille des Urticées.

Cette plante, qu'on appelle vulgairement grande ortie, était autrefois cultivée en Egypte comme plante textile. Olivier de Serres a vu faire, en France, au xvie siècle, « de belles et desliées toiles avec l'esquise matière de l'ortie. » D'après les expériences faites à Tours et au Mans, au milieu du xvnr siècle, la toile d'ortie prendrait mieux le blanc et plus promptement que la toile de chanvre. Les essais faits depuis cette époque n'ont pas permis de considérer cette plante comme supérieure aux plantes textiles. Nonobstant, on fait, avec la filasse qu'elle fournit, du fil excellent et de très-bonnes toiles.

L'ortie dioîque [fig. 13^ a des tiges annuelles; on la rencontre partout , mais c'est sur les sols frais qu'elle végète plus facilement. Ses tiges ont de 1 à 2 mètres de hauteur ; elles sont carrées et munies de rameaux opposés, et de feuilles cordiformes et dentelées ; elles présentent, comme les tiges et les rameaux, des poils roides qui produisent sur la peau des ampoules et une vive sensation. Ses fleurs sont dioïques et apparaissent en été et en automne: les fleurs femelles deviennent pendantes à l'époque de la maturité des fruits.

Cette plante se propage par éclats de pieds ou par graines.

On opère les semis au printemps sur un terrain bien ameubli.

ORTIE -DIOIQUE.

Un hectolitre de graine pèse 20 kilogr. La récolte des tiges a lieu en août ou septembre, lorsque

les feuilles se penchent , se flétrissent, et quand les tiges commencent à jaunir et les graines à tomber sur le sol.

La coupe des tiges se fait avec une faucille; on doit se munir de gants de peau pour éviter l'action du suc acre et caustique, que contiennent les vésicules qu'on observe à la base des poils.

Après le faucillage, on expose les tiges sur une prairie, à l'action des agents atmosphériques, pour qu'elles se sèchent, perdent leurs feuilles et ne piquentplus. Alors on les fait rouir

pendant sept ou huit jours dans une eau claire et courante.

Après le rouissage , on les fait sécher de nouveau et on les

Fig. 13. Ortie dioïque.

rentre dans un local sec. On les prépare ensuite comme les tiges de chanvre.

L'ortie, qui croît sur des sols à la fois profonds, frais et riches, donne par an deux récoltes abondantes.

Sa filasse sert à faire de la toile et des cordes. Ses graines excitent les volailles à pondre.

Cetle plante peut être aussi utilisée dans la fabrication du papier. Pendant plusieurs années sa filasse a permis de fabriquer à Leipsick du papier de très-bonne qualité.

En résumé, l'ortie dioïque mérite qu'on l'expérimente de nouveau sur les terrains incultes, secs et peu fertiles.

J'ajouterai que les femmes baschires et tartares emploient depuis longtemps des toiles faites avec du fil d'ortie dioïque.

Quand cette plante est mûre, elles l'arrachent pour l'exposer pendant l'automne et l'hiver à l'action de l'air le long des haies ou sur les toits de leurs habitations.

Elles séparent les fibres en pilant les tiges ainsi préparées dans des mortiers en bois.

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