‹ Les plantes industrielles (volume 2)Chapitre 23 sur 92 · NARCOTIQUE · texte numérisé non relu

NARCOTIQUE

Planche XV.

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Rameau floral TABAC À LARGES FEUILLES

première fois aux Européens, à la fin du xve siècle, que les Indiens aspiraient la fumée d'une herbe qu'ils brûlaient dans un appareil à deux branches appelé tabacco, et ce fut François Hermandez, de Tolède, qui envoya cette plante en Espagne et en Portugal. C'est le cardinal de Sainte-Croix qui l'introduisit en Italie. L'Angleterre l'a* connu par les soins de François Drake.

Est-ce à Nicot que revient l'honneur d'avoir introduit le tabac en France ? L'opinion générale basée sur la tradition résout affirmativement cette question. L'histoire ne permet pas d'adopter une telle opinion. C'est le cordelier André Thevet, né à Angoulême, qui, le premier, le fit connaître, ainsi que le constate l'ouvrage qu'il a publié en 1558, c'est-à-dire deux ans avant l'envoi fait par Nicot et deux ans après l'avoir importé du Brésil et désigné sous le nom d'herbe angoulmoisine* .

Si l'on doit à Thevet les premières graines de tabac, c'est à Nicot que revient l'honneur d'avoir rendu populaire cette herbe estrange, en la propageant sous le nom d'herbe à ï 'ambassadeur, de nicotiane, noms auxquels on substitua plus tard les dénominations suivantes : herbe à la reine, catherinaire, mèdicèe.

Malgré les bulles, les décisions synodales, les ordonnances qui en défendirent l'usage pendant les xvie et xvir3 siècles, le tabac est aujourd'hui connu dans toutes les parties du monde et partout on le fume et on le prise avec plaisir.

Localités où il est cultivé. — Le tabac est cultivé en France, en Belgique, en Hollande, dans toute l'Allemagne, en Russie, en Turquie, en Egypte, en Amérique, à la Havane, à Porto-Rico, à Cuba, etc., etc.

1. Au Brésil, on nomme le tabac petum; les Bretons l'appellent betun. Cette similitude de nom permet de dire que Thevet a dû en envoyer sous le premier nom dans l'ancienne province de Bretagne.

La culture et la vente du tabac sont libres en Hollande, en Belgique, en Suisse, en Hongrie, etc.

Elle est restreinte ou limitée en France, en Autriche, dans les États Romains, en Prusse, etc.

Elle est complètement interdite en Angleterre, en Espagne, en Toscane, dans les États Sardes, le duché de Parme, etc.

Législation française. — C'est sous le règne de Louis XIII, en 1621, qu'on songea pour la première fois à frapper le tabac d'une taxe. Jusqu'en 1697, la perception de cet impôt fut dans les attributions de la Ferme générale. Voici ce que rapportait alors la Ferme des tabacs :

1680 500000 livres.

A dater de 1723 jusqu'en 1747, la ferme des tabacs fut régie par la Compagnie des Indes. Depuis cette dernière époque jusqu'en 1791, la Ferme des tabacs fut réunie aux autres droits1.

La culture de cette plante devint libre de 1791 à 1793. A partir de cette époque jusqu'en 1810, on imposa une licence à tous les marchands de tabac. C'est le 29 décembre 1810 que parurent les décrets qui ordonnèrent que la fabrication et la vente des tabacs seraient faites à l'avenir par le gouvernement. L'État, depuis cette époque, a conservé le monopole exclusif de l'achat, de la fabrication et de la vente.

1. La Franche-Comté , l'Alsace, l'Artois, le Hainaut, le Cambrésis et la Flandre, par exception, n'étaient pas soumises au privilège de la Ferme générale.

Voici quelques chiffres indiquant l'importance de la vente des tabacs et les bénéfices réalisés annuellement par la régie :

Années. Recettes. Dépenses. Bénéfices.

1815 53872857 fr. 13427014 fr. 32123303 fr.

Ainsi, en quarante ans, les bénéfices de la régie ont presque quadruplé. Il est très-probable qu'ils continueront de s'accroître1.

Voici les quantités de feuilles que les planteurs français ont livrées à l'administration des contributions indirectes :

Années. Kilogrammes. Valeur. PrixmoycnsdeslQOkilogr.

On compte en France 10 manufactures de tabac, savoir :

Paris. Bordeaux.

Strasbourg. Tonneius.

Lille. Toulouse.

Le Havre. • Marseille.

Morlaix. Lyon.

A Lyon et à Marseille on ne fabrique que des cigares. Étendue des cultures. — Le tabac n'occupe passur chaque exploitation une grande étendue. On peut dire qu'il appar-

1. Le chiffre de la consommation annuelle du tabac en France s'élève, par chaque individu, à 520 grammes : 200 grammes de tabac à priser et 320 grammes de tabac à fumer. La consommation individuelle en Belgique est quatre fois plus forte.

Vil* 10

3017 813 fr.

79 fr

tient principalement à la petite culture. On en jugera par les chiffres suivants recueillis en 1851 :

Départements. Nombre de planteurs. Surface cultivée Quantité récoltée

par chaque planteur, par chaque planteur.

Lot 5180 28 ares. 417 kilogr.

Bas-Rhin 4654 51 — 1069 —

Nord 2110 51 — 1550 —

Pas-de-Calais 1050 53 — 1333 —

Lot-et-GaronDe. .. 4397 61 — 235 —

Ille-ct-Vilaine 958 63 — 885 —

Suivant M. Mourgues, l'étendue des cultures a très-peu varié dans le département du Lot depuis 1846. La moyenne de chaque culture était alors de 27 ares.

Départements où la culture est autorisée. — D'après la

loi sur la culture et la vente des tabacs en date du 28 avril 1816, loi qui n'a pas été abrogée, la culture du tabac n'est autorisée en France que dans six départements :

Nord Arrondissements de Lille et d'Hazebrouck.

Pas-de-Calais. . . — de Saint Pol. Béthune et Montreuil.

Bss-Rhin — de Colmar, Mulhouse et Belfort.

Lot — de Cahors, Figeac et Gourdon.

Lot-et-Garonne.. — d'Agen, Marmande, Nérac et Villeneuve.

llle-et-Vilaine. . . — de Saint-Malo et DoL

L'augmentation de la consommation des tabacs à fumer a conduit le gouvernement, en 1852 et en 1854, à autoriser la culture du tabac à titre d'essai dans six départements :

Bouches-du-Rhône, Gironde,

Var, Dordogne,

Cher , Doubs.

La culture du tabac, en Algérie, n'est soumise encore à aucun règlement. Elle a produit, en 1844, 23 469 kilogr.; en 1852, la quantité récoltée s'est élevée à 1784 536 kilo^ grammes.

Mode de végétation. — Le tabac est annuel. Sa racine est

pivotante. Sa tige s'élève de 1 à 2 mètres ; elle est glabre ou poilue, glutineuse et presque simple ou rameuse. Ses feuilles sont pétiolées, linéaires et lancéolées ou ovales et cordiformes, et chargées d'une sorte de gomme visqueuse qui aide à leur conservation. Ses fleurs sont verdàtres, jaunâtres ou roses ; elles sont tubuleuses et disposées en panicules, en corymbe ou en grappe. Les fruits sont des capsules s'ouvrant au sommet en deux valves bifides ; ils sont enveloppés par le calice, qui est persistant ; il contient des graines nombreuses, très-petites et de couleur brun clair.

M. Petit Lafitte a observé que le tabac exigeait pour se développer, dans le département de la Gironde, depuis le 1er juin jusqu'au 25 août, 1857° de chaleur totale.

La véritable région du tabac est comprise entre le 42e et le 46e degré de latitude. Cette zone comprend leMaryland, le Lot et le Lot-et-Garonne, la Virginie, contrées où la chaleur est assez élevée pour que les plantes puissent mûrir avant les froids d'automne et fournir des tabacs corsés et ayant une odeur pénétrante et agréable.

Le tabac de la Havane végète dans l'île de Cuba entre les 20e et 24e degrés de latitude ; le tabac de Manille qu'on récolte dans les îles Philippines ne dépasse pas le 20e degré. Ces faits expliquent pourquoi les variétés cultivées de ces localités équatoriales n'ont pu être, jusqu'à ce jour, naturalisées en Europe.

Composition. — Le tabac contient un grand nombre de matières fixes. MM. Pelouze et Fremy ont constaté les quantités de cendres suivantes :

T. du Lot. T. du Xord. T. de Maryland.

Tiges 16,5 11,2 10,3

Côtes 23;3 20,2 18,3

Feuilles 19,8 24,1 17,2

Selon MM. Poselt et Reimann, les feuilles fraîches du nicotiana tabacwm ont la composition suivante :

Nicotine 0,060

Matière grasse (nicotianine) 0,010

Albumine 0,200

Résine verte 0 ,261

Substance analogue au gluten 1 ,048

Gomme avec un peu de malate de chaux 1 ,140

Matière extractive un peu amère 2 ,840

Fibre ligneuse 4 , 969 '

Acide malique 0,510

Malate d'ammoniaque 0,120

Sulfate de potasse 0 ,048

Chlorure de potassium 0,063

Azotate et malate de potasse 0,095

Phosphate de chaux 0 , 166

Malate de chaux 0 ,242

Silice 0,088

Eau 88 , 080

D'après cette analyse et celle faites par MM. Pelouze et Fremy, le tabac absorbe une notable quantité de potasse et de chaux.

La nicotine existe dans une proportion plus ou moins grande, selon les tabacs et leur provenance. Voici les quantités qu'on a constatées :

Analyses de MM. Boutron et Henri. Analyses de M. Sciilœsing.

Provenances. Feuilles Provenances. Feuilles privées

ayant leurs côtes. de leurs côtes.

Nord 11,28 p. 100. Lot 7,96 p. 100.

Ille-et-Vilaine 11,20 — Lot-et-Garonne 7,34 —

Virginie 10,00 — Virginie 6,87 —

Cuba 8,64 — Nord 6,58 —

Lot-et-Garonne 8.20 — Ille-et-Vilaine 6,29 —

Lot 6,48 — Pas-de-Calais 4,94 —

Maryland 5.28 — Bas-Rhin 3,21 —

Tabac préparé 3,86 — Maryland 2,29 —

Havane, moins de 2,00 —

Le tabac, en vieillissant, perd de sa nicotine et de sa force,

c'est-à-dire devient plus doux.

Voici d'après M. Schlœsing la quantité d'ammoniaque que contiennent les tabacs en feuilles :

Lot 0,910 p. 100.

Nord 0,815 —

Bas-Rhin 0,630 —

Havane 0,870 —

Maryland 0,212 —

Virginie 0,153 —

L'ammoniaque qui provient de la décomposition de la matière azotée pendant la fermentation, met à nu une certaine quantité de nicotine. Suivant M. Fermond, c'est lorsque la nicotine est devenue libre en partie que le tabac préparé est odorant.

M. Lenoble a divisé les tabacs en quaire classes, suivant la quantité de nicotine qu'ils contiennent :

Tabac très-fort 6 , 70 p. 100 de nicotine.

Tabac un peu moins fort 5,50 — —

Tabac suave 2 ,00 — —

Tabac moins fort que les autres 1,80 — —

D'après les analyses précitées de M. Schlœsing, les tabacs du Lot et du Lot-et-Garonne seraient aussi forts que celui de Virginie.

Espèces et Variétés. — On connaît aujourd'hui un grand nombre d'espèces et de variétés de tabac. Nous ne signalerons que les espèces ou variétés cultivées comme plantes industrielles.

Les tabacs ont été divisés en trois classes principales :

A. La première comprend les tabacum, plantes glutirieuses, à grandes feuilles, à fleurs rouges, disposées en grappes courtes et terminales, à corolle en entonnoir, renflée, ventrue et à limbe étalé et découpé en lobes aigus.

1° Tabac commun, grand tabac, tabac à larges feuilles (Xicotiana tabacum, L.) tiges de 1 à 2 mètres de hauteur et ra-

meuses. Feuilles alternes, ovales, entières, aiguës, semi-amplexicaules, vert pâle en dessous, vert plus foncé en dessus ; les supérieures plus petites, lancéolées et non embrassantes. Fleurs en juillet et août, disposées en grappes paniculées et terminales ; corolle velue, renflée vers son sommet et rose ou purpurine. Capsule ovale, sillonnée extérieurement, contenant des semences brunes ou chagrinées.

Cette espèce est cultivée dans les départements du Pas-de- Calais, du Nord et d'Ille-et-Vilaine.

Le tabac à feuilles étroites ou tabac de Virginie (Nicotiana angustifolia , Ehr. ) est une variété de l'espèce précédente. Ses feuilles sont pétiolées, ovales, lancéolées et longuement aiguës ; elle ont une côte épaisse et des nervures très-apparentes. Ses fleurs sont grandes.

Le tabac que fournit cette variété est corsé, très-séveux, très-parfumé et excellent pour la poudre. On Ta abandonné en France parce qu'il y dégénère facilement.

On a introduit depuis quelques années dans les départements du Lot, du Lot-et-Garonne et de la Gironde, deux variétés que l'on désigne sous les noms de tabac d'Amers fort et tabac de Nykerk ' .

Le tabac d'Amersfort* qui paraît être le nicotiana latifolia de Tournefort, a une tige droite et rameuse, des feuilles ovales vert pâle à surface lisse, des fleurs rose tendre ; il est excellent pour sa poudre et dégénère difficilement. On l'a importé de Hollande.

On en connaît deux sous- variétés : Le tabac d'Amersfort jaune ou tabac cabessut et le tabac d'Amersfort noir. Ce dernier tabac est plus productif que le précédent ; mais si ses

1. Nykerk est situé dans les anciennes provinces de Gueldre (Hollande).

2. On écrit souvent Amersfort de la manière suivante : Amersfoort .

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