‹ Les plantes industrielles (volume 2)Chapitre 28 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PLANTES SACCHARINES.

SECTION I

Canne à sucre.

(Du sanscrit scharkara qui signifie sucre doux.)

Saccharum officinale, L.

Plante monocotylédone de la famille des Graminées

Historique. — Mode de végétation. — Variétés. — Composition. — Données statistiques. — Climat. — Terrain : nature et préparation. — Engrais nécessaire. — Mode de multiplication : boutures, rejetons. — Soins d'entretien. — Insectes nuisibles. — Animaux nuisibles. — Agents atmosphériques nuisibles. — Récolte : époque et opération. — Rendement en tiges. — Rapport des tiges à la bagasse. — Quantité de vesou fournie par les cannes. — Nature du jus. — Quantité de sucre fournie par hectare. — Quantité de mélasse fournie par le vesou et le sucre. — Composition de la mélasse. — Quantité d'alcool fournie par la mélasse. —Usages de la bagasse. — Prix de revient. — Bibliographie.

Historique. — La canne à sucre végète naturellement sur les bords de l'Euphrate. Les Chinois la cultivent depuis la plus haute antiquité. Au temps de Galien et de Pline , sa culture était répandue en Egypte et en Ethiopie. En 1420, dom Henri, régent de Portugal, l'importa de Sicile à Madère. Suivant Ebn-El-Arvam, elle était cultivée avec succès au xme siècle dans tout le midi de l'Espagne, où elle aurait été importée au xr siècle par les Sarrasins. Elle a été introduite à Saint-Domingue, en 1506, par Pierre d'Etiença.

La canne à sucre a été cultivée à Hyères au xivp siècle.

De nos jours, sa culture n'est en usage en Europe qu'en Sicile et à Malaga, Almunecar, Vêlez, etc., en Espagne.

On la cultive à la Guadeloupe, à la Jamaïque, au Bengale,

PLANTE SACCARIFÈRE

Planche XVII

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CAOTE A SUCRE

à la Martinique , aux îles Bourbon , à l'île Maurice , en Egypte, dans l'Ethiopie, etc.

Mode de végétation. — La canne à sucre a une racine vivace et fibreuse; elle produit plusieurs tiges à nœuds renflés, qui atteignent de 3 à 4 mètres de hauteur. Les feuilles sont engainantes, plates, aiguës au sommet, longues de 0m,70 à lm,20, et plus ou moins rapprochées les unes des autres, selon la longueur des entre-nœuds. Chaque nœud porte une feuille. Les fleurs forment une panicule terminale, soyeuse et blanchâtre.

La tige principale, qui provient de la bouture mise en terre, est appelée vulgairement grande canne; les pousses qui sortent de la souche sont désignées sous le nom de rejetons.

Les nœuds des variétés les plus estimées sont éloignés les uns des autres de 0m,10, 0m,l2 à 0ra,16 en maximum.

Les tiges arrivent à maturité deux mois environ après la floraison; alors elles ont de 0m,04 à 0m,05 de diamètre.

La floraison a lieu plus ou moins promptement, selon la température moyenne de la localité dans laquelle la canne à sucre est cultivée.

Le colonel Godazzi a constaté que la canne à sucre d'Otaïti peut être récoltée

A l'âge de 11 mois avec une température moyenne de + 27°

En général, on coupe les tiges du douzième au quatorzième mois.

Variétés. — La canne à sucre a produit un très-grand nombre de variétés. Les principales sont au nombre de six :

1° Canne de Bourbon, Canne de Singapore, Canne d'Otaïti. — Cette variété, originaire d'Otaïti, a été décrite par Cook. Elle

est précoce, productive et se propage facilement; elle fournit un jus qui donne un sucre abondant, très-beau et brillant. On lui reproche d'avoir des nœuds très-éloignés les uns des autres, ce qui rend sa tige, qui est élevée et grosse, très-cassante; aussi doit-on la cultiver sur des champs d'une fertilité ordinaire, un peu secs, bien exposés au soleil et arbrités des vents par des élévations ou des massifs d'arbres.

Sa tige est jaune et ses feuilles sont larges, retombantes et d'un beau vert pâle.

2° Canne noire de Java , Canne de Batavia, Canne violette de Taïti, Canne de la Jamaïque. — Cette variété est rustique, robuste et très-vigoureuse. Ses entre-nœuds présentent une belle teinte violette. Elle fournit un jus très-riche en sucre.

Ses tiges sont très-fortes et plus difficiles à broyer que les tiges de la variété précédente.

3° Canne à rubans, Canne transparente. — Cette variété réussit très-bien dans les terres légères et siliceuses. Ses tiges présentent de nombreuses stries d'un beau rouge vif, ayant de 0m,005 à 0m,02 de largeur; leur jus donne un trèsbeau sucre.

4° Canne du Bengale , Canne rouge de Calcutta. — Cette variété est très-vigoureuse ; son jus est très-coloré et il fournit un sucre très-dur et très-brillant.

5° Canne de la Chine. — Cette variété a été introduite dans l'Inde en 1796 ; sa tige est de petite dimension , mais elle est très-dure et résiste très-bien au froid et à la chaleur. La fourmi blanche et le chacal ne l'attaquent pas. On la préfère à d'autres variétés pour la fabrication du sucre candi-

6° Canne de Salangore. — Cette variété a des feuilles trèslarges, très-retombantes et garnies, sur leur bord inférieur, de nombreuses épines. Le jus qu'elle fournit est très-facile à clarifier; il donne un sucre dur et très-brillant.

On considère cette canne à sucre comme la meilleure de toutes celles qu'on cultive.

Composition. — La tige de la canne à sucre contient intérieurement, entre les nœuds, et principalement dans sa partie inférieure, un liquide transparent très-saccharin, qui fournit la matière que l'on nomme sucre brut, sucre de canne, sucre des colonies.

Voici, d'après MM. Payen etPéligot, quelle est la composition des tiges arrivées à maturité :

Canne Canne Canne

delà Martinique. de Cuba. d'Otaiti.

Sucre 18,00 16,20 18,00

Ligneux, sels, etc 9,90 6,00 10,96

Eau 72,10 77,80 71,04

En général le sucre varie de 9 à 22 pour 100, suivant la variété cultivée et la nature du sol dans lequel la plantation a été exécutée.

D'après M. Boussingault le sucre normal est formé de

Carboue 42 , 10

Hydrogène 6 , 40

Oxygène 51 , 50

Il contient de 9 à 10 pour 100 d'eau.

Données statistiques. —La consommation du sucre s'accroît en France d'année en année.

Les quantités déclarées à trois époques et à vingt années de distance, se sont élevées en

1818, à 29874583 kilog.

Ainsi, en quarante ans, la consommation annuelle de sucre s'est élevée de 1 kilogr. à près de 8 kilogr. par habitant.

Voici quelles ont été, pendant ces trois périodes, les importations du sucre de canne :

1818 29 874 583 kilog.

En 1858, le sucre venant de l'étranger s'est élevé à 72,989,629 kilogr.

Climat. — La canne ne peut être cultivée que dans les contrées où la température moyenne ne descend pas, pendant le printemps et l'été, au-dessous de + 19 à + 20°.

Plus la température est élevée et plus le jus est riche en parties saccharines. Ainsi, en Espagne et en Algérie, sa densité, à l'aréomètre Baume, varie en 6°50 et 9° en maximum, tandis qu'au Brésil, dans les Iudes et les Antilles, cette même densité atteint de 10 à 13°.

En général, la canne à sucre est cultivée comme le coton, soit dans les îles, soit dans les localités voisines de l'Océan ou de la Méditerranée. C'est qu'elle demande une température presque régulière et à la fois chaude et humide, et une lumière très-vive.

Les gelées à glace.et même, les fortes gelées blanches lui sont très-nuisibles. Les tiges que les gelées endommagent, soit dans les Indes, soit à la Louisiane, doivent être regardées comme perdues pour le planteur, parce que leur jus a perdu sa propriété de cristalliser.

Ce sont les froids qui n'ont pas permis sa culture dans la région maritime de la Provence, dans la plaine de Terracine (royaume de Naples), dans l'ancienne Paphos (île de Chypre), et qui rendent sa culture difficile dans la plaine de l'Épiscopi et l'Andalousie.

C'est donc avec raison qu'on considère la canne à sucre comme appartenant à la culture tropicale.

Jusqu'à ce jour, son introduction en Algérie n'a pas donné

des résultats très-satisfaisants.

Terrain. — A. Nature. — La canne à sucre doit être cultivée sur des terrains profonds, frais et plutôt argileux que siliceux.

Les terres granitiques, contenant une certaine proportion d'argile et de nombreux débris de matières organiques, lui sont très-favorables. Il en est de même des terres d'alluvion.

Les sols argilo-calcaires fertiles, sont considérés à bon droit comme d'excellents terrains, parce que l'expérience a cent fois constaté que la chaux excerçait une influence trèsremarquable sur la richesse saccharine du jus. Les terres calcaires ferrugineuses ne nuisent à son développement que lorsqu'elles contiennent de l'oxyde de fer en excès.

Les terrains pierreux ne sont pas regardés comme de mauvais sols. Les pierres en plombant la couche arable y fixent plus de fraîcheur pendant les sécheresses.

Les plus mauvais sols sont les terres à briques pauvres, parce qu'elles acquièrent, sous l'influence d'une vive chaleur, une très-grande dureté.

Dans les Indes et aux États-Unis, on recherche de préférence les terres fertiles, riches en sels de soude et de potasse.

B. Préparation. — Pendant longtemps les terres consacrées dans les colonies françaises et anglaises à la culture de la canne à sucre, ont été préparées par les nègres. L'émancipation des esclaves a changé ces conditions de culture, et a forcé de substituer le travail des instruments aratoires traînés par des bœufs, des buffles ou des mules , au travail des bras sur un grand nombre d'exploitations.

La plupart des instruments introduits dans les colonies

sont entièrement en fer. On est généralement satisfait de la charrue et du buttoir construits par Ransome.

Les terres sont labourées à plat. Le dernier labour est suivi par un ou plusieurs hersages destinés à pulvériser la surface du sol.

Lorsqu'on veut cultiver la canne à sucre sur des terres incultes, on commence par couper tous les arbustes, ou on y met le feu après avoir circonscrit l'étendue qu'on veut défricher au moyen de quelques traits de charrue. Quand les broussailles et les mauvaises herbes ont été détruites, on répand les cendres et on laboure la couche arable à 0m,15 ou 0m,20 de profondeur , en faisant suivre chaque charrue par une fouilleuse ou charrue sous-sol. On termine la préparation en égalisant grossièrement le terrain, si ce dernier présente des cavités ou des élévations.

Lorsque la terre a été bien ameublie à l'aide de deux, trois ou quatre labours et plusieurs roulages et hersages , on y trace des raies parallèles au moyen du buttoir. Ces raies sont destinées à recevoir les engrais et les boutures ; elles sont éloignées les unes des autres de lm,65 à l,n,85.

Quand les terres ne sont pas très-friables , on ouvre ces raies avec la charrue, en agissant comme s'il était question de faire une dérayure, et on les nettoie ensuite avec le buttoir.

Engrais nécessaire. — La canne à sucre est épuisante et nécessite, pour être productive , l'emploi d'engrais abondants et riches en parties organiques très-solubles.

Les engrais qui conviennent le mieux sont :

Le sang sec. La poudrette.

Le guano. La colombine.

La chair de cheval en poudre. Le fumier décomposé.

Le marc frais de canne est très-estimé. On l'emploie à la dose de 20 000 kilogr. à l'hectare.

A Calcutta, on fume les champs de canne en enfouissant de l'indigo ou de l'herbe de Guinée.

La vase est regardée comme excellente par les Indiens et les Égyptiens.

A la Jamaïque , on a souvent recours au parcage des bêtes bovines et des mules. Chaque hectare est alors fertilisé au moyen de 5000 tètes de gros bétail.

Enfin, quand on cultive la canne à sucre sur des terres ne contenant pas, pour ainsi dire, du carbonate de chaux, on applique des marnes, de la chaux ou de la poudre d'os.

En général, les engrais très-ammoniacaux, comme les urines et les fumiers frais d'écurie, ne sont pas très-favorables à la canne à sucre. Les jus fournis par les cannes abondamment fumées avec des matières très-riches en ammoniaque donnent une plus forte proportion de mélasse au détriment des parties saccharines cristallisables.

Modes de multiplication. — La canne à sucre ne produisant pas de graines, est exclusivement multipliée de boutures ou de rejetons.

A. Boutures. — On prépare les boutures en divisant la partie supérieure des tiges, celle située immédiatement audessous de la masse de feuilles qu'on nomme tète de la canne, en tronçons de 0m,30 environ de longueur, portant un ou plusieurs nœuds.

On peut aussi diviser la partie inférieure des tiges en plusieurs parties, mais on préfère séparer la portion encore tendre et verte, parce qu'elle fournit des boutures d'une reprise plus assurée.

Cette préparation complétée par l'effeuillage des boutures, se fait à l'époque de la récolte des cannes.

Les boutures une fois préparées sont mises immédiatement en terre, où elles sont réunies en tas de 0m,50 environ

d'épaisseur, et protégées ou des froids ou de la chaleur par des feuilles fraîches. Chaque lit de tronçons doit être recouvert d'une couche de feuilles vertes.

B. Rejetons. — La multiplication par rejetons est moins en usage que la précédente. On ne l'adopte généralement que lorsqu'on demande au même champ plusieurs récoltes successives.

Plantation. — La mise en place des boutures se fait en janvier, février ou mars. On ne doit planter en avril que les champs qu'on peut arroser à volonté.

Au Bengale, on plante souvent de préférence pendant les mois de septembre, octobre et novembre.

La plantation se fait dans des trous qu'on creuse avec la houe dans le fond des sillons ouverts par la charrue ou le buttoir.

Ces trous doivent avoir de 0m,l6 à 0ra,20 de profondeur, et être espacés les uns des autres de 0m,30 à 0m,60, selon qu'on y plante une ou deux boutures ou rejetons.

Chaque plant, après avoir été couché à plat ou un peu obliquement danslefond des trous, doit être couvert de 0m,10 à 0m,l5 de terre meuble.

Quand on renouvelle une plantation, on arrache, àl'aide de la charrue ou de la pioche, toutes les vieilles souches, et, après avoir préparé le terrain, on plante les boutures ou les rejetons au milieu des intervalles des anciennes lignes, afin que les nouvelles'cannesne végètent pas sur les mêmes rangées.

Lorsqu'on veut obtenir une seconde récolte, on rabat les billons et les éteules des cannes. Cette opération se fait avec une houe à lame bien tranchante. Les ouvriers chargés d'exécuter cete sorte de taille doivent éviter d'endommager les souches , afin de ne pas nuire au développement des rejetons.

Soins d'entretien. — La canne à sucre exige pendant sa végétation des soins d'entretien assez nombreux.

Après le développement des premières feuilles, qui s'opère entre le vingtième et le trentième jour qui suivent la plantation, on remplace les boutures qui n'ont pas réussi, et on exécute un binage dans le but de détruire les mauvaises herbes, ameublir la terre et combler les trous dans lesquels les boutures ou les rejetons ont été plantés.

Quand ces travaux sont terminés, on arrose toute l'étendue cultivée, si le sol manque de fraîcheur.

Les irrigations se font par infiltration. On les répète souvent, mais très-modérément jusqu'à la saison des pluies.

On continue aussi les binages quand cela est nécessaire.

Quand les cannes ont un mètre environ de hauteur, et que les feuilles ombragent en partie la terre, on les butte deux ou trois fois à vingt ou vingt-cinq jours d'intervalle. Le buttage exerce une influence puissante sur l'accumulation dans les cellules des parties cristallisables par l'humidité qu'il concentre autour des racines. Il a aussi pour effet de donner aux cannes plus de solidité, ce qui leur permet de mieux résister aux vents violents, et de séparer les rangées par des sillons qui rendent les arrosages plus faciles, et qui contribuent à l'assainissement de la couche arable pendant la saison des grandes pluies.

Enfin, pendant les pluies continuelles, on enlève les feuilles sèches et fanées, et on supprime quelques feuilles vertes sur les cannes vigoureuses, afin qu'elles mûrissent mieux et plutôt.

insectes nuisibles. — Le principal ennemi de la canne à sucre, dans l'Inde, est la fourmi blanche. Cet insecte se loge sous la souche des cannes et dépouille les racines de la terre

qui les enveloppe. Alors les plantes n'ont plus assez de fixité pour résister à une température élevée et à la violence des vents. On ne connaît aucun moyen de les détruire, mais on les éloigne des champs de cannes en répandant çà et là sur la terre de l'huile de pétrole.

Animaux nuisibles. — Le rat fait parfois de grands dégâts dans les cultures de cannes. C'est lorsque les tiges sont arrivées à leur maturité, qu'il les ronge parle bas. Une canne ainsi attaquée est entièrement perdue.

On détruit beaucoup de rats en opérant la récolte delà manière suivante : on coupe les tiges en agissant de la circonférence au centre sur tout le contour de la pièce, et on laisse un certain nombre de tiges au milieu de la pièce. Cette remue, qui est plus ou moins considérable, selon le nombre de rats qu'on veut détruire, sert de refuge à ces rongeurs. Quand la récolte des tiges est terminée, on entoure la remise de broussailles très-combustibles et on'ymetle feu. Ce dernier, en envahissant les cannes, détruit la plupart des rats qui se sont réfugiés dans la remise.

Agents atmosphériques nuisibles. — La Canne à SUCre

est arrêtée dans son développement par les vents brûlants et les longues sécheresses ; elle est déracinée et renversée par les vents violents; les grandes pluies pourrissent les racines et nuisent à la formation des parties saccharines.

Enfin, les feuilles des cannes qui végètent dans des terres argileuses, riches et humides, sont sujettes à être attaquées par la rouille.

Récolte. — A. Époque.— On procède à la récolte des cannes lorsque les tiges ont une teinte dorée ou violette et qu'elles ont perdu leurs feuilles dans la plus grande partie de la hauteur. Alors, les feuilles supérieures sont encore verdàtres, et les panicules ont une belle teinte argentée.

La récolte se fait successivement parce que les tiges d'une même plantation ne mûrissent pas toutes à la fois.

L'époque à laquelle les cannes arrivent à la maturité, varie suivant les latitudes. A la Louisiane, on les récolte en novembre, en décembre ou en janvier; à Saint-Domingue, on les coupe en février, mars et avril.

On ne doit couper ni trop tôt, ni trop tard ; dans les deux cas on extrait du vesou une moins grande quantité de sucre.

B. opération. — On coupe les tiges à 0m,03 ou 0m,05 audessus du sol, à l'aide d'une serpe, d'un sabre ou coutelas ou d'une petite hache, on les étête , on les divise en deux si elles sont longues, et on les lie ensuite en bottes qu'on dépose le long des chemins ou sur le bord de la plantation.

Alors, à l'aide de charrettes ou de cabrouets, on les transporte à la sucrerie où elles sont soumises immédiatement à l'action de moulins à cylindres cannelés ou unis mis en mouvement par des animaux, l'eau ou la vapeur.

Rendement en tiges. — Un hectare de cannes bien cultivées et non attaquées par les rats, les chacals ou les fourmis blanches, donne de 40 000 à 70 000 kilog. de tiges.

Les planteurs sont satisfaits quand ils obtiennent , en moyenne, 50 000 kilog. de tiges à l'hectare.

Rapport des tiges à la bagassc. — Le résidu que fournissant les cannes qui ont été écrasées et pressées est désigné sous le nom de bagasse.

Les cannes fraîches sont à la bagasse :: 100 : 35 ou 100 : 40.

Quantité de vesou fourni par les cannes. — Les Cannes

bien triturées ou laminées plusieurs fois et bien exprimées donnent 50 à 80 pour 100 de vesou ou jus. La moyenne est 60 à 65 pour 100. Ainsi, un hectare produisant 50 000 kilog. de cannes, fournit 30 000 kilog. de jus.

vn* 15

Nature du jus. — Le jus de canne est gris verdâtre, opaque ; sa saveur est douce et sucrée et son odeur rappelle l'odeur balsamique de la canne. Il contient :

Eau de 70 à 75 pour 100.

Sucre — 18 à 25 —

Quantité de sucre fourni par hectare. — L'industrie

n'extrait pas tout le sucre que contient le vesou. En général elle n'obtient que 8 à 10 kilog. de sucre égoutté par 100 kilog. de jus.

Il résulte de ce rendement que 30 000 litres ou 33 000 kilog. de jus donnent en moyenne de 2600 à 3300 kilog. de sucre brut égoutté.

Les terres qui ne produisent pas 50 000 kilog. de cannes, n'en donnent souvent que 1500 à 2000 kilog.

Autrefois, les sucreries ne retiraient de la canne que 10 à 12 pour 100 de sucre. De nos jours le rendement s'élève à 14 et même 16 pour 100.

Quantité de mélasse fournie par le vesou. — Le JUS,

après avoir abandonné de 8 à 10 pour 100 de sucre contient de 5 à 6 pour 100 de mélasse.

Ainsi, les 33 000 kilog. de jus obtenus par hectare donnent de 1600 à 2000 kilog. de mélasse.

Composition de la mélasse. — La mélasse ou sucre noir liquide ou sirop incristallisable est composée comme il suit :

Parties saccharines G5 , 00

Eau 32,00

Matières organiques 3 , 00

Les matières sucrées contiennent :

Sucre 45 p. 100

Glucose 22 —

Les mélasses sont ordinairement distillées.

Quantité d'alcool fournie par la mélasse. — La mélasse

qu'on distille dans les rhumeries fournit de 33 à 35 pour 100 d'alcool absolu.

Résidu des mélasses. — Le résidu de la distillation des mélasses est composé comme il suit :

Sulfate de potasse 10

Chlorure de potassium 16

Carbonate de potasse ■ 42

— de soude 32

Usages de la bagassc. La bagasse sert à fertiliser les champs consacrés à la culture de la canne, ou on l'emploie comme combustible, ou bien on l'utilise dans l'alimentation des bêtes à cornes.

On a constaté que 300 kilog. de bagasse sèche remplacent 100 kilog. de houille.

Prix de revient. — Laculture de la canne n'engage pas par hectare et par an un capital considérable. A la Louisiane les frais de culture s'élèvent seulement à 500 fr.

Cette dépense porte le prix de revient des 1000 kilog. de cannes à 10 fr.

BIBLIOGRAPHIE

De Caseaus. — Essai sur l'art de cultiver la canne à sucre. 1 781 . in-8. Le Breton. — Traités sur les propriétés et la culture de la canne à sucre,

1789. in-12.

Dutrône. — Précis sur la canne à sucre. 1797 . in-12. nu Tour.— Dictionnaire d'histoire naturelle, 1803. t. IV. in-8, p. 236. De Tussac. — Flore des Antilles. 1811. in-folio, t. I, p. 151. Boussingaalt. — Économie rurale. 1851, in-8. t. I. p. 225. Wray. - Manuel du planteur de canne à sucre. 1853, in-8.

De Barry. — Mémoire sur les fourmis des cannes à sucre. 1783, in-4.

SECTION II

Sorgho sucré.

(Avr'p ttiVj-uv, barbe de l'homme; allusion aux arêtes des fleurs.)

HOLCUS SACCHARATUS , Lin. ÂNDROPOGON SACCHARATDS , Roxb.

Plante monocotylédone de la famille des Graminées.

Historique. — Mode de végétation. — Variétés. — Composition. — Climat. — Terrain : nature, fertilité, préparation. — Semis : époque, semis sur couche, transplantation, semis en place, espacement des lignes, quantité de graines nécessaire par hectare, germination des semences. — Soins d'entretien: binage, éclaircissage, arrosage, buttage, effeuillage. — Récolte. — Produits : tiges, jus, alcool, graines, feuilles, bagasse, cidre. —Valeur commerciale des tiges et des graines.

Historique. Le sorgho sucré est originaire de la Sénégambie et de la Nigritie. On le cultive depuis fort longtemps dans le Mantchourie, province de la Tartarie chinoise et sur les côtes d'Afrique, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'à la base de Delago.

En langue berbère on l'appelle kafe, en langue poule, makari, en langue chinoise, kao-Uen. En Europe, on le désigne sous les noms de sorgho de Chine; millet de Cafrerie etlmphy.

Gmelin rapporte que Yholcus saccharatus est cultivé depuis longtemps par les Cosaques du Jaïk, et aux environs de Jaïzkoi-Gorodok dans la Russie méridionale. Les Buchares le cultivent aussi sous le nom de millet de Bucharie.

Cette plante a été introduite en Europe au xve siècle, époque à laquelle le cultivèrent les Génois et les Vénitiens. En 1775, Pietro Arduino l'a signalée à l'attention des agriculteurs sous le nom à'olchus de Cafrerie, parce qu'il avait tiré une sorte de mélasse du jus fourni par les tiges. Plus tard, son fils Louis Arduino en obtint à Padoue du sucre en partie cristallisé.

En 1850, le sorgho sucré fut importé de nouveau en Europe par M. de Montigny, consul de France à Shangaï (Chine). Dès 1851, M. le docteur Turrel observait à Toulon qu'il mûrit ses graines dans le midi de la France. C'est M. L. Vilmorin qui a constaté pour la première fois qu'il pouvait fournir en abondance de l'alcool dépourvu de saveur désagréable.

En 1854, M. L. Wray a rapporté de la côte de Natal en Cafrerie plusieurs variétés cultivées par les Cafres Zulu et qu'il a désignées sous le nom générique iïlmphy.

Ce sorgho contient dans ses tiges une notable quantité de sucre. C'est cette substance, selon Mollien, qui permet aux naturels du pays de Bambouk, de fabriquer, quoique mahométans, en ayant recours à la fermentation, une liqueur spiritueuse et très-enivrante.

Les tentatives faites par Arduino et les expériences entreprises depuis plusieurs années en France dans le midi, en Espagne et en Afrique, ne permettent pas d'espérer que ce sorgho suppléera en Europe la canne dans la production du sucre. Jusqu'à ce jour on ne connaît pas de procédé pratique à l'aide duquel on puisse obtenir le sucre qu'il contient parfaitement cristallisé.

Mode de végétation. — Le sorgho sucré est annuel. Il produit 4 à 6 tiges pleines et glabres, mais plus fortes que celles du sorgho à balai , et qui atteignent une hauteur de 3 à 5 mètres. Les feuilles sont nombreuses, larges et d'un beau vert. Les fleurs sont disposées en panicules ; elles produisent des fruits presque globuliformes, d'un beau noir luisant, enveloppés en partie par les glumelles,. et munis d'une barbe tortillée ayant quelques millimètres seulement de longueur. Les semences sont arrondies, jaunes, rougeatres ou de couleur de rouille.

Fig. 22. Sorgho sucré.

Cette plante (fig. 22) végète d'abord lentement, mais à partir du mois de juillet elle change entièrement d'aspect et présente bientôt une verdure luxuriante; elle mûrit ses graines vers la fin de l'été. Ses feuilles sont flétries par les premiers froids, mais ses tiges conservent en partie leur couleur verte jusqu'aux mois de décembre et de janvier.

variétés. — Les variétés rapportées de Port-Natal (Afrique ) par M. L. Wray sont nombreuses. Voici les principales :

1° Vim-bis-chu-àrpa, la plus vigoureuse et la plus robuste de toutes, mais plus tardive que le sorgho sucré. Ses feuilles sont larges et un peu rudes. La couleur de ses fruits varie du jaune au pourpre, et celle des graines qui sont un peu allongées, est jaune ferrugineux. Le jus qu'elle fournit est très-abondant et très-sucré.

2° E-a-na-moo-di, plus tardive que la précédente, avec lar quelle elle a beaucoup de rapports. Ses graines sont rondes plutôt que longues.

3° E-éngha, très-élégante, ayant une panicule développée et très-retombante.

4° Ni-a-za-na, regardée par les Cafres Zulu, comme étant la plus sucrée. Ses tiges ne dépassent jamais deux mètres en hauteur. Ses fruits portent une arête de 0n,,004 à 0m,005 de longueur. Cette variété est hâtive.

5° Broom-ica-na, la plus belle et la plus productive. Ses tiges toutes teintées de rose, coloration qui passe au rouge au fur et à mesure que les plantes mûrissent. Ses fruits sont rouge foncé sur un fond jaune et ses graines sont brunes, allongées et presque cylindriques. Cette variété mûrit en quatre mois dans le centre de l'Espagne.

6° Oom-si-a-na, produisant des épis droits au lieu de panicules. Cette variété est plus hâtive que la précédente; ses

tiges sont plus courtes et plus grosses que celles del'E-éngha et du Broom-wa-na.

7° Shla-goova, très-élevée et très-estimée par les Cafres. Ses panicules sont très-longues et la couleur des fruits varie du rose au pourpre foncé.

8° Shla-goon-di, productive et à épis droits et très-déveioppés. Cette variété est assez hâtive.

Toutes ces variétés, d'après les remarques faites par M. L. Vilmorin, se sontmontrées sous le climat de la France, moins sucrées que le sorgho de Chine. La variété qui a le mieux réussi jusqu'à ce jour est le vim-bis-chu-à-pa.

Composition. — Le sorgho à sucre contient beaucoup d'eau. Voici les quantités que M. Leplay y a constaté.

au

Sorgho non mûr.

Sorgho mûr.

ésidu sec

La matière ligneuse insoluble y existe dans la proportion de 9 à 10 pour 100. La canne à sucre en contient 9, 56 pour 100.

Voici, d'après M.Itier, la composition complète du sorgho sucré :

Sucre 8,210

Amidon 0, 100

Ligneux , cellulose , etc 17,775

Silice 0,065

Sels divers 0 , 520

Eau 73,330

La canne à sucre contient presque autant d'eau, mais elle renferme 18 pour 100 de sucre.

Les tiges de sorgho sucré privées de leur jus ont donné

1,60 par 100 de cendres qui contenaient d'après M. Jackson, les substances suivantes :

Potasse 8,10

Chaux 11 ,80

Magnésie 9 ,60

Soude 9,60

Chlore 3,70

Acide sulfurique 28 , 70

— phosphorique 13 ,42

Silice 14,40

Fer et perte 0,68

Les cendres du sorgho à balai contiennent 56 pour 100 de potasse et 15 pour 100 de soude, mais elles ne renferment que 7 pour 100 de chaux.

Climat. — Le sorgho sucré considéré comme plante à alcool appartient à la région méditerranéenne de l'Europe. Ainsi, c'est dans les localités où croissent en pleine terre l'oranger, l'olivier, le caroubier, le palmier, le cotonnier et la canne à sucre, qu'on peut le cultiver comme plante industrielle.

On avait cru que sa culture pourrait être pratiquée en grand dans toute l'étendue de la région du maïs, mais l'expérience a prouvé qu'elle ne devait pas dépasser la région de l'olivier qui comprend en France le Languedoc, le comtat d'Avignon et la Provence.

Le sorgho sucré commence à pousser et cesse de végéter lorsque la température s'élève au printemps et descend en automne à 12 ou 10 degrés au-dessus de zéro.

Terrain. A., nature. — Cette plante demande, comme le sorgho à balai, une terre légère, profonde et fraîche. Les sols argileux, à moins d'être très-riches, ne lui sont pas aussi favorables que les terres qui contiennent du sable dans une proportion notable et que les pluies, l'air et la chaleur pénè-

trent très-facilement; c'est pourquoi, il y a avantage à la cultiver sur les terres d'alluvion.

On doit choisir de préférence les terres qui contiennent du carbonate de chaux. On sait quelle influence la chaux exerce sur la végétation des plantes saccharines; en effet, cette substance augmente sensiblement la production et la qualité du sucre.

Il faut éviter de cultiver le sorgho sur les sols riches dans lesquels les sels de soude et de potasse sont en excès.

A part leur nature et leur richesse, les terrains doivent pouvoir offrir aux plantes pendant toute leur existence une certaine fraîcheur. Cette humidité est nécessaire pour que les composants des engrais deviennent promptement solubles. Alors les racines, recevant une nourriture plus abondante, obligent les tiges à se développer avec plus de promptitude et de vigueur.

Si, au contraire, le sol est desséché par la chaleur et par le vent, la végétation languit, est comme interrompue, et la formation du sucre cesse en partie d'avoir lieu. C'est pourquoi il est nécessaire dans les sols qui manquent de profondeur, et toutes les fois que la terre a été desséchée par les rayons du soleil, de pratiquer, si cela est possible, des irrigations par infiltration.

B. Fertilité.— J'ai dit que le sol devait être naturellement fertile, parce que le sorgho est très-épuisant. Cette richesse n'exclut pas l'emploi des engrais; mais cette espèce de sorgho demande-t-elle des engrais très-azotés? Les faits que l'on a souvent constatés dans la culture de la canne à sucre, et d'autres plantes saccharifères permettent d'avancer qu'on doit renoncer aux matières contenant de l'azote en abondance, parce qu'elles ont l'inconvénient d'augmenter les substances albuminoides au détriment du sucre. Il importe

que l'azote fournie par les engrais soit seulement en qualité suffisante pour donner aux plantes l'énergie vitale dont elles doivent être douées, pour végéter avec une vigueur soutenue et qu'elles puissent accumuler dans leur tissu cellulaire le plus possible de matières cristallisables , en absorbant beaucoup de carbone, d'hydrogène et d'oxygène.

On comprend dès lors pourquoi le sol doit être naturellement fertile et pour quel motif cette richesse ne peut être augmentée favorablement que par l'intermédiaire de matières organiques ne contenant pas une forte proportion d'ammoniaque. On sait que Liebig a constaté que les betteraves récoltées dans une terre pauvre contiennent leur maximum de matière sucrée.

Les engrais qui doivent obtenir la préférence sont : le sang sec, la poudrette, les fumiers très-décomposés et les engrais végétaux. Ces matières, par leur facile solubilité , peuvent manifester leurs effets très-promptement. Cette action rapide est d'autant plus importante que le sorgho sucré accomplit très-lentement les premières phases de végétation. On comprend aussi que, n'occupant le sol que pendant 4 ou 5 mois, il n'y aurait pas avantage à employer de préférence aux engrais que je viens de désigner, des cornes, des chiffons, etc.

C. Préparation. — Les terres qu'on destine au sorgho sucré exigent une préparation complète, c'est-à-dire des labours et des hersages plus ou moins répétés, suivant leur nature et les plantes qu'elles ont produites.

On termine leur préparation en ameublissant le plus possible leur surface.

Semis. — A. Époque. — Les semis de sorgho sucré se font ou sur une couche tiède ou en pleine terre.

Dans le premier cas, on les exécute en mars ou avril pour

opérer la mise en place des plants pendant le mois de mai, lorsque les gelées ne sont plus à craindre.

Dans le second, on les opère en avril ou en mai, c'est-àdire à l'époque où l'on fait les semailles de maïs ou de haricots.

On peut aussi exécuter des semis successifs à la fin d'avril, vers le 15 de mai et dans la première quinzaine de juin. Ces semis permettent de commencer la distillation dès le mois de septembre et de la prolonger jusqu'au mois de décembre ou de janvier. Alors on opère au fur et à mesure de la récolte des tiges.

B. Semis sur couche. — Quand on sème le sorgho sucré sur couche tiède, on répand les graines à la volée ou dans des rayons distants les uns des autres de 0m,08 à 0m,10, en ayant soin de les éloigner de 0m,04 à 0,n,06, afin que les jeunes plantes puissent facilement se développer.

G. Transplantation. — La mise en place des plants ne peut être faite que lorsqu'on n'a plus à craindre des gelées tardives.

On l'opère à l'aide du plantoir sur des rayons tracés avec un rayonneur et espacés les uns des autres de 0m,50 à 0m,70. On peut, dans le but de rendre le développement des plantes aussi actif que possible, faire déposer dans chaque trou , au moment où l'on introduit le plant, une pincée de bonne poudrette ou de noir animal résidu de raffineries.

Quand on agit par un temps sec, on arrose chaque plant à la main aussitôt sa mise en place.

En Chine, le sorgho sucré est toujours semé en pépinière et transplanté ensuite à l'aide du plantoir.

D. Semis en place. — Lorsque le terrain a été préparé et bien ameubli, on y trace à l'aide d'un rayonneur ou d'un cordeau et d'un traçoir des rayons parallèles dans le sens de

la longueur et de la largeur du champ. Une fois ce tracé exécuté, on répand deux ou trois graines sur les points où les lignes ou rayons se coupent à angle droit.

On recouvre les graines au moyen d'un ratelage ou d'un hersage.

Gomme les graines ne sont pas très-volumineuses , il est utile de ne pas les placer à une profondeur plus grande que 0m,03 à 0m,04.

On a complètement abandonné les semis à la volée.

E. Espacement des lignes et des plants. — Les rayons dans lesquels on projette les semences à la main ou à l'aide d'un semoir à brouette, doivent être espacés les uns des autres de 0m,60 à 0m,80, selon la fertilité et la fraîcheur du terrain.

Il doit exister entre les piants une distance de 0m,50 à 0,u,60. Cette distance paraîtra faible aux agriculteurs qui ont vu le sorgho végéter dans des jardins, mais il est nécessaire que les tiges se pressent, pour ainsi dire, les unes contre les autres. Si les graines dans les semis en place étaient placées à une distance plus grande, le sol, malgré le talement considérable des plantes, ne serait pas suffisamment ombragé par les tiges pendant les mois de juillet et août.

F. Quantité de graines nécessaire par hectare. — La quantité de graines qu'il faut répandre dans les semis en place et en ligne est de 2 à 3 kilogr. par hectare.

Un litre de semence de sorgho pèse en moyenne 650 grammes. Un kilogr. contient de 45 000 à 47 000 graines.

G. Germination des graines. — Les cotylédons des graines apparaissent au bout de 12 à 15 jours, selon la température et la fraîcheur du sol.

On hâte la germination des semences en les faisant tremper pendant 24 heures avant de les confier à la terre.

Soins d'entretien. — A. Binages. — Quand les plantes ont quelques feuilles, on exécute un binage sur toute la surface du champ.

On répète cette opération en juin et juillet, lorsque l'état du sol l'exige.

B. Éclaircissage. — En juin ou au plus tard en juillet on éclaircit les pieds en arrachant à la main ceux qui sont superflus.

G. Arrosages. — Pendant les mêmes mois, on opère un ou deux arrosements si la chaleur est très-forte et si le sol est desséché.

On doit irriguer chaque fois très-modérément.' Des arrosements copieux ont l'inconvénient de paralyser l'action du soleil et de nuire à la richesse saccharine des tiges.

La plupart des cultures de sorgho faites en Chine sont soumises aux effets des irrigations.

D. Buttage. — On butte les plantes quand elles ont atteint un mètre environ de hauteur. Cette opération est trèsutile : elle empêche que les vents violents renversent les tiges élevées et s'opposent à la dessiccation complète du sol par les grandes chaleurs.

On exécute cette opération à la main ou au moyen d'un buttoir. Quand le sorgho végète sur des terres légères qu'on ne peut arroser, on la répète une seconde fois.

E. Effeuillage. — Est-il nécessaire, lorsque les tiges du sorgho à sucre végètent près les unes des autres, d'enlever sur ces tiges quelques feuilles, afin que l'air, la lumière et la chaleur agissent plus directement sur leurs tissus? Cette opération n'est pas utile dans les contrées méridionales et lorsque le sorgho est cultivé sur un terrain exposé au midi. Tout nœud privé de sa feuille, quand la tige est encore verte et en pleine végétation , se développe plus difficilement, et

quelquefois se contracte d'une manière très-apparente. Ainsi, la mission de chaque feuille étant de fournir aux nœuds une abondante sève élaborée, il faut, de toute nécessité, éviter d'enlever les feuilles aux tiges, si on veut que celles-ci soient abondamment pourvues de parties saccharines.

Récolte. — On commence la récolte des tiges lorsque les graines sont parfaitement mûres. Alors, le sorgho est arrivé à son maximum de richesse en jus et en sucre.

M. Leplay, dans le but de vérifier la proportion de sucre contenu 'dans le sorgho aux différentes époques de la maturité de la graine, a fait une série d'expériences saccharimétriques sur le jus extrait des tiges comparativement avec le sucre accusé par la fermentation du même jus. Voici les résultats qn'il a obtenus :

État du sorgho. Richesse alcoolique.

Épi formé sans graine 1 ,80

Épi non mûr 4,30

Sorgho commençant à mûrir 6,90

— presque mûr 6 , 90

— complètement mûr 9,30

Nous ajouterons à ces résultats que la proportion de sucre, ainsi que l'a constaté M. L. Vilmorin, va en décroissant dans les entre-nœuds successifs de la base au sommet des tiges. Les entre-nœuds les plus sucrés sont donc ceux du bas et du milieu de la tige.

Lorsqu'on récolte trop tardivement et qu'on laisse les tiges jaunir sur pied, on perd une notable proportion de sucre et d'alcool.

On coupe les tiges avec une serpe et on les range en tas çà et là sur le champ. A mesure que les ouvriers opèrent la récolte, des femmes ou des enfants effeuillent les tiges et enlèvent les panicules.

Les tiges débarrassées de leurs feuilles sont mises en bottes à l'aide de deux liens de saule ou d'osier, et livrées ensuite aux fabriques. On doit éviter de les emmagasiner lorsqu'elles sont encore vertes, parce qu'elles sont sujettes alors à s'altérer.

On a proposé de faire dessécher les tiges après qu'elles ont été effeuillées, dans le but de les conserver saines pendant tout l'hiver ; ce procédé est rationnel , car le sucre se conserve très-bien dans le tissu cellulaire, mais il n'a pas encore été accepté par la pratique.

Quoi qu'il en soit, les tiges du sorgho sucré perdent par la dessiccation environ 70 pour 100 de leur poids.

Produits. — A. Tiges. — Un hectare de sorgho peut donner jusqu'à 60 000 et même 80 000 kilogr. de tiges effeuillées. On a obtenu les résultats suivants :

Itier , à Toulouse. 42 ,700 kilog. de tiges effeuillées.

De Beauregard , àHyères... ôO.OOO — —

Hardy, à Alger 83,200 — —

Le produit en Chine est en moyenne de 33 000 kilogr.

B. Jus. — Le sorgho sucré fournit de .50 à 60 pour 100 du poids de sa tige en jus sucré, marquant de 9 à 10° à l'aréomètre deBeaumé. Ainsi, un hectare produisant 33 000 kilogr. de tiges effeuillées, donnerait environ 16 500 kilogr. de jus.

Ce jus est intermédiaire, quant à son arôme, entre l'alcool de la canne et l'alcool de la betterave.

C. Sucre. — La richesse saccharine du jus varie entre 10 et 20 pour 100. En supposant un rendement moyen de 8 pour 1 00 seulement, 1 6 500 kilogr. de jus fourniraient. 1 300 kilogr. de sucre.

D. Alcool. — Le sorgho fournit de 6 à 8 pour 100 d'alcool pour 100 de jus. D'après ce rendement, 16 500 kilogr. de jus

donneraient en moyenne il hectol. 50 d'alcool ou 3kilogr. 50 par 100 kilogr. de tiges vertes effeuillées. On ne doit pas compter obtenir dans la distillation pratiquée en grand au delà de 5 litres d'alcool à 95° pour 100 kilogr. de tiges.

L'alcool de sorgho sucré est un peu amer et rappelle les tafias obtenus à l'aide des produits fermentes de la canne. Ce goût herbacé disparaît à la rectification.

En Chine, il sert à fabriquer l'eau-de-vie sam-chou, que le commerce désigne sous le nom de kao-lien-tsion.

E. Graines. — Chaque plante, en Provence, donne 200 à 300 grammes de graines. Un hectare contenant 20 000 pieds produirait donc 4000 à 6000 kilogr. de semences, si les oiseaux ne s'attaquaient pas aux panicules.

M. Itier en a récolté 3,330 kilogr.

M. Hardy — 2,550 —

Soit 40 à 50 hectol-. de graines.

Les graines réduites en farine peuvent être utilisées dans l'engraissement des bêtes à cornes. Les volailles s'en nourrissent. Elles fournissent du couscous aux nègres de la Sénégambie.

F. Feuilles. — Les feuilles qu'on enlève des tiges à l'époque de la récolte peuvent être utilisées dans l'alimentation des bêtes à cornes. Elles forment la septième partie de la production totale. Ainsi, un hectare qui produit 33 000 kilogr. de tiges effeuillées, fournit en outre 4500 kilogr. de feuilles.

G. Bagasse. —Le résidu que laissent les tiges, après avoir été triturées et pressées, est considérable. En général, il est aux tiges effeuillées :: 40 : 100. Ainsi, 33 000 kilogr. de tiges laissent en faveur de l'alimentation du bétail environ 13 500 kilogr. de bagasse.

H. Cidre. — M. L. Vilmorin a extrait du sorgho à sucre vu* 16

une liqueur fermentée non distillée, pouvant remplacer avantageusement le vin ordinaire et le cidre. Cette boisson, qui est assez analogue par sa saveur au cidre de Normandie, s'obtient à l'aide d'un simple pressoir. Sa densité varie entre 1050 et 1070.

Valeur commerciale des tiges. — Les distilleries du Languedoc et du comtat d'Avignon achètent les tiges dépouillées de leurs feuilles 1 à 1 fr. 25 c. les 100 kilogr. En Algérie, en 1856, les tiges étaient achetées aux cultivateurs à raison de 1 fr. 85 c. les 100 kilogr.

Valeur commerciale des graines. — Les graines du SOT-

gho sucré se vendent 20 à 25 fr. l'hectolitre pesant en moyenne 65 kilogr.

Prix de revient. — La culture de cette plante occasionne une dépense de 400 fr. environ par hectare. Si, de cette somme, on déduit 200 fr. pour la valeur des semences, on trouve que le prix de revient de 100 kilogr. de tiges s'élève seulement à 55 ou 60 c.

BIBLIOGRAPHIE

Arduino. — Mémoire de Tolchus de Cafrerie, 1811, in-8.

!.. Wny. — L'Imphy ou roseau sucré, 1854, in-8.

Sieard. — Monographie de la canne à sucre de Chine, 1856. 2 vol. in-8.

Bourdais. — Guide du distillateur du sorgho à sucre, 1855, in-8.

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