II. Rabourdin a obtenu par hectare les bénéfices suivants
1857, alcool vendu en moyenne, 50 fr. 00 118 fr. 40
1858, alcool vendu en moyenne, 45 45 210 90
Moyenne 47 fr. 72 164 fr. 65
En 1857, la production des betteraves à Yillacoublay avait atteint en moyenne 40 000 kilogr. par hectare; en 1858, elle n'a pas dépassé 35 000 kilogr. Les terres de cette exploitation sont de bonne qualité; la valeur locative est portée au débit du compte des betteraves à raison de 166 fr. l'hectare.
On peut, lorsqu'on ne veut pas donner de valeur arbitraire à la pulpe, déduire seulement les frais de culture, de distillation et de rectification des recettes opérées par la vente des flegmes. Alors, on constate, si le prix de l'alcool n'excède pas en moyenne 60 fr. l'hectolitre , que le compte de la distillerie se solde sans perte ni profit.
Si l'alcool ne vaut que 55 fr. et même 50 fr., ce compte se balance par une perte : 1° de 70 fr. 76 c, 2e de 156 fr. 56 c. Toutefois, cette perte n'est que fictive , puisqu'elle est couverte bien au delà par la valeur de la pulpe.
Il résulte de ces diverses supputations les conclusions suivantes :
1° L'alcool vendu 60 fr. l'hectolitre solde toutes les dépenses qu'occasionnent la culture et la distillation d'un hectare de betterave. Alors, le cultivateur possède 29 600 kilogr. de pulpe qui ne lui ont rien coûté.
2° Lorsque l'alcool est livré au commerce au prix de 55 fr., la perte de 70 fr. 76 c. sert à déterminer la valeur de la pulpe. Cette valeur est alors de 2 fr. 39 c. les 1000 kilogr.
3° Quand l'alcool est vendu 50 fr. l'hectolitre, la perte de 156 fr. 56 présentée par la distillerie élève la valeur de la pulpe à 5 fr. 29 seulement les 1000 kilog.
En résumé, on peut encore distiller avec avantage quand vu* 1 7
le coût de l'alcool descend à 50 fr., et on réalise lorsqu'il s'élève au-dessus de 60 fr. un bénéfice satisfaisant, puisqu'à ce taux la pulpe ne coûte rien au cultivateur. Ce bénéfice devient important quand le prix de l'alcool atteint 70 et 80 fr. Dans le premier cas, le compte de la distillation se solde par un gain de 482 fr. 56, et dans le second, il se balance par un bénéfice de 654 fr. 30 par chaque hectare cultivé en betterave. Une exploitation qui distille chaque année le produit de 20 hectares de betterave peut donc disposer, si l'alcool est livré au prix de 60 fr. l'hectolitre, de 592 000 kilog. de pulpe qui ne lui ont rien coûté. Cette même exploitation réalise un bénéfice de 9651 fr. 20, si l'alcool est vendu 70 fr. et si elle inscrit la pulpe au crédit du compte de la distillerie à raison de 10 fr. les 1000 kilog. Dans le cas où la valeur de la pulpe serait portée à 12 fr., chiffre adopté par If. Dailly à Trappes (Seine-et-Oise) , le compte de la distillation se solderait de la manière suivante :
1° Alcool vendu 60 fr Bénéfice 7 404 fr. 80
2° — 70 Idem 10 836 80
M. Barrai, après avoir exalté naguère les avantages que présente la distillation de la betterave, l'une des meilleures annexes d'une ferme importante, a engagé l'an dernier les cultivateurs à abandonner cette industrie. Il prétendait qu'il vaut mieux donner directement la betterave au bétail et qu'il y a perte à la distiller lorsque l'alcool descend au-dessous de 60 fr. l'hectolitre. Les cultivateurs n'ont point partagé son opinion ; et en opérant comme les années précédentes, ils ont prouvé qu'ils n'avaient point oublié cette maxime : les faits avant la théorie! c'est qu'ils avaient pu constater par l'expérience les faits suivants :
1° La distillation de la betterave solde toutes les dépenses
BETTEBAVE A SUCBE. 259
occasionnées par la culture de la betterave tant que l'alcool ne descend pas au-dessous de 60 fr. l'hectolitre;
2° La pulpe qu'elle fournit en abondance ne coûte rien ou revient à un prix beaucoup moins élevé que le prix que la betterave coûte à produire;
3° Cette pulpe permet de spéculer très-avantageusement sur l'engraissement des vaches, des bœufs ou des moutons;
4° La distillation de la betterave rend possible l'emploi des menues pailles et même des siliques et des tiges de colza dans l'alimentation de tous les animaux domestiques;
5° Enfin, cette industrie réellement agricole accroit d'une manière importante, par le résidu qu'elle laisse, la production du fumier, et par suite celles des plantes alimentaires et des plantes fourragères.
La distillerie de la betterave est-elle une industrie qu'on peut regarder comme inhérente à l'agriculture? Je ne puis l'affirmer. Toutefois, je pense qu'elle se perpétuera longtemps encore dans les fermes où elle existe, parce que rien ne me permet de croire à la disposition prochaine de la maladie de la vigne dans les vignobles où l'on récolte en abondance des vins de chaudière.