PLANTES A PRINCIPE TINCTORIAL BLEU
SECTION PREMIÈRE
Pastel.
(De lrâÇitv, unir; allusion à la propriété qu'on lui attribuait autrefois, celle de détruire les inégalités de la peau.)
Isatis tinctoria, L.
Plante monocotylédone de la famille des Crucifères.
Anglais. — Woad. Italien. — Guado.
Allemand. — "\Yaid. Espagnol- Guasto.
Hollandais. — Weede. Polonais. — Similo.
Danois. — Vede. Russe. — Ljenak.
Historique. — Localités françaises où il est cultivé. — Mode de végétation.
— Variétés. — Terrain : nature, fertilité, préparation. — Semailles : époque, préparation et qualité des graines, quantité de graines à répandre par
hectare, exécution, recouvrement des semences, germination des graines.
— Culture par transplantation. — Soins d'entretien : premier binage, arrachage du pastel sauvage, éclaircissage, garnissage des places vides, deuxième binage, arrosements. — Animaux et insectes nuisibles. — Maladies. — Récolte : signes de maturité des feuilles, nombre de cueillettes, mode de récolte, quantité de feuilles récoltées par hectare. — Transformation des feuilles en coques : opérations préliminaires, disposition de l'atelier, broyage des feuilles, compression et fermentation de la pâte, moulage, séchage des coques, conditions de réussite. — Dessiccation des feuilles. — Récolte des graines. — Quantité de graines produite par hectare. — Poids de l'hectolitre. — Rapport des feuilles fraîches aux coques. — Poids des coques. — Quantité de coques fournies par hectare. — Rapport des feuilles vertes aux feuilles sèches. — Qualité des coques. — Sophistication du pastel. — Quantité d'indigo contenu dans les feuilles. — Valeur commerciale des coques et des feuilles sèches. — Emballage des coques. — Usage du pastel. — Raffinage. — Prix de revient. — Bibliographie.
Historique. — Le pastel, qu'on a appelé guède, vouede,
guesde, gaide, guerde. herbe lauraguaise et indigo français, est connu depuis les temps les plus recules. Galien, Dioscoride, César et Pomponius Mêla rapportent que les teinturiers remployaient, aux époques auxquelles ils vivaient, pour teindre les laines. Pline nous apprend que les Armoricaines s'en servaient pour teindre leur corps lorsqu'elles paraissaient nues dans certains sacrifices ou cérémonies religieuses. Enfin, il est cultivé en Chine, depuis une époque très-ancienne.
Les Sarrasins ont introduit le pastel en Afrique et en Espagne. Abn-el-Jair et Ebem-el-Awam, auteurs arabes qui cultivaient aux environs de Séville, au xne siècle, ont donné d'intéressants détails sur sa culture.
Le pastel est aussi connu en Italie. On La cultivé pendant longtemps dans la Calabre, la Roinagne, la Lombardie et la Marche d'Ancône. Il existe aux environs de Nocera. un village appelé Guado, parce qu'on y cultivait autrefois le pastel très en grand.
Cette plante tinctoriale était connue au xe siècle en Allemagne. D'après une ancienne chronique manuscrite de la ville d'Erfurt, du xvie siècle, les bénéfices que les trois cents villages de la Thuringe, qui la cultivaient eu grand, réalisaient annuellement étaient si considérables qu'on les assimilait à ceux d'une montagne d'or. On la cultive encore dans cette province, dans le Brandebourg et la province Rhénane.
Son introduction en Angleterre, date de 1582. On la cultive dans les comtés de Somerset, d'York ei du Lincoln, et dans quelques parties de l'Irlande.
Sa culture en France, ne remonte pas au delà du xne siècle. A cette époque il existait à Saint-Denis près Paris, un marché pour le pastel. La place où il se vendait
est encore désignée sous le nom de Marché de gucde (1). Les ordonnances de Charles le Bel, en date du 13 décembre 1324; celles que Jean II rendit en 1350, 1353, 1356; celles publiées en 1358 et 1397, par Charles V, et en 1443, par Charles VII, prouvent que la culture du pastel occupait chaque année, à ces diverses époques, de grandes étendues de terre dans les diocèses de Toulouse (2), d'Alby, Lavaur, Saint-Papoul, Bas-Montauban et Mirepoix.
Le meilleur pastel se récoltait alors dans le Lauraguais, appelé pays de Cocaigne ou de Cocagne, parce que ceux qui cultivaient et fabriquaient le pastel s'y enrichissaient promptement. En 1552, Henri II permit, par lettres patentes, aux marchands de Toulouse, d'en exporter en Flandre, en Espagne, en Portugal et en Angleterre. A celte époque, on expédiait annuellement « deTolose à Bourdeaux, par la rivière de la Garone, 100,000 balles de pastel qui valaient 1,500,000 livres. » C'est en 1527 que les états du Languedoc obtinrent la révocation de l'impôt qui frappait le pastel qu'on expédiait de Bordeaux à l'étranger.
L'introduction de l'indigo vers la fin du xvr siècle chassa le pastel des marchés qui lui étaient acquis. Ainsi malgré l'arrêt rendu, en 1609, par Henri IV, qui condamnait à la peine de mort ceux qui emploieraient l'indigo (3), le pastel fut successivement remplacé par cette matière colorante dans Fart de la teinture.
(1) En 1422, Henri V, roi d'Angleterre, autorisa la ville de Caen à établir un impôt de 2 sols 6 deniers par cuve de vouède.
(2) Les plus beaux édifices de Toulouse ont été bâtis par des fabricants de pastel ; l'un d'eux, Pierre de Bernin, cautionna pour la rançon de François Ier.
(3) La même prohibition fut faite en Allemagne. Ainsi, en 1577, l'empereur Rodolphe en défendit l'usage à tous les teinturiers sous peine d'amende, de confiscation et de déshonneur. La cour de Rome et l'électeur de Saxe en proscrivirent aussi l'usage en 1652.
Napoléon Ier rendit, le 4 juillet 4810, un décret par lequel il proposa : 1D un prix de 25,000 fr., à celui qui ferait connaître un moyen facile d'extraire la fécule colorante que contient le pastel ; 2° un prix de 100,000 fr. à celui qui parviendrait à donner à cette fécule la finesse et l'éclat de l'indigo. Enfin il fonda à Alby, en Toscane et à Turin, trois écoles impériales destinées à perfectionner l'art d'extraire l'indigo du pastel. La direction de l'école de Turin fut confiée au célèbre Giobert. La chute de l'Empire n'a pas permis que les prix proposés fussent décernés, et elle entraîna celle des écoles impériales. Nonobstant, les tentatives faites à cette époque, tant en France qu'à l'étranger, pour résoudre le problème sur le pastel, eurent d'heureuses conséquences. Ainsi le jury de l'Exposition de l'industrie de 1819, déclara que l'indigo indigène obtenu par M. Rouguiès ne le cédait en rien au plus bel indigo de Guatemala. Ce jugement prouve que le pastel n'est pas impropre à remplir le but que Napoléon s'était proposé.
Localités oit il est cultivé — Le pastel est cultivé en grand dans quatre départements. Voici les détails que contient la statistique de 1840 :
Départements. Arrondissements. Étendue.
Tarn Alby 155 hectares.
Lot-et-Garonne. Marmande. ... 12 —
Gironde. . . . Bazas et Blaye . . HO —
Calvados . . . Caen 3 —
Total 310 hectares.
Cette étendue permet d'exporter annuellement 8,000 à 9,000 kilog. de pâte. Cette exportation a lieu principalement en Espagne.
mode de végét ;;*ioii Le pastel est bisannuel, sa
racine est fusiforme et pivotante, sa tige est rameuse, lisse
PLANTE TINCTORIALE
Planche
Rameau