PLANTES A PRINCIPE TINCTORIAL ROUGE
SECTION PREMIÈRE
Garance.
(De ruber, rouge; allusion aux propriétés tinctoriales de la racine. Rl'BIA TINCTORIUM, L.
Plante dicotylédone de la famille des Rubiacées.
Anglais. — Madder. Polonais. — Marzanna.
Allemand. — Krapp. Italien. — Robbia.
Hollandais. — Meekrap. Espagnol. — Guanzo.
Historique. — Mode de végétation. — Composition. — Terrain : nature et fertilité. — Préparation du sol : défoncement, ameublissement ordinaire, largeur des planches et des sentiers, direction des planches et des sentiers. — Quantité d'engrais nécessaire. — Mode de propagation : reproduction par graines, époque des semis, semis en place, quantité de graines, caractères des bonnes semences, préparation des graines, mode d'exécution, espacement des lignes, germination des graines, dépenses occasionnées par les semis, circonstances où les semis en place ne sont pas avantageux. — Reproduction par racines : semis en pépinière, boutures, provins, plantation des racines; époque, exécution, quantité de racines nécessaires par hectare; valeur des plantes, dépenses occasionnées par la plantation. — Soins d'entretien. Première année : roulage , épierrage, sarclages et binages; remplissage des places où les plants n'ont pas réussi; rechaussage, arrosements, buttage, but du buttage. — Deuxième année : ràtelage, labour à la houe fourchue, sarclages et binages, rechaussage, arrosements, fauchage des tiges, buttage. — Troisième année : ràtelage, sarclages, arrosages, récolte des graines ; enlèvement des sommités des tiges, fauchage ou faucillage des tiges, récolte faite avec la main, nettoyage et conserva-
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tion des graines, quantité de graines que fournit un hectare, poids de l'hectolitre. — Fauchage des tiges comme fourrage. — Agents atmosphériques nuisibles. — Insectes nuisibles. — Plante parasite.— Arrachage : époque, cage de la garance. — Mode d'exécution : arrachage à bras, opérations, nombre de journées, prix de revient. — Arrachage à la charrue : mode d'exécution, étendue qu'une charrue arrache par jour, dépenses par hectare. — Arrachage à l'aide de l'appareil Garcin. — Opérations qui suivent l'arrachage. — Temps pendant lequel les racines se conservent fraîches. — Produits par hectare : racines et tiùes. — Séchage des racines : dessiccation naturelle, dessiccation artificielle. — Caractères des racines desséchées. — Déchet qu'éprouvent les racines par la dessiccation. — Conservation des racines desséchées. — Qualités des garances : garance de Hollande, garance d'Alsace, garance du Comtat. — Valeur commerciale des racines. — Commerce des garances. — Moyen d'estimer la valeur tinctoriale des racines. — Réduction des racines en pondre. — Déchet qu'elles éprouvent pendant cette opération. — Emballage des poudres. — Valeur des marques du commerce. — Produits qu'on extrait des racines : garancine, extrait de gaiancine, fleur de garance, alcool. — Prix de revient. — Bibliographie.
Historique. — La garance est connue depuis longtemps. Elle était cultivée par les Aquitains du temps de Slrabou. Dioscoride mentionne aussi sa culture en Toscane.
Les Grecs l'appelaient ccoccocavov et les Romains la nommaient rubia. Son nom de garance vient du mot varantia, désignation sous laquelle on connaissait au moyen âge sa racine, et qui signifiait vraie couleur ou couleur rouge.
La culture de cette plante remonte, en France, à une époque très-ancienne. On la pratiquait déjà au temps de Charlemagne et sous Dagobert; les habitants de laNeustrie et de l'Armorique en apportaient a Saint-Denis (Seine), ville on il y aA ait un marche a garance sur lequel l'abbaye de cette ville prélevait un droit. Ce marché existait encore en [-21 d, sous Philippe le Hardi. Un cartulaue de Troarn, de 11-22, porte que la garance était soumise en Normandie à un droit de dime. Le drap qifon teignait à cette époque avec celle qu'on récoltait dans la Basse-Normandie
et qu'on appelait écarlate de Caen, était très-estimé et trèsrecherché en Italie.
Les Flamands s'emparèrent au xve siècle de la culture de cette plante tinctoriale. Ils lui consacrèrent une telle étendue de terre, qu'au siècle suivant la Normandie y renonça presque complètement.
C'est à cette époque qu'elle fut introduite dans la Zélande.
Colbert, qui n'avait qu'une seule pensée, celle de rendre les manufactures prospères, publia en 1671 une instruction pour engager les agriculteurs à étendre la culture de la garance, afin que la France ne fût plus tributaire de Ja Hollande. A cette époque, les Hollandais avaient donné une extension considérable à la culture de cette plante, et ils étaient le seul peuple qui importât en Europe les garances récoltées en Perse, en Syrie, dans l'Asie-Mineure et en Grèce.
Louis XV rendit à Versailles, le 24 février 1756, un arrêt qui exemptait de la taille pendant vingt ans, les exploitations et leur personnel qui se livreraient à la culture de la garance dans des marais nouvellement dessécbés ou sur des terres non cultivées et de même nature. Cet édit n'exerça pas une très-grande influence sur la prospérité de cette culture. Toutefois, il engagea Frauzen à introduire en 1760 cette plante tinctoriale dans les environs de Hagueneau.
C'est vingt ans avant la publication de cet édit, à l'époque où Nadir-Chah usurpa le trône de Perse, que Jean Althen fut proscrit de ce royaume, arrêté par une horde arabe. vendu comme esclave et conduit à Anatolie. Apres avoir cultivé pendant quatorze ans la garance, il parvint à s'échapper et à gagner le port de Marseille, où il se maria quelques années après.
Les 30,000 écus que lui apporta sa femme lui permirent de se rendre à Versailles et de solliciter une audience de Louis XV. Le roi lui ayant accordé la mission qu'il sollicitait, il revint dans le Midi et créa près de Montpellier un établissement séricicole. Ayant anéanti dans cette entreprise le patrimoine de sa femme, il écrivit au roi, se rendit de nouveau à Versailles, mais toutes ses tentatives restèrent sans résultat aucun. C'est alors qu'il conçut l'idée d'introduire la culture de la garance dans le midi de la France.
Il cultiva d'abord la garance indigène. N'ayant pas réussi au gré de son désir, il intrigua pour se procurer des graines de garance de Smyrne (1). Après bien des peines et du temps, il eut le bonheur, dit-il, de recevoir 60 à 90 grammes de graines du Levant. Ces semences, il les sema à Avignon et fut bientôt à même d'étendre ses expériences sur une terre appartenant à madame de la Clausenette. Cette tentative ayant complètement réussi et lui ayant permis en 1767, de récolter 2,500 kilog. de racines, il établit une grande garancière sur la propriété de Caumont, appartenant au marquis de Seytre de Caumont, près duquel il avait eu le bonheur de trouver une hospitalité bienveillante. C'est ainsi que Althen parvint à doter la France, sa patrie adoptive, d'une culture qui devait être un jour la principale richesse d'une province entière.
Hélas! cet homme de bien mourut pauvre et ignoré à Caumont, en 1774, laissant une tille, Marguerite Althen, qui vécut aussi dans l'indigence (2). La reconnaissance pu-
(1) A cette époque la peine de mort était prononcée contre ceux qui exportaient de Smyrne des graines de garance.
(2) Cette malheureuse infortunée s'épuisa en sollicitations auprès du roi et des habitants du Comtat. Rostoul, qui a écrit la vie d' Althen, cite la supplique qu'elle adressa aux Avignonnais quelque temps avant sa mort. Ce n'est pas sans émotion qu'on y lit les lignes suivantes : « La fdle de celui qu
blique ne pouvait laisser périr son nom ; elle le comprit un peu tardivement et fit placer, en 1821, dans le musée Calvet, à Avignon, une table de marbre sur laquelle elle fit graver une inscription rappelant que Althen avait été l'introducteur et le premier cultivateur de garance dans le comtat d'Avignon. Toutefois, par une coïncidence fatale, sa fille mourut dans l'hôpital de cette ville le jour même où cette inscription fut inaugurée. Enfin dans ces dernières années on éleva à Althen une statue au milieu du rocher des Doms, en face du vieux palais des papes. Cette statue le représente tenant dans sa main gauche des racines de garance et indiquant de la droite le sol du Comtat comme le plus propice à la culture de cette plante.
Bertin, ministre et secrétaire d'Etat au département de l'agriculture sous Louis XV, poursuivit l'œuvre conçue par Colberl. Il fit venir des graines de garance du Levant, en 1767 et 1769, et les fit distribuer gratuitement. Ces importations secondèrent les louables intentions d' Althen, et celle que fit Dambourney, à la même époque, en Normandie, avec tant de dévouement et de persévérance.
Grâce aux efforts d'Althen, la culture de cette plante se répandit dans les communes de l'Isle, Cavaillon, Carpentras, Montueux, Entraigues dans le comtat d'Avignon, d'Arles et de Toulon dans la Provence, de Fourques et Clauson nette dans le Bas-Languedoc. Toutes ces nouvelles garancières furent établies et dirigées par les soins d'Althen. En 1772/ les garancières de Caumont avaient plus de
» vous affranchit de l'empire du besoin en vous apprenant à fertiliser les » champs les plus stériles, languit dans une triste servitude et gagne un pain » qu'elle humecte de ses larmes. Cependant dans sa douleur, à qui doit elle » adresser ses prières? Déjà, vingt fois, elle a fait parvenir une voix plaintive » jusqu'aux oreilles des grands et des princes, et tous l'ont oubliée ! » Les habitants du comtat Venaissin oublièrent aussi sa misère et ses soulï'rances!
PLANTE TINCTORIALE
Racine
10 hectares d'étendue. Enfin, à la même époque, la garance était cultivée dans le Poitou, le Maine, l'Anjou, la Touraine, la Picardie, etc.
La garance est aujourd'hui cultivée dans les départements du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, du Gard, de la Drôme, de l'Allier, du Puy-de-Dôme et du Bas-Rhin.
Les provinces où les garancières constituent un objet important de culture sont d'abord le Comtat et ensuite l'Alsace. En 1840, elles y occupaient 14,674 hectares, qui produisaient annuellement plus de 16,000,000 kilog. de racines ayant une valeur vénale de 10,000,000 fr.
En 18o5, la France a exporté 16,798,000 kilog. de garance.
C'est M. Chirat qui, en 1849, introduisit le premier la culture de la garance en Algérie.
Mode de végétation. — La garance a des racines vivaces, pivotantes, rameuses, articulées et rougeàtres et des tiges annuelles, quadrangulaires, rameuses, à articles noueux, couchées ou grimpantes. Les feuilles sont opposées, munies de stipules et forment un verticille ; elles sont, comme les tiges, munies de poils raides et crochus, et d'un vert obscur. Ses fleurs sont petites, axillaires ou terminales, et munies d'une corolle campantilée jaunâtre à cinq divisions. Ses fruits sont charnus et formés de deux baies accolées d'abord vertes, puis rougeàtres, enfin noires, qu'on sépare facilement quand elles sont complètement mures et sèches.
Cette plante commence à végéter quand la température moyenne, à la fin de l'hiver, a atteint -f- 10° à + l2°- Elle fleurit en juillet, forme ses fruits à la même époque et les mûrît en août. On arrache ses racines quand elle a dix-huit ou trente mois de végétation.
La garance croît en France, mais celle qu'on cultive dans
le Comtat, l'Alsace et la Hollande, est originaire de Smyrne.
Le climat n'a aucune influence sur le degré de coloration du principe tinctorial.
Composition. — La racine de garance présente trois parties distinctes :
1° Uépiderme, pellicule rougeâtre qui sert d'écorce;
2° La partie corticale, qui est rouge et située sous l'épiderme;
3° Le cœur, qui est ligneux, jaune et occupe le centre de la racine.
Pendant longtemps on a cru que la racine de la garance ne contenait que deux principes colorants :
1° La garancine ou matière rouge;
2° La xanthine ou matière jaune.
La garancine réside dans la partie corticale; elle contient, d'après MM. Robiquet et Colin, ïalizarine et la purpurine ou colorine. La xanthine est située dans le ligneux.
Suivant Runge, la garance renferme sept principes différents :
1° Le pourpre de garance ; 5° Le brun de garance ;
2" Le rouge de garance ; 6° L'acide garancique ;
3° L'orange de garance ; 7° L'acide rubiacique. 4° Le jaune de garance ;
MM. Gerber et Dollfus croient que l'alizarine, signalée pour la première fois par MM. Robiquet et Colin, est un mélange du pourpre et du rouge de garance du chimiste Runge.
Quoi qu'il en soit, l'alizarine et la purpurine sont les seules substances qui teignent les tissus de coton mordancés.
M. Decaisne pense que la garance ne renferme qu'un
LANTE TINCTORIALE
Rameau de Garance
seul principe colorant, qui est liquide et jaune, et qui devient rouge en absorbant une certaine quantité d'oxygène. Cette opinion est aussi celle qu'ont admise MM. Gerber, Dolll'us et Schwartz.
D'après M. Decaisne, la matière colorante se produit dans la partie cellulaire de la racine.
Nonobstant, voici, d'après Jobn, les matières que contient la racine de cette plante :
Matière colorante 20,00
— extractive 5,00
— grasse 1,00
Résine rouge 3,00
Gomme et fibre 43,50
Matières salines 19,50
Eau 8,00
M Koecblin a constaté que les racines de garance récoltées en Alsace, étaient composées comme il suit . A. Racines fraîches :
Parties charnues 00,36 = t
\ ma
eau 73,42
matières sèches . . . 16,94
ni., \ eau 4,96
Parties ligneuses 9, (h = l . ., . fta
) matières sèches ... 4,68
B. Racines sèches :
Xanthine soîuble dans l'eau froide 55,00
Garancine soluble dans l'eau bouillante. . . . 3,00
Xanthine et garancine solubles dans l'alcool. . . 1,50
Ligneux 38,00
Perte 2,50
D'après cette analyse, la racine de garance contiendrait à
l'état normal 0,78 p. 100 d'eau. Bastet a constaté que les racines du Comtat en contiennent 0,74 à dix-huit mois et 0,72 à dix-huit mois. Enfin, M. Payen a reconnu que ces racines renfermaient:
A l'état humide 1,24 p. 100 d'azote.
A l'état sec 1 ,33 —
Et que les tiges, qui contiennent à l'état normal 18,4 p. 100 d'eau, dosaient :
A l'état vert 0,66 p. 100 d'azote.
A l'état sec 0,81 —
Terrain. — A. Nature. — La garance demande des terres douces, substantielles, profondes, perméables et fraîches. Elle réussit mal sur les sols compactes, à sous-sols imperméables et dans les terrains secs.
Dans le comtat d'Avignon, on la cultive de préférence dans les palus. On désigne sous ce nom d'anciens marais qui ont été comblés par les alluvions de la rivière appelée la Sorgue. Les terres de cette contrée les plus propres à la garance sont situées à une faible distance du Trenten, sur les confins des communes du Thor, Montueux, Saint-Saturnin et Perne. Ces terrains sont noirâtres lorsqu'ils sont humides, et grisâtres quand ils sont secs. Ils ne renferment pas de pierres et ils reposent sur des sous-sols presque crayeux et toujours frais.
On cultive aussi la garance sur les sols paludiens (on donne ce nom aux alluvions limoneuses du Rhône), dans les terres calcaires situées aux environs de la fontaine de Vaucluse et aux portes d'Avignon, et sur les terres légères, sablonneuses et accidentées, situées entre Carpentras et le Mon t-Ven toux.
Les terres qu'on consacre à la garance dans les environs de Hagueneau, Bischeviller et Reichshoffen (Bas-Rhin), et de Sainte-Marie (Allier), sont aussi sablonneuses.
En général, les terrains les plus favorables à la garance sont ceux qui renferment une notable quantité d'argile et surtout de carbonate de chaux. Ainsi Bastet a constaté que les meilleures terres du département du Vaucluse, contenaient en moyenne :
T. d'Orange. T. de Causens. T. de Courthezon.
Calcaire 41,00 47,00 38,00
Argile 18,00 28,00 35,00
Sable 35,50 20,00 21,50
Humus 5,50 5,00 5,50
Ces trois analyses donnent les moyennes suivantes :
Carbonate de chaux 42,00
Argile 27,00
Sable 25,07
Matières organiques 5,33
Les terres si fertiles de l'isle, contiennent 47 p. 100 de parties calcaires et celles de Mallemont en renferment 37.
D'après des analyses faites par M. Koechlin, les cendres de racines de garance récoltées en Alsace, contiennent jusqu'à 34,92 p. 100 de parties calcaires. Les cendres de garance récoltées en Zélande, ne renferment, suivant M. May, que 16,29 p. 100 de carbonate de chaux. Ces faits justifient l'importance du calcaire dans les terres consacrées a la culture de cette plante tinctoriale.
Enfin, M. Bastet a reconnu que les anciens palus produisent des racines rouges, les palus nouvellement cultivés et les alluvions nouvelles des racines d'un très-beau
rosé. Il n'en est pas de même des alluvions aneiennes du Rhône, des terres très-argileuses, des sols très-calcaires et des terrains quartzeux; tous ces terrains ne produisent que des racines d'un rosé ordinaire.
En général, les terres vierges, celles fertiles, profondes, fraîches, douces qui n'ont point encore produit de la garance, fournissent des racines de très-helle qualité. Ce fait explique pourquoi les racines de garance obtenues dans la vallée de la Limagne et en Algérie, sont remarquables par la richesse de leur principe colorant rouge.
Si le terrain influe par sa nature sur la richesse tinctoriale des racines, il exerce aussi une action très-remarquable surleurdéveloppement par ses propriétés physiques. Ainsi, les terres qui conservent le plus de fraîcheur pendant l'été sont celles qui fournissent les plus belles racines. Voici les faits que M. de Gasparin a observés :
„ . Faculté de rétention . .
Terrains. , „ Pouvoir productif,
de Veau.
Paludiens du Thor 56,48 77
Alluvions d'Orange 51,30 68
Paludien d'Orange. 48,36 60
Marneux de Tarascon 43,60 57
Bolbenes 32,60 42
Ces chiffres expliquent pourquoi on cultive toujours la garance dans les vallées recouvertes par des alluvions ayant une épaisseur de 0m,60 à i mètre.
B. Fertilité. — La garance est une plante très-épuisante. Aussi doit-on la cultiver sur des terres riches et abondamment fumées.
Lorsqu'elle végète sur des sols de fertilité ordinaire, elle produit peu et les racines qu'elle fournit sont grêles, effilées et leur épidémie est très-épais.
En général, les bonnes terres à garance ne contiennent
normalement jamais moins de 4 à 5 p. 100 d'humus ou de matières organiques.
Valeur des terres à garance. — Les terres propres à la garance se vendent et se louent un prix trèsélevé. Quand elles sont de première qualité, leur valeur vénale varie entre 5,000 et 8,000 fr. l'hectare et leur valeur locative entre 220 et 360 fr. Les terres ordinaires se louent 150 à 200 fr. ; la valeur locative des terres de qualité inférieure dépasse rarement 120 fr. et elle descend quelquefois à 85 fr.
Préparation du sol. — La préparation des terres qu'on consacre à la culture de la garance comprend deux opérations distinctes : 1° les travaux de défoncement; 2° les opérations qui ont pour but unique rameublissement du sol arable et sa disposition en planches.
A. Défoncement. — La terre sur laquelle on veut établir pour la première fois une garancière doit être défoncée de 0"\65 à 1 mètre de profondeur suivant la nature du soussol et la durée d'existence de la garance. Ce travail est indispensable; il permet aux racines de mieux se développer en longueur et en grosseur.
En France, on exécute ce défoncement à bras et en automne au moyen du louchet ou de la bêche. En Hollande, des ouvriers munis aussi chacun d'une bêche suivent la charrue et ils défoncent le sous-sol de manière que la partie divisée ou ameublie ait au moins 0m,50 de profondeur.
Le défoncement exécuté entièrement par des ouvriers ne laisse rien à désirer s'il est pratiqué par un beau temps et avant les fortes gelées, mais il est très-coûteux.
On compte qu'il faut pour défoncer un hectare à 0n,,75 de profondeur quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-dix journées d'ouvriers lorsque la terre est de consistance moyenne, et
de cent trente à cent quarante journées lorsqu'elle est argileuse ou compacte.
Ainsi> dans le premier cas un ouvrier défonce par jour de 411 à 117 mètres carrés et dans le second de 71 à 76 mètres.
M. de Gasparin dit qu'un défoncement pratiqué à 0m,50 de profondeur dans une terre de consistance moyenne, exige quarante-quatre journées de huit heures de travail. Ce résultat ne concorde pas avec les faits pratiques. Il est difficile, en effet, d'admettre qu'un ouvrier puisse en un jour défoncer 227 mètres carrés, et remuer et ameublir 113 mètres cubes de terre.
B. Ameiblissement ordinaire. — Lorsqu'il est question de préparer des terres qui ont déjà porté de la garance, on les laboure avant les gelées avec une charrue ou à l'aide de la bêche ou du louchet.
Lorsqu'on opère dans le Comtat avec une charrue, on emploie d'abord la charrue dite coutrier. Cet instrument, ordinairement traîné par quatre ou six chevaux ou mules, ameublit la couche arable de 0m,16 à 0"',25 de profondeur. Au mois de février, quand le fumier a été conduit et répandu, on exécute un second labour avec une charrue sans versoir et traînée par deux chevaux. Ce labour est perpendiculaire au précédent. Enfin on complète la préparation du sol en exécutant quelques jours avant l'époque des semailles, un labour à l'aide d'une charrue à un cheval.
Les terres que l'on a défoncées à bras avant l'hiver ne reçoivent au printemps que les deuxième et troisième labours précités.
La préparation faite à l'aide du loucbet est supérieure à la préparation exécutée avec une charrue, mais elle occasionne des dépenses plus considérables.
(i .A K AN CE.
Dans la plupart des cas, le dernier labour est suivi par un ou plusieurs hersages et roulages.
On compte qu'il faut par hectare pour exécuter :
Le premier labour, 3 journées d'attelage à î à (î chevaux. Le second — 1 — 1/2 — à 2 —
Le troisième — I — 1/2 — à 1 cheval.
C. Largeur des planches et des sentiers. — Au dernier labour on dispose toujours le sol en planches séparées les unes des autres par des sentiers dont la largeur varie suivant les contrées.
Dans le département du Vaucluse, la largeur des planches varie de i mètre à lm,6a et celle des sentiers de 0m,30 à 0V0.
En Alsace, les planches ont de 6 à 8 mètres de largeur et 10 mètres de longueur; la largeur des sentiers est de 0m,60 à 0m,70.
En Hollande, la largeur des planches est de 1 mètre et celle des sentiers de 0m,50 à 0n ,00.
D. Direction des planches et des sentiers. — La direction des planches et des sentiers varie aussi suivant les localités.
Dans le Comtat, le sol est disposé de manière que les plantes et les sentiers soient parallèles à la longueur du champ (fig. 17).
Fig. i
Culture du Comtat.
Voici comment on dispose ordinairement les garancières en Alsace (fig. 18).
Senti
Fig. 18. — Culture alsacienne.
En Hollande, on dispose le sol tel que l'indique la fig. 19, p. 225.
Les lignes maigres des trois figures précédentes indiquent la direction des rayons dans lesquels on opère les semis ou la plantation des racines.
Quantité d'engrais nécessaire. — La garance est une plante «jui consomme beaucoup d'engrais. Si elle est
Fig. 19. — Culture hollandaise.
productive à Montueux (Vaueluse), c'est qu'elle y est bien cultivée et qu'elle y végète sur des terres fertilisées avec des engrais abondants.
M. de Gasparin admet comme principe qu'il faut appliquer 3,000 kilog. de fumier pour ebaque 100 kilog. de racines desséchées qu'on espère récolter. Ainsi, une terre qui produirait 3,000 kilog. par hectare devrait être fumée à raison de 90,000 kilog. de fumier et celles sur lesquelles on récolte 5,000 kilog. de racines, exigeraient une fumure de 150,000 kilog.
Applique-t-on en pratique des quantité de fumier aussi considérables? Je ne l'ai jamais ouï dire ni dans le Comtat, ni dans l'Alsace, ni dans la Li magne. Ainsi, au Trenten (Vaueluse), on fume les terres à raison de trente-six charretées à trois chevaux ou 150 mètres cubes pesant environ 100,000 kilog. Cette fumure est considérable. M. Favier, ta Orange, ne répand par hectare que 51 mètres cubes ou 36,000 kilog. En Alsace, les fumures varient entre 60,000 et 75,000 kilog.
J'ai dit, dans le volume des Matières fertilisantes,