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22o PLANTES INDUSTRIELLES.

page 497, que 2,000 kilog. de fumier permettaient à la garance de donner 100 kilog. de racines sèches. D'après cette donnée, une terre pouvant produire 5,000 kilog. de racines doit être fumée avec 100,000 kilog. de fumier; celle qui ne peut en fournir que 3,000 kilog. exige l'emploi de 60,000 kilog. Les bonnes terres du Trenten, le centre de la culture de la garance, produisent par hectare 5,000 kilog. de racines sèches et celles situées dans le rayon de Haguenau (Bas- Rhin), n'en fournissent, en moyenne, que 3,000 kilog.

On dit ordinairement qu'on applique dans le Comtat, de 500 à 800 fr. par hectare. Le fumier est cher dans cette province. Rendu sur place, il revient au minimum à 12 fr. les 1,000 kilog. Il suit de là qu'une fumure de 50,000 à 60,000 kilog. occasionne une dépense de 600 à 720 fr. Appliqué à la dose de 150,000 kilog., le fumier nécessiterait une avance de 1,800 francs.

Lorsque les cultivateurs du Trenten n'ont pas la quantité de fumier nécessaire pour fumer les terres qu'ils consacrent à la garance à raison de 100.000 kilog., ils n'appliquent par hectare que 50,000 ou 75,000 kilog. de fumier et répandent, quelques jours avant la semaille, 1,900 ou 950 kilog. de trouille ou tourteau.

On remplace quelquefois par nécessité, le fumier par des boues de ville, qui sont loin de valoir cet engrais.

Les terres sur lesquelles on propage la garance par racine, exigent beaucoup moins d'engrais, puisque l'arrachage se fait k la fin de la deuxième anné e.

Ainsi, une terre qui produit 5,000 de racines et sur laquelle on plante 2,000 kilog. de poureltes ou de provins, doit être fumée à raison seulement de 60,000 kilog. de fumier, puisqu'elle ne doit fournir que 3,000 kilog. de racines.

Hoclede propagation. — La garance se propage par graines et par racines.

A. REPRODUCTION PAR GRAINES. — 1° Époque des semis. —

Les semis se font dans le midi comme dans le nord de la France, depuis le 1 r mars jusqu'au 1" mai. Lorsqu'on ne craint plus de gelées blanches, et que la température moyenne a atteint -f- 8 à -f- 1°°-

En général, il faut semer la garance aussitôt que la température le permet, afin de profiter de la fraîcheur de la couche arable.

On sème très rarement en automne, parce que les jeunes plantes sont souvent détruites par les gelées pendant l'hiver.

2° semis en pinec — Les semis en place ne se font plus à la volée. On les pratique en lignes plus ou moins éloignées les unes des autres, suivant le mode de culture qu'on adopte.

3" Quantité de gmines. — La quantité de graines qu'on répand par hectare s'accroît d'année en année. Voici les quantités que l'on a indiquées depuis 1772 :

I772 Altnen 28 à 36 kilog.

1794 Rozier 2 —

1810 Yvart 20 à 30 —

1825 De Gasparin 85 —

1835 Bastet 88 à 99 -

1838 I.eclerc-Thouin ;44 —

1848 De Gasparin 120 —

1852 Chambaud 138 —

1855 Favier 180 —

Quelle est la cause de cet accroissement ? 11 est probable qu'il faut l'attribuer à la qualité imparfaite des semences. Celles-ci, en effet, germent, de nos jours, 'moins facilement qu'il y a un demi-siècle. Aussi est-on porté à admettre que la garance qu'on cultive dans le Go m ta t, n'a plus les qua-

lités qui la distinguaient à l'époque où elle fut introduite en France par Althen.

4° Caractères des bonnes graines. — Les graines de garance de bonne qualité, celles qui ont bien mûri, sont noires et elles développent une odeur suave semblable à celle de la figue sèche ou de la cassonnade rousse.

Un doit rejeter les semences qui n'ont plus leur pédicule et qui offrent un périsperme brunâtre ou brun, parce qu'elles ont fermente et qu'elles germent toujours très-difficilement.

Les graines de deux années qui ont été convenablement conservées, germent bien.

5° Préparation des semences. — Althen a propose. CU

1772, de faire subir aux semences une préparation, afin qu'elles germent promptement, qu'elles donnent naissance à des plantes plus vigoureuses et munies de racines ayant une couleur plus vive.

Je ne rapporterai pas cette préparation, parce que je ne crois pas qu'elle puisse empêcher la garance de s'abâtardir et qu'elle s'oppose à la diminution graduelle de la matière colorante observée en 18S6, par M. de Gasparin, dans les contrées où cette plante est le plus anciennement cultivée.

On rend la germination des graines plus prompte, en les Gratifiant pendant deux ou trois semaines dans du sable frais ou en les faisant tremper dans l'eau pendant douze ou vingt-quatre heures avant le moment de les confier à la terre.

Quand on met en pratique l'un ou l'autre de ces deux moyens, il faut avoir le soin de bien enterrer les graines afin que leurs germes ne se dessèchent pas.

6° Mode d exécution. — L'ouvrier chargé d'exécuter les semis de garance, trace sur une planche, au moyen du

cordeau et d'un rayonneur à main, une raie ou rigole profonde de 0m,04 à 0,n,06. La femme ou Tentant qui l'accompagne, y répand les graines en ayant soin qu'il existe un intervalle entre chacune d'elles, de 0n\03 à 0m,05.

Lorsque l'ouvrier a ouvert la première raie, il en trace une seconde et emploie la terre qui en provient pour couvrir les graines déposées dans le premier rayon.

Quelquefois, l'ouvrier se borne à ouvrir les raies et, lorsque celles-ci sont ensemencées, on y enterre les graines par un hersage.

Nonobstant, les semences doivent être couvertes d'une couche de terre épaisse en moyenne de 0m,05.

8° Espacement des lignes. — La distance qui sépare les rayons varie entre 0m,22 et 0ra,65.

En général, les rayons qu'on trace sur les terrains disposés en planches ayant lm,32 à lm,65 de largeur, sont espacés les uns des autres de 0m,25 à 0m,35.

Lorsque la garance est cultivée en billons, on espace les lignes de 0"',50 à 0m,65.

9° Germination des graines. — Les semences de garance germent ordinairement entre le quinzième et le vingtième jour qui suivent l'époque où le semis a été pratiqué.

10° Dépenses occasionnées par les semis — Dans le GOUl-

tat, un homme et une femme ensemencent un hectare de garance en huit jours. Or, huit journées d'homme à 2 fr. et huit journées de femme à 1 fr. occasionnent une dépense de 24 fr. Dans le Puy-de-Dôme, cette opération coûte 21 fr., soit douze journées d'homme à 1 fr. 25 et douze journées de femme à 50 c.

Il Circonstances où les semis en place ne sont pas avantageux.—En général, les semis ne donnent pas des résultats très-favorables quand on les exécute sur des terres fortes

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et argileuses et sur les terres sujettes à être desséchées au

printemps par les hàles et les sécheresses des mois de mars, aMàl et mai. Aujourd'hui, ou semé la garance moins fréquemment qu'autrefois dans les palus sur lesquels le

vent mistral exerce une si fâcheuse influence a la fin de l'hiver ou pendant les premiers jours du printemps.

B. Reproduction par racines. — On multiplie la garance par racines de trois manières : 1° a l'aide de racines provenant de pépinières, auxquelles on donne quelquefois le nom de pourettes: -2° de boutures enracinées appelées provins; 3° de tronçons de racines.

1° semis en pépinière. — On semé la graine de garance en pépinière lorsqu'on doit planter de nouvelles garancières avec des plants de six a huit mois seulement.

Cette manière de cultiver la garance est très-bonne, elle est très en usage en Alsace. Voici les avantages qu'elle présente : les garancières établies au moyen de racines ont moins de durée et elles exigent moins d'engrais; en outre, elles n'ont pas à solder une valeur locative aussi considérable que lorsqu'elles occupent le sol pendant trois années. Aussi doit-on recommander ce procédé de culture aux agriculteurs qui cultivent la garance sur des terres sablonneuses, légères et très-perméables.

J'observerai, toutefois, que ce moyen ne doit toujours être pratiqué sur la même exploitation, parce qu'il est moins favorable que le semis a la régénération de la ga rance. L'expérience a prouvé en Alsace, qu'il est utile de temps à autre de renoncer a ce mode de propagation pour adopter la multiplication par graines.

Les semis en pépinière sont toujours exécute:? a la volée, sur des planches de lm,50 a 3 mètres de largeur et a^vec 300 kilog. de graines a l'hectare.

Il faut éviter de disposer le sol eu planches très-larges, parce <|iie celles-ci rendent toujours L'exécution des sarclages pins difficile et plus coûteuse.

2° Bouture» de racines — La propagation de la garance par boutures de racines est pratiquée en Hollande et aussi dans quelques communes de l'Alsace, contrées où la graine de cette plante tinctoriale mûrit très-difficilement.

Ces boutures, qui ne sont que des tronçons de racines pourvus d'un bouton ou bourgeon, se récoltent en automne à l'époque à laquelle on arrache les garancières.

On les conserve fraîches jusqu'au printemps en les stratifiant dans du sable déposé dans une cave où un cellier.

3° Boutures enracinées ou provins. — Pour obtenir CCS

boutures, on plante au printemps, dans une terre fertile et bien préparée, des tronçons de racines rouges de 0m,08 de longueur. A l'automne suivant, alors qu'elles ont développé des racines, on les arrache de cette pépinière pour les planter à demeure.

4° Plantation des racines. — A. Epoque. — La mise en

place des pouretles, provins ou boutures se fait en automne. On peut aussi l'exécuter au printemps, mais le mois de novembre est l'époque la plus favorable parce qu'elle s'allie mieux avec la végétation de la garance. Toutefois, on doit éviter, quand on opère pendant cette saison, que les racines restent exposées, après leur arrachage, à l'action des gelées.

B. Exécution. — On arrache d'abord les pourettes et les provins avec un louchet ou à l'aide d'une bêche, on les met en bottes ou en paquets et on les transporte ensuite à destination.

Le champ sur lequel on doit établir une garancière à

L'aide de racines, doit avoir été préalablement labouré, fumé; disposé en planches rayonnées.

Les rayons sont pins grands que les raies destinées à recevoir des graines. Ordinairement on leur donne 0ra,1° à 0m/15 de profondeur et de largeur.

Lorsque les rayons sont tracés ou à mesure qu'on les exécute, des ouvriers, aidés par des enfants, y plantent les racines à plat ou verticalement.

En Alsace, on exécute la mise en place des plants à l'aide d'un couteau courbé à angle droit en forme de plantoir. La lame de cet outil a 0m,16 de longueur et 0m,08 de largeur. En outre, on humecte quelquefois les racines en les trempant dans un baquet rempli d'eau avant de les enterrer. Cette opération assure leur reprise si la plantation a lieu au printemps par un temps sec. Enfin, parfois les ouvriers placent les plants contre l'un des bords des rayons qui sont inclinés à 45°, les couvrent de terre et les consolident avec leurs pieds.

Les pourettes, les provins et les boutures sont plantés dans les rayons à 0m,lo ou 0m,16 de distance les uns des autres.

C. Quantité de racines nécessaire par hectare. — La plantation d'une garanciére ayant un hectare d'étendue exige de 3,500 à 4,500 kilog. de racines fraîches suivant l'espace qui sépare les rayons. C'est bien à tort que l'on a dit qu'il fallait en planter 1,800 à 2,400 kilog.

En général, on compte qu'il faut 200,000 plants ou boutures par hectare.

D. Valeur des plants. — Les racines fraîches étètées et pouvant fournir des boutures se vendent en moyenne de 8 a 12 Ir. les 100 kilog.

E. Dépenses occasionnées par la plantation. — Un compte

<|ue la plantation d'un hectare de garance re\ient à 70 fr. et qu'elle exige quarante journées d'homme et vingt journées d'enfant.

Soiat* d'entretien. — Les opérations qu'on donne aux garancières sont assez nombreuses et elles varient suivant l'âge de la garance.

1° Première année. — A. Roulage. — Lorsque la terre après les semis s'est prise en croule, sous l'influence simultanée des pluies et de la chaleur ou des hâles, on la roule à l'aide d'un rouleau armé de pointes en fer. Cette opération esl faite dans le but de détruire la dureté que présente la terre superficiellement et faciliter la sortie des cotylédons.

Ce rouleau, qu'on appelle barlaïe à Avignon, a quatrevingt-seize dents espacées les unes des autres de 0-r,,04 et longues de 0n,,07. Il pèse 5 kilog. 300 et a 0m,47 de longueur. Le cylindre sur lequel les dents ont été fixées a 0m,08 de diamètre. J'ai acheté ce rouleau 15 fr.

Un homme roule avec cet instrument 50 ares par jour.

On repète quelquefois son emploi une ou deux fois sur le même terrain.

On peut remplacer cette opération par un râteldge.

B. Epierrage. — Lorsque les terres consacrées à la garance sont caillouteuses, on lesépierre après le semis, afin de pouvoir mieux exécuter, à l'automne suivant, la fauchaison des liges.

C. Sarclage ou binage. — Lorsque la garance est sortie de terre, on la sarcle à la main ou on lui donne un binage. Ces deux opérations ont pour but la destruction des mauvaises herbes.

Le sarclage est pratiqué par des femmes qui se tiennent

à genoux clans les sentiers. On opère le binage avec une houe à lame triangulaire et pointue.

On répète le sarclage pendant l'été une ou deux fois.

Chaque sarclage exige l'emploi de vingt à vingt-cinq journées de femme par hectare, suivant le nombre de plantes nuisibles qu'elles doivent arracher.

La garance doit toujours végéter sur un sol exempt pour ainsi dire de mauvaises herbes.

I). Remplissage des places où les plarlts n'ont pas réussi. — Lorsqu'on aperçoit vers la fin d'avril, qu'il existe des lacunes dans les garancières plantées, on doit s'empresser de les garnir de boutures si on manque de pourettes ou de provins. En agissant ainsi, on a la certitude que les lignes seront productives sur tous les points de leur étendue.

E. Rechaussage. — Après chaque sarclage on exécute une opération que l'on désigne sous les noms de recouvrir, éborgner.

Ce rechaussage a pour but : I" de combler les trous ou les vides causés par l'enlèvement des mauvaises herbes; 2° d'élever le niveau du sol qui s'est tassé sous l'action des pluies et qui a mis à nu le collet des plantes; 3° de couvrir de terre les pousses qui se développent au collet des garances pendant le mois de juillet.

Le premier rechaussage doit être exécuté quand les tiges de garance ont de 0m,08 à om,10 de hauteur.

Avant de pratiquer cette opération, on ameublit à la houe la terre des sentiers qui séparent les planches. M. Ooubet, à Saint-Saturnin (Vaucluse), a inventé un petit scarificateur de forme particulière et qui est destiné à remplacer dans cette opération d'ameublissement le travail de l'homme.

Lorsque la terre a été bien pulvérisée et émieltée, des

ouvriers munis de pelles en fer ou de louchets, couvrent chaque planche de 0m.01 à 0",02 de terre. Cette opération doit être confiée à des ouvriers adroits et intelligents, afin que les plantes ne soient pas couvertes de terre.

Ce reehaussage exige par hectare 4 journées d'homme : 2 pour ameublir les sentiers et 2 pour projeter la terre.

F. Arrosement. — La garance se trouve bien d'être arrosée lorsqu'elle végète sur des terres très-fortes ou légères.

Quand les arrosages sont possibles on les pratique par infiltration. A cet etfet. on utilise les sentiers que l'on a creusés pour pratiquer le reehaussage.

On doit les répéter tous les quinze jours pendant l'été, si les circonstances le permettent.

G. Buttage. — En novembre et avant l'apparition des gelées, on charge toutes les planches de la garaneière de 0m.05 à 0m,08 de terre suivant la nature de la couche arable. Les terres légères doivent être plus chargées de terre que les sols argileux ou compactes.

La terre avec laquelle on opère ce chargement est prise avec le ticket ou la bêche, le trengo ou la houe à lame dans les sentiers qui séparent les planches.

Dans le Vaucluse, on paye aux ouvriers qui exécutent ce buttage de 20 à 25 fr. par hectare, parce qu'il exige dix à douze journées d'homme.

Quand cette opération est terminée, les planches présentent le profil suivant :

Fig. 20. — Planches de l,u,50 de largeur.

Fig. 21. — Billun; de 0'",(i5 de largeur

H. But du buttage. — Le buttage n'a pas pour but de garantir la garance des gelées, car cette plante ne craint pas le froid. On l'exécute comme Ta démontré M. Decaisne, pour augmenter la masse végétale chargée de matière colorante. Ainsi la chromule ou matière colorante verte des parties herbacées se change facilement en xanthine ou en principe colorant jaune lorsqu'on la soustrait au contact de la lumière. C'est en s'oxygénant que la chromule passe à la couleur jaune qui, elle-même,, se change en principe tinctorial rouge.

2° Deuxième année. A. Râtelage. — À la tin de l'hiver de la seconde année, on exécute sur toute la garancière une sorte de hersage avec un râteau à dents de fer. Cette opération a pour but : 1D de détruire ou pulvériser les mottes qui existent sur les planches; 2° d'aplanir la surface du sol; 3° de détruire la croûte ou les mauvaises herbes que présente la couche arable.

B. Labour à la houe fourchue. — Dans quelques localités où les terres sont argileuses et compactes, on les laboure quelquefois avec la houe fourchue. Cette excellente opération ne peut être pratiquée que lorsque les garancières ont une faible étendue, soit 50 ares ou 1 hectare, car elle occasionne des dépenses assez considérables.

C. Sarclage ou binage. — Un mois environ après le râtelage, ou exécute uu sarclage ou un binage. On renouvelle le sarclage chaque fois que cela est nécessaire.

D. Rechaussage. — On répète aussi pendant la seconde année l'opération dite rechaussage voir page 234).

E. Arrosemenls. — Les garancières qu'on peut arroser doivent l'être encore tons les quinze jours, si la quantité d'eau dont on dispose, le permet.

F. Fauchage des tiges. — En septembre de la seconda

année, on fauche les tiges avec soin. Ces parties herbacées peuvent être données aux bêtes a cornes comme fourrage (voir page 239).

G. Buttage. — En novembre on butte de nouveau la garance. Alors, on creuse encore les intervalles des planches et on couvre celles-ci de 0"\05 à 0r,,06 de terre. Il est inutile, pendant ce travail, de diviser les mottes que le louche t dépose sur la couche arable, car elles se déliteront d'ellesmêmes à la tin de l'hiver, sous l'influence des gels et des dégels.

3° Troisième année. — A. Bâtelage. — Vers la fin de févrierou au commencement de mars, on exécute de nouveau un râtelage.

Quand les terres sont argileuses et qu'elles présentent, à la fin de l'hiver, des mottes dures ayant résisté à l'action des gelées, on pratique un hersage avec un ou deux chevaux ou mulets.

Lorsque cette opération est terminée, on exécute un râtelage dans le but unique d'unir la superficie de la terre.

B. Sarclage. — Au fur et à mesure que les mauvaises herbes apparaissent et se développent, on les extirpe avec la main.

C. Arrosements. — Pendant la troisième année, on arrose encore, si cela est possible.

D. Récolte des graines. — Le plus généralement, c'est pendant la troisième année qu'on s'occupe de la récolte des graines. Cette opération se fait, dans le Comtal, en août et en feptembre, lorsque les fruits ont pris une teinte violet noir.

On l'exécute aussi quelquefois dès la seconde année.

Voici comment on opère cette récolte :

1° Enlèvement des sommités des tiges. — Des femmes mu-

nies de serpettes et de paniers, coupent les sommités des tiges qui portent des graines mûres, et quand les paniers sont pleins, elles les vident sur un drap ou une hache qui sert à les transporter à la ferme.

Alors, on les dépose sur une aire où elles restent exposées à l'action du soleil. On les retourne de temps à autre. Quand elles sont sèches, on les bat au moyen de baguettes pour en détacher les graines.

2° Fauchage ou faucillage des tiges. — Des hommes coupent les tiges de garance au-dessous des basses grappes, avec une faux à lame bien tranchante , afin qu'elle n'occasionne pas la chute d un certain nombre de graines. Les femmes qui exécutent cette récolte, sont munies de faucilles et les coupent dans le sens de la verse ou de l'inclinaison des tiges. Celles-ci sont ensuite déposées en tas sur les planches ou les billons et transportées à la ferme où on les étend sur une aire.

On doit agir de préférence le matin à la rosée, afin de perdre le moins possible de graines.

Lorsque le soleil a séché les tiges, on les bat avec une fourche.

3e Récolte faite avec la main. — Enfin, on peut récolter les semences graine à graine avec la main. Cette méthode, recommandée par Allhen, est longue et coûteuse, mais elle est la seule qui permette de récolter des graines bien mures et d'excellente qualité.

En général , la récolte des graines de garance ne peut être faite avantageusement que dans les départements méridionaux. C'est en soutenant les tiges de garance avec des échalas , ou en plantant cette plante le long des haies . qu'on parvient à récolter des graines au point précis de maturité.

GABANCE. 239

Les graines sont d'abord vertes , puis rougeàtres et ensuite noires. Cette dernière coloration est le signe d'une maturité complète.

Les pluies abondantes font souvent couler les fleurs de garance, et elles nuisent à la maturation des semences.

° Nettoyage et conservation des graines. — Quand les graines ont été détachées des tiges, on les nettoie au van ou au tarare, et on les expose ensuite sur un drap, au soleil, en couclie peu épaisse. Dès qu'elles sont sèches, c'està-dire quand elles ne teignent plus les doigts lorsqu'on les presse dans la main, on les dépose en tas dans un local sec. On doit les remuer souvent, pour qu'elles ne s'échauffent pas et ne contractent pas une odeur de moisi.

E. Quantité de graines que fournit un hectare. — Un bec tare de garance produit ordinairement 300 kilogr. de graines. On récoite rarement dans les bonnes années au delà de 400 kilogr. sur la même étendue.

F. Poids de V hectolitre. — Un hectolitre de graine de garance pèse de 30 à 32 kilogr.

Faueliage des tiges eoiimie fourrage. — Les tiges de garance constituent une bonne nourriture. Les bêtes à cornes les mangent avec beaucoup d'avidité, soit vertes, soit sèches.

On les fauche en août et septembre , lorsque les baies sont encore peu développées.

Cette opération exige deux faucheurs. Le premier ouvrier dirige sa faux de manière qu'elle coupe les tiges à 0m,12 ou à 0m,43 au-dessus du sol, c'est-à-dire au-dessus du point où elles passent, pour ainsi dire , à l'éiat ligneux. Le second coupi la partie laissée par le premier faucheur. Ce second fauchage est connu sous le nom de raclage, parce que la faux coupe les tiges aussi près de terre que possible.

Le fauchage d'un hectare ainsi pratiqué exige huil journées d'homme.

Agents atmosphériques nuisibles. — La garance redoute les sécheresses prolongées.

Insectes nuisibles. — Les chenilles du sphinx de la garance JSphinx gallii) s'attaquent quelquefois aux jeunes plantes et en détruisent un certain nombre. Aussi doit-on surveiller leur apparition à L'époque du sarclage qui suit la germination et les détruire par tous les moyens possibles.

Les chenilles de ce lépidoptère sont olive, avec une raie sur le dos et des taches latérales couleur de soufre. Les pattes de devant sont noires. Elles entrent en terre en automne, passent l'hiver sous cette forme, et deviennent insectes parfaits l'été suivant.

Plante parasite. — La garance est attaquée pendant sa végétation par un rhizoctone que l'on a appelé fàrum dans le Comtat , et auquel les botanistes ont donné le nom de Rhizoctoma rimje, D. C.Ce champignon présente des caractères identiques à ceux qui caractérisent le rhizoctone du safran (voir p. 4 58).

On reconnaît que la garance est atteinte par ce parasite redoutable et très-envahissant , au dessèchement et à la décoloration de ses feuilles et de ses tiges.

Les mesures à prendre pour arrêter ses ravages consistent à entourer les parties dans lesquelles il se développe, par un fossé profond, à arracher la garance et brûler ses racines.

Arrachage. A. Epoque. — L'arrachage de la garance se fait ordinairement depuis la fin d'août ou le commencement de septembre jusqu'à la fin de novembre.

Dans certaines années, alors que la valeur commerciale

des racines est très-élevée, on commence l'arrachage vers la fin de juillet. Par contre, cette opération se prolonge quelquefois jusqu'en décembre et janvier.

En général, on arrache plus tôt dans le Midi qu'en Alsace et en Hollande, afin de profiter des derniers beaux jours de l'été pour sécher les racines.

On commet une faute quand on procède très-tard dans le Midi à l'arrachage ; non-seulement on a alors à craindre qu'il survienne des pluies qui détrempent la terre et rendent l'opération plus difficile, plus longue et plus dispendieuse, mais on a à redouter que la dessiccation des racines, qui se fait à l'air et non pas dans des sécheries comme cela a lieu en Alsace, soit contrariée par des pluies ou par des jours nébuleux.

B. Age de la garance. — Les agriculteurs du Comtat arrachent ordinairement la garance lorsqu'elle a trente mois, c'est-à-dire à la fin de sa troisième année d'existence. C'est par exception qu'on attend qu'elle ait quatre années de végétation pour extirper ses racines, et il faut qu'elle se vende un prix très-élevé pour qu'on l'arrache à la fin de sa deuxième année.

En Alsace, dans les provinces Rhénanes et en Hollande on arrache toujours la garance à dix-huit mois. Dans de telles contrées, on ne pourrait pas agir autrement et hasarder un produit qu'on est certain d'avoir à la seconde année de plantation.

On ne doit pas oublier que les agriculteurs du Midi multiplient le plus ordinairement la garance par graine, tandis que ceux du nord de l'Europe la propagent presque toujours à l'aide de boutures ou de provins.

Bastet a reconnu que les grosses racines contiennent une très-forte proportion de ligneux et que les petites fournisvu. 16

sent une très-grande quantité d'écorce. Les racines moyennes, celles de la grosseur d'un crayon, sont celles qui contiennent le plus d'aubier, et par conséquent le plus de matière colorante.

Enfin cet observateur a constaté que la garance à

Ligneux frais. Aubier frais.

10 mois contient 7,50 78,50

Ces résultats prouvent combien il est utile d'arracher la garance avant qu'elle ait trois années révolues de végétation.

Procédés d'arrachage. — L'arrachage de la garance se fait suivant trois procédés :

A. Arrachage a rras. — 1° Mode d'opération. — Les ouvriers chargés d'arracher la garance à bras, ouvrent une tranchée que l'on nomme quelquefois atelier. Cette fosse est tantôt parallèle, tantôt perpendiculaire à la direction des planches ou des billons. On lui donne ordinairement 4 mètre de largeur sur 0ra,50 ou 0m,65 ou 0m,80 de profondeur, selon le point auquel sont parvenues les racines.

Quand la tranchée est terminée, on enlève un peu de terre en dessus et en dessous de la tranche suivante que l'on fait ensuite tomber dans la rigole. En agissant ainsi la terre se divise aisément et un grand nombre de racines sont mises à nu. On enlève celles-ci avec les mains ou au moyen d'un crochet ou d'une houe à deux dents et on les dépose dans des paniers.

Lorsque les racines de cette première bande de terre ont été extraites, on relève la terre, de manière qu'elle comble la première fosse, et on attaque une troisième tranche.

Les ouvriers qui ameublissent la terre doivent marcher à reculons dans les rigoles. Ils se servent ou de houes à une pointe ou béchards, ou de bêches à branches qu'on nomme lichets, ou de houes fourchues qu'on appelle accrocs.

Lorsque le terrain est déclive et lorsqu'on divise les billons transversalement, on commence toujours l'opération par le bas du champ.

L'arrachage ta bras est plus long, mais il exige moins de bras que l'arrachage à la charrue. Il a, en outre, l'avantage d'être plus parfait puisqu'il permet de mieux extirper les racines et de les avoir moins divisées ou plus entières.

2° Nombre de journées. — Le nombre de journées nécessaires pour arracher un hectare de garance varie suivant la nature des terres.

• Les terres légères, en exigent de 120 à 140

Les sols compacts, — de V20 à 250

La sécheresse, en durcissant les terres argileuses, augmente le nombre de journées d'un cinquième ou d'un quart.

Il résulte de ces chiffres qu'un ouvrier arrache :

Dans le premier cas, un are de garance en 1 jour 1/2 Dans le deuxième, — — 2—1/2

Il faut que les terres soient très-compactes pour qu'un ouvrier emploie trois journées pour exécuter ce travail.

Enfin, ces résultats permettent de dire qu'un ouvrier, auquel on donne 3 fr. par jour, arrache par jour : 1° 70 mètres; 2" 40 mètres carrés environ.

3° Prix de revient. — Les déboursés qu'occasionne l'arrachage d'un hectare de garance dans la Comtat, s'élè-

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vent clans les terres légères, de 360 à 420 fr., et dans les terres compactes de 660 à 755 fr.

La Société d'agriculture du Vaucluse évalue les frais d'arrachage à 750 fr. par hectare.

En Alsace, où les racines sont moins nombreuses et moins pivotantes, où les terres sont plus siliceuses ou légères, cette opération revient de 175 à 200 fr.

B. Arrachage a la charrue. — 1° Mode d'exécution. — Cette opération exige une charrue spéciale. Celle que Ton emploie de préférence dans le département du Vaucluse, est connue sous le nom de charrue Bonnet, et se vend 240 à 265 fr. selon ses dimensions.

Cette charrue, d'une puissance considérable, pénètre jusqu'à 0m,80 de profondeur. On y attèle de huit à seize mules suivant sa force et la résistance de la couche arable.

La charrue doit autant que possible pénétrer d'un seul ravage à la profondeur à laquelle sont parvenues les racines. Lorsque cet instrument laboure moins profondément et revient dans la même raie pour compléter le travail qu'il doit exécuter, il est rare qu'il ne divise pas les racines en plusieurs parties.

La garance âgée de trente mois exige une charrue plus forte que la garance de dix-huit mois.

Chaque charrue est suivie par douze à seize hommes, armés de pelles en fer ou de râteaux , ayant pour mission d'ameublir la bande de terre qu'elle a renversée , et par vingt-quatre à trente-deux femmes, chargées de séparer les racines. Ainsi, 36 à 48 travailleurs sont nécessaires pour terminer le travail commencé par la charrue.

L'arrachage de la garance, ainsi exécuté, est plus économique que l'arrachage à bras, mais il a l'inconvénient de laisser des racines dans le sol, de les diviser en plu-

sieurs fragments et d'exiger un grand nombre de bras.

2° Etendue qu'une charrue arrache par jour. — Une charrue Bonnet, munie de trois roues et traînée par douze à seize animaux, arrache par jour de 50 à 60 ares de garance quand la terre est fraîche ou qu'elle a été préalablement détrempée par les pluies, et 25 à 30 ares seulement quand on opère pendant une sécheresse.

En général , il faut trois journées d'attelage pour arracher un hectare.

3° Dépenses par hectare. —L'arrachage à la charrue est plus économique que l'arrachage à bras. Voici les dépenses qu'il occasionne en moyenne par hectare :

48 journées

de mules à. . .

3 fr. » e.

144 fr.

de conducteurs à

d'hommes à. . .

Total. . . .

459 fr.

La différence qui existe en faveur de l'emploi de la charrue varie donc entre 100 et 200 fr.

D'après la Société d'agriculture de Vaucluse, l'arrachage d'un hectare de garance exécuté avec une charrue traînée par seize animaux revient à 562 fr.

C. Arrachage a l'aide de l'appareil Garcln. — On a proposé dans ces dernières années d'arracher la garance au moyen d'un appareil imaginé par M. Garcin. Cet appareil consiste en un cabestan mobile faisant mouvoir simultanément deux charrues qui cheminent en sens inverse , et mis en mouvement par un manège auquel on attèle de quatre à six chevaux.

Cet appareil exige l'emploi de dix hommes et de huit femmes, et il opère par jour l'arrachage de la garance sur

une étendue de seize ares. Ces résultats donnent pour un hectare : 25 journées de chevaux, 62 journées d'hommes et 50 journées de femmes, ou 305 fr.

Cet appareil se vend 1,200 fr. La Société d'agriculture de Vaucluse a reconnu, le 16 septembre 1855, après l'avoir expérimenté dans des terres de l'Isle, qu'il méritait d'être pris en sérieuse considération. MM. Chevalier et Léonard fils, agriculteurs à Althen-les-Paluds, se louent de l'avoir employé.

Comparaison économique des procédés d'extraction. — D'après les expériences faites par la Société d'Agriculture de Vaucluse, les frais d arrachage se résument ainsi qu'il suit, par 10 kilog. de racines séchées à Tair :

Arrachées à bras » fr. 15 c.

— à la charrue » 11

— au cabestan » 07

Ces résultats sont relatifs à une production moyenne de 2,500 kilog. de racines par hectare.

Opérations qui suivent l'arrachage. — Les racines, après avoir été arrachées, restent toute la journée en tas sur le sol pour qu'elles se ressuient.

Le soir on les rapporte à la ferme, pour procéder, le lendemain, à leur dessiccation. Quand on redoute delà pluie, on les dépose directement sous un hangar ou dans un bâtiment.

En Hollande, où les pluies détrempent souvent complètement les terres au moment où a lieu l'arrachage , on les soumet à un lavage avant de les conduire dans les sécheries. Cette opération s'exécute dans une grande auge ou dans une eau courante; elle a l'avantage de débarrasser les

racines des parties terreuses qui les enveloppent. On ne doit l'exécuter que lorsque les circonstances l'exigent, car l'expérience a mille fois démontré que les racines de garance perdent, par le lavage, une notable partie de leur valeur tinctoriale.

En Hollande, lorsque la garance est sèche, on la bat au fléau sur une aire planchéiée, afin de détacher l'écorce terreuse et les radicelles. On complète cette opération, que l'on exécute rapidement, et qui concasse les racines en fragments de 0m,02 h 0m,03 de long, en séparant la poussière des racines au moyen d'un tararage.

Le résidu de ces opérations est employé dans les teintures communes; on le nomme billons.

Temps pendant lequel les racines se conservent fraîches. — Les racines de garance que l'on a arrachées par un beau temps se conservent fraîches pendant quinze à vingt jours.

Produit par hectare. — A. Racines. — La quantité de racines sèches qu'on récolte par hectare a peu varié depuis 1772. Voici les produits moyens et maximum que l'on a signalés :

Garance du comtat d'Avignon.

Moyenne.

Maximum.

Althen. . . .

2,200 kilog.

Moll

Chambaud . .

6,000 kilog,

Leelerc-Thouin .

Favier. . . .

De Gasparin. .

3,500 — 3,000 kilog.

Moyennes. .

5,600 kilog.

Les terres paludiennes sont celles qui donnent les produits les plus élevés.

M. Chiras a obtenu en Algérie 5,000 kilog. de racines

Garance d'Alsace.

Moyenne.

Maximum.

Schwertz. .

. 2,200 kilog.

3,000 kilog.

Moll. . . .

La garance s'arrache en Alsace à l'âge de 18 mois.

B. Tiges vertes. — Un hectare de garance produit en moyenne 5,000 kilog. de tiges vertes à 1 âge de 18 mois, et 3,500 kilog. lorsqu'elle a 30 mois d'existence.

Séchage des racines. — Apres l'arrachage des racines, on procède a leur dessiccation. On exécute cette opération, soit à l'air libre, soit dans une étuve.

A. Dessiccation naturelle. — Dans le Comtat, on dépose les racines sur les aires à battre les céréales, en ayant soin qu'elles ne restent pas longtemps exposées à la pluie ou au grand soleil.

De temps à autre, on les secoue légèrement a\ec une fourche en bois, dans le but de détacher les parties terreuses qui y sont adhérentes.

Lorsque le temps est beau, cette dessiccation dure de trois à quatre jours.

Quand l'état de l'atmosphère ne permet pas de suivre ce procédé, on rentre les racines sous un hangar ou dans une chambre sèche et aérée, et on les dépose sur des claies placées le long des murs ou sur Taire du bâtiment. Ce mode de dessiccation, en usage quelquefois en Alsace, exige qu'on remue les racines tous les deux ou trois jours, afin qu'elles ne moisissent pas.

B. Dessiccation artificielle. — En Alsace et en Hollande, on opère ordinairement la dessiccation des racines dans des séchoirs ou sécher ies.

Ces bâtiments appartiennent on aux communes ou aux cultivateurs. Haguenau, Pfoffenhoffen, Hochselden (Bas- Rhin), ont une ou deux sécheries communales. Les agriculteurs qui y envoient des racines de garance payent 1 fr. 50 c. par 100 kilog. de racines fraîches, ou 5 à 6 fr. par 4 00 kilog. de racines sèches.

Les sécheries alsaciennes se composent d'un bâtiment rectangulaire ayant 10 mètres de longueur sur 8 mètres de largeur. Au centre, il existe un ou deux calorifères ou fours au-dessus desquels on a établi plusieurs planchers à cl aire- voie.

Les séchoirs hollandais sont voûtés en briques inférieurement et supérieurement, et ils présentent de un à cinq et quelquefois sept planchers formés de lattes espacées les unes des autres de 0,n,04 à 0m,05. Les planchers sont situés à lm,60 au-dessus les uns des autres, et à chaque étage il existe des fenêtres ou des lucarnes qui permettent d'aérer à volonté le bâtiment.

Lorsque les racines déposées sur les premiers planchers sont sèches, on les retire pour les remplacer par celles du deuxième plancher, et celles-ci par les racines du troisième étage, etc. Ainsi, chaque fois qu'on enlève de la sécherie des racines sèches, on les remplace par des racines fraîches qui occupent alors le plancher supérieur.

Les racines sont déposées sur les lattes en couches épaisses seulement de 0 ",05 à 0m,08.

On remue toutes les racines une fois par jour.

La chaleur qu'on y entretient varie entre 40 et 50° centigrades. Cette température permet de dessécher les racines ou quinze ou dix-huit heures. Une chaleur plus forte que 50° altère les propriétés tinctoriales des racines.

Caractères de» racines desséchées — Les raci-

cines sont bien desséchées quand elles se brisent aisément sans plier et qu'elles se laissent tordre.

lire h et qu'éprouvent les racine*. — Les racines de garance perdent en moyenne 75 p. 100 de leur poids par la dessiccation. Ainsi, 100 kilog. de racines fraîches se réduisent à 25 kilog.

Les racines de 18 mois éprouvent un déchet un peu plus élevé que celles de 30 mois, celles-ci étant plus ligneuses.

Conservation des racines. — Les racines sèches doivent être conservées dans un local sec et aéré. On doit éviter de tes entasser dans des lieux humides, car elles s'y moisiraient très-promptement et prendraient une couleur rouge-brun foncé.

Qualités des garances. — Les garances que l'on récolte en Europe varient entre elles quant à leurs propriétés physiques et colorantes, suivant les lieux où elles ont été récoltées.

A. Garance de Hollande. — Les racines qu'on récolte en Hollande ont une odeur forte et nauséabonde; leur sapeur, quoique sucrée, a beaucoup d'amertume. Elles varient en couleur du rouge brun au rouge orangé.

Ces garances sont rarement importées en France, à cause des droits qui les frappent à leur entrée. Elles sont réputées de très-bonne qualité, surtout lorsqu'elles ont été conservées en tonneau pendant plusieurs années.

B. Garance d'Alsace. — La garance d'Alsace est inférieure à la précédente sous tous les rapports. L'odeur qu'elle développe est moins pénétrante, sa saveur est aussi moins sucrée } et elle absorbe facilement l'humidilé. Cette garance acquiert sa qualité colorante maximum au bout de un à deux ans; mais elle s'altère plus facilement et plus tôt que celle de Hollande.

Les garances d'Alsace sont recherchées pour la teinture des draps rouges qui servent à l'habillement des troupes. Celles qu'on estime le plus proviennent de Lampertbeim, Hûrtigheim et Osthoffen, dans le rayon de Wasselonne. Celles qu'on récolte a Bischeviller, Haguenau et Reichoffen, sont plus menues, et leur épiderme est plus épais et plus foncé en couleur.

C. Garance du Comtat. — Les garances qu'on récolte dans le département de Vaucluse ont une odeur agréable et peu pénétrante. Leur saveur est légèrement sucrée, mais elles ont moins d'amertume que la garance de Hollande. En outre , elles absorbent plus difficilement L'humidité, et ont un aspect rosé, rouge clair ou rouge brun.

Les racines rouges, dites de paluds, proviennent de terres autrefois marécageuses et riches en matières organiques. Les racines rosées sont produites par les autres terrains.

Valeur commerciale des racines. — La valeur commerciale des racines sèches de garance varie suivant les années elles besoins des industries qui les emploient.

En 1802, elles se sont vendues à Avignon 300 fr. les 100 kilog.

En 1837, la garance jaune dite de montagne, qu'on récolte entre Carpentras et le mont Ventoux, valait 45 à 50 fr. les 100 kilog.; celle désignée sous le nom de garance rouge avait une valeur qui variait entre 62 fr. 50 et 75 fr.La garance rosée ne se vendait que 50 fr. à 62 fr. 50 c.

En général, le prix normal des garances rosées est de 50 à 55 fr. les 100 kilog.; celui des garances rouges ou des paluds, dont la couleur rouge est la plus belle, atteint 55 à 60 fr.

Les garances d'Alsace se vendent un cinquième plus cher que les belles racines du Comtat. Leur prix moyen est de 80 à 90 fr. les 100 kilog.

Quant aux garances d'Auvergne, elles se vendent 6 à 10 fr. de plus par 100 kilog. que les garances du Comtat et. d'Alsace.

La valeur commerciale des racines fraîches est ordinairement le quart de la valeur des racines sèches.

Valeur des graines. — Les graines de garance se vendent, selon les années, de 1 à 3 fr. le kilog.

Valeur des tiges vertes. — Le prix des tiges vertes varie, dans le Vaucluse, entre 3 et 4 fr. les 400 kil.

Commerce des garances. — Les racines de garance sont presque toujours vendues entières par les cultivateurs.

Ceux-ci les emballent dans des toiles. On compte que l'emballage de 4 00 kilog. de racines occasionne une dépense de 3 fr. environ.

Les frais d'emballage et de transport sont toujours à la charge des producteurs.

Les garances d'Alsace sont expédiées à Mulhouse, à Rouen, en Suisse et en Allemagne. Les garances du Comtat alimentent les industries de Lyon, de Paris, etc. Enfin, les garances d'Auvergne sont livrées aux usines de Saint-Afïrique, Castres, Lodève, etc.

Le commerce alsacien achète les racines vertes avec une réduction de 75 p. 100 dans le prix.

Uloyen d'estimer la valeur tinctoriale des garances. — La plupart des producteurs de garance ignorent comment le commerce apprécie la valeur tinctoriale des racines. Il résulte de là que la plupart d'entre eux ne peuvent classer les racines qu'ils récoltent et dé-

terminer leur valeur commerciale. Voici le procédé que suivent les négociants d'Avignon quand ils veulent juger la qualité colorante des racines qu'on leur offre a acheter.

A l'aide d'un appareil appelé machine à rouleaux, on imprime sur un morceau de coton préalablement blanchi, cinq mordants différents et suffisamment épaissis (voir la planche ci jointe).

Le mordant qui produit la couleur lilas A. consiste en acétate de fer faible ;

Le mordant qui donne la couleur rouge B, est de Yacétate d'alumine ;

Le mordant qui fournit la couleur grenat C, est un mé lange faible d'acétate de fer et d'alumine ;

Le mordant qui produit la couleur marron foncé D, est un mélange concentré d'acétate de fer et d'alumine;

Le mordant qui donne la couleurpuce E, est un mélange des deux acétates dans lequel domine l'acétate de fer.

Lorsque le mordançage est terminé, on laisse la toile exposée dans une étente pendant plusieurs jours pour oxyder les mordants, puis on la soumet à l'opération du bousage, et on la dégorge iwec soin dans la machine à laver. On la sèche ensuite. Alors elle est préparée pour servir à l'essai qu'on veut faire.

On opère cet essai en teignant pendant deux heures dans un bain de garance, pour lequel on prend 3 ou 10 grammes de garance par chaque décimètre carre que présente la toile de coton et 75 centilitres d'eau.

Apres la teinture, on lave, on avive au savon et au sel d'élain, puis on dégorge avec soin et on sèche.

C'est alors qu'on peut établir, en agissant comparativement avec différentes garances, leur véritable valeur tinctoriale, indiquée par la richesse et la vivacité des nuances

2o4 PLANTES INDUSTRIELLES.

obtenues. La planche précédente représente les couleurs que donnent les garances du Comtat de première qualité.

Le moyen qu'on met en pratique dans quelques fermes du Comtat^ consiste à aciduler légèrement de l'eau avec de l'acide nitrique, à faire ensuite une décoction de garance, et à y tremper un écheveau de coton qui s'empare de la matière colorante. Alors on juge des propriétés de l'échantillon par la nuance de l'écheveau.

Réduction des racines en poudre. — Le commerce, après avoir acheté les racines de garance, les réduit en poudre dans des usines à moteurs hydrauliques, et munies de meules à robbes et de blutoirs.

La garance d'Alsace se grappe jusqu'au cœur; mais sa trituration est toujours plus grosse que celle des garances du Midi.

La poudre extra-fine du Comtat est fabriquée avec le cœur de la partie ligneuse des racines. Ainsi préparée, elle a une couleur plus vive, mais elle a moins de valeur tinctoriale.

La poudre de garance des paluds est rouge sombre et peu agréable à l'œil; celle de la garance rosée est rouge clair, tirant un peu sur le jaune.

La poudre moitié palus moitié rosée, est rouge corsé et brillant, et d'une vente facile.

La garance perd par sa trituration 3, 5, 7, 10, 15 et 20 p. 100 de son poids.

La trituration de 100 kilogrammes coûte de 10 à 12 fr.

Les poudres de garance gagnent en poids et en qualité avec le temps, si on les conserve dans un local sain.

Valeur des marques commerciales. — Les racines ne portent aucune marque. Il n'en est pas de même des poudres. Celles-ci sont désignées, suivant leur qualité, par une ou plusieurs lettres.

Autrefois, les garances du Comtat portaient les marques

suivantes :

H. — Malte. SF. — Surfine.

FF. — Fine, fine. SFF. — Surfine, fine.

De nos jours on leur a ajouté les lettres suivantes :

P. — Palus. PP. — Palus pur.

R. — Rosé. RPP. — Rouge palus pur.

Ces marques indiquent la finesse ou qualité des poudres, c'est-à-dire si elles contiennent : 1° de la terre ; 2° de l'épiderme et de la terre; 3° toute la racine; 4° de l'écorce seulement ; 5° du ligneux seul.

MF. — Mi-fine.

FF. — Fine, fine. EXT. F. —Extra fine.

SF. — Surfine. EXT. SF. — Extra surfine.

SFF.— Surfine, fine.

SFFF. — Surfine, fine, fine. EXT. SFF. — Extra suifine, fine

Ainsi, une poudre rosée extra-fine sera désignée parla marque suivante : HEXTF.

J'observerai que la qualité des poudres ne répond pas toujours aux marques adoptées par le commerce. Nonobstant, à Avignon, chaque fabricant a sa marque particulière. C'est pourquoi on n'achète que vue dessus, c'est-à-dire après avoir étendu la poudre sur une feuille de papier blanc.

Les garances en poudre de l'Alsace portent les marques suivantes :

O. — Mulle. SF. — Surfine.

MF. — Mi-fine. SFF. — Surfine, fine.

FF. — Fine, fine.

La poudre la plus employée est désignée par les lettres FF. On y fait très-peu de poudre SFF.

Emballage des poudres - Les garances en poudre du Comtat sont expédiées dans des fûts de bois blanc garnis intérieurement d'un carton très-épais. Ces tonneaux pèsent de 200 à 300 kilog.

Celles d'Alsace s'emballent dans des fûts de chêne du poids de 600 kil., dans des barriques pesant 300 kilog.. et dans des barils contenant seulement 100 kilog.

La poudre est foulée avec force dans les tonneaux ou barils; toutefois, on agit de manière qu'il y existe assez d'air pour oxygéner le principe jaune et le changer en principe rouge.

Produits divers extraits des racine* — A. Garancine. — On donne le nom de garancine a une poudre brune que l'on obtient en traitant les racines de garance par un poids égal d'acide sulfurique. et ensuite par une forte pression à la vapeur. Ce produit charbonné, découvert en 1827 par Robiquet et Colin, est employé dans les fabriques d'indiennes; il a un pouvoir colorant trois à quatre fois plus sensible que les garances premier chou : mais les couleurs qu'il fournit sont un peu moins solides.

La garance ainsi traitée perd un tiers de son poids.

B. Extrait de garancine. — MM. Poncet frères extraient de la garancine, par la volatilisation, des cristaux en aiguilles rougeàtres, et destinés à remplacer ce produit charbonné. On obtient avec ces cristaux des teintes d'une vivacité extraordinaire.

C. Fleur de garancine. — On donne le nom de fleur de garancine aux racines qui ont été traitées par l'eau. 100 kilog. de racines donnent 50 kilog. de fleur de garance.

1). Alcool. — On extrait de l'alcool des racines de garance.

GÀRAKCE. 257

Les eaux que l'on emploie pour préparer la fleur de garance, servent aussi à la fabrication de ce produit.

Prix de revient. — La culture de la garance engage un capital considérable; mais les produits nets qu'elle donne sont parfois très- élevés.

Voici les faits qu'on a constatés :

France. Algérie.

Icclerc-Thouin. Chirat.

Dépenses 2,400 fr. 65 c. 1,077 fr. » c.

Recettes 3,043 10 3,500 35

Bénéfice 030 45 1,829 35

— par an et par

hectare. . . 212 » 099 78

Prix de revient des 100 kil. 60 10 33 54

M. Raynaud porto 1rs dépenses dans le Vaucluse à 2,266 francs.

Sclnvertz évalue les dépenses de la culture on Alsace à 2,335 francs.

M. de Gasparin établit comme il suit le prix de revient dos 100 kilogrammes :

Terres légères 52 fr. 38 c.

— argileuses 73 44

— moyennes, arrachage à la charrue. . 30 78

En outre, il porte les dépenses pour les terres légères à 1,12b fr. 52 c, et celles des terres fortes, à 1,611 fr. 50 c.

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