EFFET D’ATTOUCHEMENTS REPETES
Il est impossible d’exprimer combien doit étre minime la pression exercée par un morceau de cheveu, ne pesant que 1/787h0° de grain (0,00082 de milligr.), supporté qu'il est en outre par un liquide dense. Nous pouvons supposer que cette pression peut à peine égaler un millionième de grain; nous verrons d’ailleurs bientôt que moins d’un millionième de grain de phosphate d’ammoniaque en solution, absorbé par une glande, agit sur elle et provoque un mouvement du tentacule. J’ai placé sur ma langue un morceau de cheveu ayant 1/50° de pouce de longueur, morceau par conséquent beaucoup plus gros que ceux employés dans les expériences précédentes ; or, il m’a été impossible de m’apercevoir de sa présence. Il est très-douteux, je crois, que le nerf le plus sensible du corps humain, en admettant même que ce nerf soit le siége d’une inflammation, puisse être affecté par une substance aussi petite, supportée par un liquide dense qui l'amène lentement en contact avec lui. Cependant, ces parcelles suffisent à irriter les glandes du Drosera et à provoquer une impulsion qui se transmet à un point éloigné et qui se traduit par un mouvement apparent. Il me semble que c'est là un des faits les plus remarquables qu’on ait observés jusqu’à présent dans le règne végétal.
Inflexion des tentacules extérieurs quand on excite leurs glandes par des attouchements répétés.
Nous avons déjà vu que si on excite les glandes centrales en les frottant légèrement, ces glandes transmettent une impulsion aux tentacules extérieurs et déterminentleur inflexion. Nous avons actuellement à examiner l’eflet produit par des attouchements opérés sur les glandes des tentacules extérieurs. Il m’est arrivé bien souvent de toucher une fois seulement, avec une aiguille ou avec un pinceau, un grand nombre de glandes assez fortement pour incliner tout
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le tentacule flexible ; or, bien que la pression ainsi opérée ait dt être mille fois plus grande que celle opérée par le poids des parcelles ci-dessus décrites, pas un seul tentacule ne s’est infléchi. Dans une autre occasion, j'ai touché quarante-cing glandes sur onze feuilles, une, deux et méme trois fois avec une aiguille ou avec un pinceau assez rude. Cet attouchement a été fait aussi rapidement que possible, mais avec assez de force pour incliner les tentacules ; cependant, six seulement s’infléchirent, trois d’une façon apparente et trois très-légèrement. Afin de m’assurer si les tentacules qui n’avaient pas été affectés se trouvaient à l’état actif, je plaçai sur dix d’entre eux des petits morceaux de viande, et tous s’infléchirent bientôt de facon très-apparente. D'autre part, quand on répète sur un grand nombre de glandes quatre, cinq ou six fois de suite l’attouchement que je viens d'indiquer, avec une aiguille ou un éclat aigu de verre, une proportion beaucoup plus grande des tentacules s’infléchissent; mais le résultat est si incertain, qu’on pourrait presque l'appeler capricieux. Par exemple, je touchai, ainsi que je viens de le dire, trois glandes qui se trouvaient extrêmement sensibles, et les trois tentacules s’infléchirent presque aussi rapidement que si j'avais placé des morceaux de viande sur les glandes. Dans une autre occasion, j'exerçai une seule pression trèsvive sur un nombre considérable de glandes, et pas un tentacule ne se mit en mouvement; mais, en exerçant, quelques heures après, quatre ou cinq attouchements sur ces mêmes glandes avec une aiguille, plusieurs tentacules s’infléchirent aussitôt.
Le fait qu'un, deux ou même trois attouchements ne causent pas d’inflexion doit être fort utile à la plante. En effet, pendant le mauvais temps, il est à peu près certain que les glandes doivent être touchées par les herbes ou par les plantes qui croissent auprès d'elles; or, ce serait un grand malheur pour elles si ces attouchements suffi-