‹ Les plantes insectivoresChapitre 21 sur 123 · EFFET DES GOUTTES DE PLUIE · texte numérisé non relu

EFFET DES GOUTTES DE PLUIE

saient pour faire infléchir les tentacules ; car il leur faut beaucoup de temps pour reprendre leur position normale, et il leur est impossible de saisir une proie jusqu’à ce qu'ils se soient redressés. D’autre part, une sensibilité extrême pour une pression, quelque légère qu’elle soit, rend les plus grands services à la plante; car, ainsi que nous l’avons vu, si les pattes fines d’un insecte trèspetit pressent légèrement deux ou trois glandes au moment où il se débat, les tentacules portant ces glandes sinfléchissent et portent l’insecte vers le centre de la feuille ; le mouvementse communique au bout de quelques intants à tous les tentacules de la circonférence, qui viennent à leur tour embrasser la proie commune. Néanmoins, les mouvements de la plante ne sont pas parfaitement adaptés à ses besoins; car si un morceau de mousse desséchée, si une parcelle d’une feuille ou d’un autre objet est porté par le vent au centre de la feuille, comme cela arrive souvent, les tentacules s’infléchissent inutilement pour le saisir. Il est vrai qu’ils reconnaissent bientôt leur erreur et relâchent ces objets, qui ne leur fournissent aucun aliment.

I] est aussi un fait remarquable, c’est que les gouttes d’eau, tombant d’en haut sous forme de pluie naturelle ou artificielle, ne provoquent pas de mouvement dans les tentacules ; cependant, les gouttes d’eau doivent frapper les glandes avec une force considérable, surtout quand une pluie abondante a enlevé toute la sécrétion; or, ceci arrive souvent, bien que la sécrétion soit si visqueuse, qu'il est difficile de l'enlever en agitant les feuilles dans l’eau. Si les gouttes d’eau sont petites, elles adhèrent à la sécrétion, dont le poids doit être ainsi beaucoup plus augmenté, comme nous l'avons déjà fait remarquer, que dans le cas où on place sur elles des morceaux extrêmement petits de matières solides; cependant les gouttes d’eau ne provoquent jamais l’inflexion des tentacules. Il est évident que c'eût été un grand malheur pour la plante si, comme nous

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l’avons déjà dit pour les attouchements accidentels, une ondée avait provoqué l’inflexion des tentacules; mais ce malheur a été évité, soit parce que les glandes, en raison d’une longue habitude, sont devenues insensibles aux coups et à la pression prolongée des gouttes d’eau, soit parce que, dès le principe, elles ont été sensibles seulement au contact des corps durs. Nous verrons ci-après que les filaments des feuilles de la Dionée sont aussi insensibles au choc des liquides, bien qu’elles soient trés-sensibles au moindre attouchement d’un corps solide quel qu’il soit.

Quand on coupe avec des ciseaux bien affilés le pédicelle d’un tentacule juste au-dessous de la glande, le tentacule s’infléchit ordinairement. J’ai répété bien des fois cette expérience, ce fait m’ayant beaucoup surpris ; car toutes les autres parties du pédicelle sont insensibles, de quelque facon qu’on veuille les exciter. Ces tentacules décapités reprennent au bout de quelque temps leur position normale; mais j'aurai à revenir sur ce point. D'autre part, j'ai quelquefois réussi à écraser une glande avec des pinces; mais cela ne produit aucune inflexion. Dans ce dernier cas, le tentacule semble paralysé, de même qu’il l’est par l’action d’une solution trop forte de certains sels et par une trop grande chaleur; tandis que les solutions plus faibles du même sel et qu’une chaleur plus douce provoquent chez lui un mouvement. Nous verrons aussi, dans les chapitres suivants, que divers autres liquides, que quelques vapeurs et que l’oxygène (après que la plante a été pendant quelque temps soustraite à l’action de ce gaz) provoquent des inflexions ; on peut en provoquer aussi en se servant d’un courant électrique induit !.

4. Mon fils Francis, guidé par les observations du D' Burdon Sanderson sur la Dionée, a constaté que si l’on plante deux aiguilles dans une feuille de Drosera, les tentacules ne se mettent pas en mouvement; mais que si l’on place ces deux aiguilles en rapport avec les pôles de la bobine secondaire d’un appareil inducteur de Dubois, les tentacules s’infléchissent au bout de quelques minutes. Mon fils espère publier bientôt ses observations à ce sujet.

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