Leçons phys. de la digestion, t. II, p
PUISSANCE DIGESTIVE. 109 optique des stries. Si, après la désagrégation des fibres, on examine au microscope les fibrilles élémentaires, on distingue encore trèsnettement a leur intérieur les corpuscules, et on continue a les voir, de plus en plus pales, jusqu’au moment où les fibrilles elles-mêmes se liquéfient et disparaissent dans le suc gastrique. Ce qui constitue la striature, à proprement parler, n’est donc pas détruit, avant la liquéfaction de la fibre charnue elle-même. »
Dans le fluide visqueux entourant la sphère centrale de viande non digérée se trouvaient des globules de graisse et des petits morceaux de tissu fibro-élastique qui ne présentaient, ni les uns, niles autres, la moindre trace de digestion. J’ai remarqué aussi des petits parallélogrammes composés de matières jaunâtres trés-translucides. Schiff, en parlant de la digestion de la viande par le suc gastrique, fait allusion à ces parallélogrammes et dit :
« Le gonflement par lequel commence la digestion de la viande, résulte de l’action du suc gastrique acide sur le tissu connectif qui se dissout d’abord, et qui, par sa liquéfaction, désagrège les fibres. Celles-ci se dissolvent ensuite en grande partie, mais, avant de passer à l’état liquide, elles tendent à se briser en petits fragments transversaux. Les « sarcous elements » de Bowman, qui ne sont autre chose que les produits de cette division transversale des fibres élémentaires, peuvent être préparés et isolés à l’aide du suc gastrique, pourvu qu'on n’attende pas jusqu'à la liquéfaction complète du muscle. »
Jouvris les 4 autres feuilles soixante-douze heures après que les 5 cubes de viande avaient été déposés. Sur 2 de ces feuilles il ne restait rien que des petites masses de liquide visqueux transparent; au moyen d’un fort grossissement je pus distinguer dans ces masses des globules de graisse, des fragments de tissu fibro-élastique et quelques parallélogrammes de sarcous elements, mais sans une trace de stries transversales. Sur les 2 autres feuilles se trouvaient des petites sphères de viande digérées en partie, au milieu d’une quantité considérable de liquide transparent.
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Fibrine. — Je laissai dans l’eau, pendant quatre jours, des fragments de fibrine qui ne subirent aucune modification pendant que je faisais les expériences suivantes. La fibrine dont je me suis servi n’était pas parfaitement pure, elle comprenait des parcelles foncées; elle n’avait pas été bien préparée ou avait subi subséquemment quelques modifications.
Je placai sur plusieurs feuilles des petits morceaux ayant environ le 1/10 d’un pouce carré (2™",5 carrés); bien que la fibrine se liquéfiàt bientôt, la dissolution ne fut jamais complète. Je placai alors des morceaux plus petits sur A feuilles et j’ajoutai quelques gouttes d’acide chlorhydrique (4 partie d'acide pour 437 parties d’eau); cette addition sembla hâter la digestion, car le morceau placé sur une des feuilles était liquéfié et absorbé au bout de vingt heures; toutefois, il restait encore sur les 3 autres feuilles des résidus non dissous au bout de quarantehuit heures. Il est un fait remarquable, c’est que, dans les expériences dont je viens de parler et dans beaucoup d’autres, aussi bien que dans celles où j’employai des morceaux de fibrine beaucoup plus considérables, les feuilles furent très-peu excitées, et qu’il fut même quelquefois nécessaire d’ajouter un peu de salive pour produire une inflexion complète. En outre, les feuilles commencèrent à se redresser au bout de quarante-huit heures seulement, alors qu'elles seraient restées infléchies beaucoup plus longtemps si j'avais placé sur elles des insectes, de la viande, du cartilage, de l’albumine, etc.
J’essayai alors de la fibrine blanche pure que m’a envoyée le docteur Sanderson :
Première expérience. — Je plaçai, sur les côtés opposés d’une même feuille, deux parcelles de fibrine ayant à peine 1/20¢ de pouce carré (1™™,25). Lune de ces parcelles n’excita point les tentacules environnants, et la glande sur laquelle je l'avais placée se dessécha bientôt. L'autre parcelle causa l’inflexion des tentacules courts adja-
cents. Au bout de 24 heures, les deux morceaux étaient presque dissous; au bout de 72 heures ils l’étaient complétement.
Deuxiéme expérience. — Je répétai la méme expérience avec le méme résultat. Un seul des deux morceaux de fibrine excita les tentacules courts adjacents. Ce morceau fut attaqué si lentement qu’au bout d’un jour je le plaçai sur de nouvelles glandes. Trois jours après avoir été mis sur la feuille, il était complétement dissous.
Troisième expérience. — Je plaçai des morceaux de fibrine ayant à peu près le même volume que ceux dont je me servis dans les expériences précédentes sur la partie centrale de deux feuilles; l’inflexion produite au bout de 23 heures était très-minime ; au bout de 48 heures, les tentacules courts environnants s'étaient tous replies sur ces morceaux, et, 24 heures après, ils étaient complétement dissous. Il restait sur le limbe d’une de ces feuilles une assez grande quantité de liquide acide transparent.
Quatrième expérience. — Je plaçai sur la partie centrale de deux feuilles des morceaux semblables de fibrine ; les glandes, au bout de 2 heures, paraissant se dessécher, je les humectai avec une quantité assez considérable de salive; cette addition produisit bientôt une inflexion considérable des tentacules et des feuilles elles-mêmes et une abondante sécrétion des glandes. Au bout de 18 heures, la fibrine s'était complétement liquéfiée, mais des atomes non digérés flottaient encore sur le liquide; toutefois ces atomes disparurent au bout de deux jours.
Ces expériences prouvent clairement que la sécrétion dissout complétement la fibrine pure. La dissolution se fait assez lentement, mais cela provient de ce que cette substance n’excite pas suffisamment les feuilles, de telle sorte que les tentacules adjacents s’infléchissent seuls et que, par conséquent, la quantité de sécrétion est peu considérable.
Synionine. — Le docteur Moore a bien voulu préparer pour moi cette substance que l’on extrait des muscles. Contrairement à ce qui se passe pour la fibrine, elle agit énergiquement et vite. Des petites parcelles placées sur le
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limbe de 3 feuilles firent infléchir fortement Jes tentacules et la feuille elle-même dans l’espace de huit heures; je n’ai toutefois pas poussé les observations plus loin. C’est probablement à cause de la présence de cette substance que la viande crue est un stimulant trop puissant et qu’elle attaque ou qu’elle tue même souvent les feuilles.
Tissu aréolaire. — Je placai sur le limbe de 3 feuilles des petites parties de ce tissu provenant d’un mouton. Ces 3 feuilles s’infléchirent modérément en vingt-quatre heures, mais elles commencèrent à se redresser au bout de quarante-huit heures et avaient repris leur position naturelle au bout de soixante-douze heures, en comptant toujours depuis le moment où les morceaux avaient été placés sur les feuilles. On peut conclure de là que cette substance, comme la fibrine, excite les feuilles pendant peu de temps. J'ai examiné avec un fort grossissement le résidu laissé sur les feuilles après qu’elles furent complétement redressées ; le tissu aréolaire avait subi de profondes altérations, mais on ne peut pas dire qu’il se soit liquéfié, probablement à cause de la présence d’une grande quantité de tissu élastique sur lequel la sécrétion n’a aucune action. —
Je me procurai alors du tissu aréolaire ne contenant aucun tissu élastique et, pour cela, je le pris dans les intestins d’un crapaud. J’en placai des morceaux assez gros et d’autres plus petits sur 5 feuilles. Au bout de vingtquatre heures, 2 des morceaux s'étaient complétement liquéfiés ; 2 autres étaient devenus transparents, mais ne s'étaient pas tout à fait liquéfiés ; le 5° avait à peine subi quelques altérations. J’humectai alors avec un peu de salive plusieurs glandes de ces 3 dernières feuilles, ce qui lesfits’infléchir bientôt et provoqua d’abondantes sécrétions; au bout de douze heures après cette opération, une feuille seulement portait encore des traces de tissu non digéré.
Rien ne restait, sauf toutefois un peu de liquide visqueux et transparent sur les limbes des A autres feuilles, et cependant un morceau assez gros avait été placé sur l’une delles. Je puis ajouter que quelques parties de ce tissu comprenaient des points de pigment noir qui ne furent affectés en aucune facon. Pour contrôler cette expérience, je plongeai dans l’eau, ou j’exposai sur la mousse humide, des petits morceaux de ce tissu pendant un laps de temps égal; le tissu resta blanc et opaque. Il ressort clairement de ces faits que le liquide sécrété digère facilement et rapidement le tissu aréolaire, mais que ce tissu a peu d’action au point de vue de l'excitation des feuilles.
Cartilage. — Je coupai, à l'extrémité d’un os de la patte d’un mouton que j'avais fait légèrement rôtir, 3 cubes, ayant 1/20 de pouce (1"",27) de côté, de cartilage blanc, translucide, extrêmement dur. Je placai ces cubes sur 3 feuilles appartenant à de pauvres petites plantes cultivées dans une serre pendant le mois de novembre; il me semblait extrêmement improbable que des plantes placées dans des conditions si défavorables pussent digérer une substance aussi dure. Toutefois, au bout de quarante-huit heures, les cubes étaient dissous en pattie et transformés en sphères très-petites environnées d’un liquide transparent très-acide. Deux de ces sphères étaient complétement ramollies jusqu’au centre; la 3° contenait encore un petit noyau de cartilage solide affectant une forme régulière. Examinées au microscope, ces sphères présentaient des surfaces curieusement dentelées, ce qui prouvait que la sécrétion avait inégalement attaqué le cartilage. Il est à peine utile d'ajouter que des cubes du même cartilage, plongés dans l’eau pendant le même laps de temps, ne présentèrent aucune trace d’altération.
Je placai sur 3 feuilles, pendant une saison plus favorable, des morceaux assez gros de l'oreille d’un chat dont
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la peau avait été enlevée; elle contient du cartilage, du tissu aréolaire et du tissu élastique. Jhumectai quelques glandes avec de la salive, ce qui provoqua une inflexion rapide. Deux feuilles commencèrent à se redresser au bout de trois jours, et la 3° feuille le cinquième jour. J’examinai au microscope le résidu liquide restant sur les limbes ; dans un cas, ce résidu consistait en matières visqueuses parfaitement transparentes : dans les deux autres cas, il contenait du tissu élastique, et probablement des traces de tissu aréolaire à moitié digéré.
Fibro-cartilage (pris entre les vertèbres de la queue d’un mouton). — Je plaçai sur 9 feuilles des morceaux modérément gros et des petits morceaux (ces derniers ayant environ 1/20 de pouce de côté) de fibro-cartilage ; quelques feuilles s’infléchirent beaucoup, d’autres très-peu. Dans ce dernier cas, je frottai les morceaux sur les limbes de facon à les pénétrer de sécrétion et à irriter plusieurs glandes. Toutes les feuilles se redressérent au bout de deux jours; on peut en conclure que cette substance excite peu les feuillés. Aucun morceau ne se liquéfia, mais tous subirent certainement une altération, car ils devinrent beaucoup plus transparents, et si tendres qu'on pouvait les désagréger très-facilement. Mon fils Francis prépara du suc gastrique artificiel dont l’efficacité fut bien vite prouvée par la dissolution de morceaux de fibrine et suspendit dans ce suc des morceaux de fibro-cartilage. Ces morceaux se gonflèrent et devinrent hyalins, exactement comme ceux qui avaient été exposés à la sécrétion du Drosera, mais ils ne furent pas dissous. Ce résultat me causa beaucoup de surprise, car deux physiologistes affirment que le suc gastrique digère facilement le fibro-cartilage. Je demandai donc au D" Klein d'examiner les produits.
Après cet examen, il m’apprit que les deux morceaux qui avaient été soumis à l’action du suc gastrique artificiel
se trouvaient « en cet état de digestion dans lequel se trouvent les tissus connectifs quand ils sont traités par un acide, c'est-à-dire qu’ils sont gonflés, plus ou moins hyalins, et que les faisceaux de fibres sont devenus plus homogènes et ont perdu leur structure fibrillaire. » Les fragments qui étaient restés sur les feuilles du Drosera jusqu’à ce que celles-ci se redressent « étaient altérés en partie, mais très-légèrement, de la même facon que ceux qui avaient été soumis à l’action du suc gastrique, en ce sens qu’ils étaient devenus plus transparents, presque hyalins, et que la structure des faisceaux de fibres était devenue indistincte. » La sécrétion du Drosera agit donc sur le fibro-cartilage à peu près de la même façon que le suc gastrique.
Os. — Je placai sur deux feuilles des petits morceaux polis de l’os hyoide desséché d’un poulet, humecté avec de la salive, et, sur une troisième feuille, un éclat d’os de côtelette de mouton extrêmement dur, que j'avais fait griller et que j humectai également avec de la salive. Ces feuilles s’infléchirent bientôt complétement et restèrent infléchies pendantun lapsde temps extraordinaire ; une feuille, en effet, resta infléchie durant dix jours, et les deux autres pendant neuf jours. Pendant tout ce temps, les morceaux d’os furent enveloppés de sécrétions acides. Je les examinai alors avec un faible grossissement et j’observai qu’ils étaient devenus tout à fait tendres, de telle sorte qu’on pouvait les transpercer avec une aiguille peu pointue, les tordre ou les comprimer. Le D: Klein voulut bien faire des sections de ces os et les examiner. Il m’apprend qu’ils présentaient l'apparence normale d’os qui auraient perdu leur chaux, mais dans lesquels resteraient encore quelques traces de sels minéraux. Les corpuscules avec leurs saillies étaient très-distincts dans presque toute la masse; toutefois, dans quelques parties, et surtout auprès de la périphérie de l’os hyoïde, on ne pouvait en découvrir aucun. D’autres
parties paraissaient amorphes et l’on ne pouvait plus même distinguer les stries longitudinales de l’os Le D' Klein pense que cette structure amorphe provient probablement de ce que la digestion des éléments fibreux avait commencé, ou de ce que toutes les matières animales avaient été enlevées, ce qui aurait pour résultat de rendre les corpuscules invisibles. Une substance dure, cassanteet jaunâtre avait remplacé la moélle dans les fragments de los hyoïde.
Comme les angles et les projections des éléments fibreux n’étaient ni arrondis, ni corrodés, je placai deux de ces fragments sur de nouvelles feuilles. Ges deux feuilles s'étaient complétement infléchies le lendemain matin, et elles restèrent dans cetétat, l’une pendant six jours, l’autre pendant sept, pendant moins longtemps, par conséquent, que dans l'expérience précédente, mais beaucoup plus longtemps qu’il n’arrive jamais quand on place sur les feuilles des corps inorganiques. Pendant tout ce temps, la sécrétion colora en rouge vif le papier de tournesol ; il est vrai que cela était peut-être dû a la présence d’un superphosphate de chaux acide. Quand les feuilles se redressèrent, les angles et les saillies des éléments fibreux étaient aussi prononcés qu'auparavant. J’en conclus donc, à tort, comme nous allons le voir tout à l'heure, que la sécrétion n’a aucune action sur les éléments fibreux des os. L’explicaiion la plus probable est que tout l’acide servit à décomposer le phosphate de chaux qui restait encore dans l’os, de telle sorte qu’il n’y avait aucun acide libre qui ptt se combiner avec le ferment pour attaquer la base fibreuse.
Email et dentine. — La sécrétion attaquant les os ordinaires, je résolus d’essayer si elle aurait une action sur l'émail et sur la dentine ; je ne m’attendais en aucune façon, d’ailleurs, ace qu’elle attaquat une substance aussi dure que l’émail. Le D' Klein me donna des tranches minces, coupées
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transversaleinent dans la dent canine d’un chien; je rompis ces tranches en petits fragments anguleux que je placai sur quatre feuilles, et je les examinai tous les jours à la même heure. Il est utile, je crois, de donner en détail le résultat de ces expériences.
Première expérience. — Je place un fragment sur une feuille le 1°" mai; le 3, les tentacules ne s’étant que fort peu infléchis, j'ajoute un peu de salive; le 6, les tentacules ne s’étant pas complétement infléchis, je transporte le fragment sur une autre feuille qui agit d’abord assez lentement, mais dont tous les tentacules embrassaient étroitement le fragment le 9. Le 41, cette seconde feuille commence à se redresser ; le fragment s'était certainement amolli, et le docteur Klein, qui l’a examiné, m’apprend « qu'une grande partie de l'émail et que presque toute la dentine avaient perdu la chaux qu’ils contenaient. »
Deuxième expérience. — Fragments placés sur une feuille le Aer mai; le 2, les tentacules étaient assez bien infléchis, les sécrétions du disque étaient abondantes et continuérent jusqu’au 7, époque où la feuille se redressa. Je transportai alors le fragment sur une autre feuille, qui, le lendemain 8, était complétement infléchie et resta en cet état jusqu’au 11, époque où elle commença à se redresser. D’après le rapport du D Klein « une grande partie de l'émail et presque toute la dentine avaient perdu leur chaux. »
Troisième expérience. — Je plaçai, le 4° mai, un fragment humecté avec de la salive sur une feuille qui resta complétement infléchie jusqu’au 5 et qui commença alors à se redresser. L’émail ne s'était pas du tout ramolli et la dentine ne l'était que fort peu. Je transportai alors le fragment sur une autre feuiile qui, le lendemain 6, était complétement infléchie, et resta en cet élat jusqu’au 11. L’émail et la dentine s'étaient alors un peu ramollis; après avoir examiné ce fragment, le Dt Klein m’apprend que « la. moitié à peine de l’émail, ainsi que la plus grande partie de la dentine, ont perdu leur chaux. »
Qualrième expérience. — Je placai, le 1°" mai, un morceau trèspetit et trés-mince de dentine humecté avec de la salive sur une feuille qui s’infléchit rapidement et qui commença à se redressèr le 5. La dentine était alors devenue aussi flexible qu’une fewifle? fe papier mince. Je transportai ensuite ce morceau sur, none inairele
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feuille qui, le lendemain 6, s’était complétement infléchie et qui se redressa le 10. La dentine était alors devenue si molle, que les tentacules, en prenant leur position naturelle, en enlevaient des morceaux.
Il résulte de ces expériences que la sécrétion a moins d'action sur l’émail que sur la dentine, ce a quoi il fallait d’ailleurs s’attendre, à cause de l’extrême dureté de l'émail; en outre, elle exerce une action moins puissante sur ces deux substances que sur les os ordinaires. Dès que la dissolution a commencé elle se continue avec beaucoup plus de facilité, ce que l’on peut conclure du fait que les feuilles sur lesquelles les fragments ont été transportés en second lieu se sont, dans les quatre cas, fortement infléchies en un seul jour, tandis que les premières feuilles ont agi beaucoup moins rapidement et beaucoup moins énergiquement. Les angles ou projections de la base fibreuse de l’émail et de la dentine, excepté peut-être dans la quatrième expérience, où les fragments n’ont pas pu être examinés avec soin, n’ont pas été du tout arrondis ; le D" Klein a observé, au microscope, que leur structure n'avait subi aucune altération. Il devait, d’ailleurs, en être ainsi, car, dans les trois spécimens qui ont été examinés avec soin, toute la chaux n’avait pas été absorbée,
Base fibreuse des os. — La conclusion à laquelle j’arrivai tout d’abord, comme je l’ai déjà dit, est que le liquide sécrété ne peut pas digérer cette substance. Je demandai donc au D' Burdon Sanderson d’expérimenter sur des os, sur de l’émail et sur de la dentine, avec du suc gastrique artificiel; le résultat de ses expériences fut que ces substances se dissolvaient complétement au bout d’un temps considérable. Le D' Klein examina quelques-unes des petites lamelles faisant partie du crane d’un chat qui s'était brisé après une immersion d’une semaine environ ‘dans le liquide, et il trouva que, vers les bords, « la
matière paraissait raréfiée, comme si les canalicules des corpuscules des os étaient devenus plus grands. Autrement, les corpuscules et leurs canalicules étaient restés très-distincts. » Il semble donc que, chez les os soumis à l’action du suc gastrique artificiel l'absorption complète de la chaux précède Ja dissolution de la base fibreuse. Le D' Burdon Sanderson me suggéra l’idée que l'incapacité du Drosera pour digérer la base fibreuse des os, de l’émail et de la dentine, pouvait provenir de ce que l'acide est employé à la décomposition des sels minéraux, de telle sorte qu’il ne reste plus d’acide pour opérer la digestion. En conséquence, mon fils absorba tout le phosphate de chaux de l’os d’un mouton au moyen d'acide chlorhydrique étendu d’eau, et je placai sur sept feuilles des petits fragments de la base fibreuse, en ayant soin d’en humecter quatre avec de la salive pour provoquer une inflexion rapide. Les sept feuilles s’infléchirent, modérément il est vrai, au bout d’un jour. Elles commencèrent à se redresser rapidement, cinq le second jour, et les deux autres le troisième jour. Sur ces sept feuilles les fragments de tissu fibreux se transformérent en petites masses visqueuses plus ou moins liquéfiées et parfaitement diaphanes. Toutefois mon fils, en se servant d’un fort grossissement, découvrit au centre d’une de ces masses quelques corpuscules avec des traces de fibres dans les matiéres transparentes environnantes. Ces faits prouvent clairement que la base fibreuse des os excite peu les feuilles, mais que la sécrétion liquéfie facilement et rapidement cette base, a condition qu’elle soit complétement débarrassée de son phosphate de chaux. Les glandes qui étaient restées en contact pendant deux ou trois jours avec les masses visqueuses, ne s’étaient pas décolorées et semblaient n’avoir absorbé qu'une petite quantité du tissu ‘liquéfié ; en tout cas, ces masses visqueuses avaient eu peu d'action sur les glandes.
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Phosphate de chaux. — Nous avons vu que les tentacules de certaines feuilles restèrent infléchis pendant neuf ou dix jours, et les tentacules d’autres feuilles pendant six ou sept jours, sur des petits fragments d’os; je fus amené a conclure que c’était le phosphate de chaux et non pas les matières animales de l’os qui causaient une inflexion aussi prolongée. Il est certain tout au moins, d’après les expériences que je viens de rapporter dans le paragraphe précédent, que cette inflexion ne pouvait pas étre due a la présence de la base fibreuse. Les tentacules de deux feuilles restèrent en somme infléchis pendant onze jours sur de l’émail et de la dentine, et le premier de ces corps ne contient que A °/, de matières organiques. Afin d’expérimenter l’action du phosphate de chaux, je demandai au professeur Frankland de m’en procurer qui fut absolument débarrassé de substances animales ou d’acides. J’en plaçai une petite quantité, humectée avec de l’eau, sur le limbe de deux feuilles. L’une de ces feuilles ne fut que peu affectée ; l’autre s’infléchit et resta dans cet état pendant dix jours; au bout de ce temps, quelques tentacules commencèrent à se redresser, tous les autres étant fortement attaqués ou même tués. Je répétai l’expérience, mais en ayant soin d’humecter le phosphate avec de la salive pour assurer une prompte inflexion ; une feuille resta infléchie pendant six jours, et je dois faire remarquer que la petite quantité de salive employée n’aurait pas pu causer une inflexion aussi prolongée : au bout de ce temps, la feuille mourut; l’autre feuille essaya de se redresser le sixième jour, mais elle n’y était pas encore parvenue le neuvième, et elle finit par mourir aussi. Je plaçai alors sur le limbe de trois feuilles une quantité plus considérable de phosphate humecté avec de l’eau; ces feuilles étaient trésfortement infléchies au bout de vingt-quatre heures. Elles ne se redressèrent jamais ; le quatrième jour elles paraissaient malades, le sixième jour elles étaient presque mor-
tes. Pendant ces six jours, de grosses gouttes de liquide peu visqueux pendaient sur les bords. J’essayai ce liquide tous les jours avec du papier de tournesol, mais il ne le colora jamais; c’est là une circonstance que je ne peux comprendre, car le biphosphate de chaux est acide. Je suppose que l’acide de la sécrétion agissant sur le phosphate a dû former du biphosphate, et que ce biphosphate étant absorbé complétement tua les feuilles; les grosses gouttes qui pendaient le long des bords étant tout simplement une sécrétion anormale. Quoi qu’il en soit, il est évident que le phosphate de chaux est un stimulant trésénergique. De trés-petites doses sont méme plus ou moins vénéneuses, et cela probablement en vertu du méme principe qui veut que la viande crue et d’autres substances alimentaires données en excès amènent la mort des feuilles. Il suit de là qu’on peut, sans doute, conclure correctement que l’inflexion longtemps continuée des tentacules sur des fragments d’os, d’émail et de dentine provient de la présence du phosphate de chaux et non pas de la présence de matiéres animales.
Gélatine. — VYemployai de la gélatine en feuilles minces qui m'a été donnée par le professeur Hoffmann : comme terme de comparaison, je plaçai sur de la mousse humide des morceaux ayant le même volume que ceux que j'ai placés sur les feuilles. Les morceaux placés sur la mousse se gonflèrent et gardèrent leurs angles pendant trois jours ; au bout de cinq jours ils formaient des masses molles arrondies, mais le huitième jour même on pouvait encore distinguer dans la masse des traces de gélatine. Je plongeai d’autres morceaux dans l’eau ; bien que très-gonflés, les angles de ces morceaux restèrent nets pendant six jours. Je placai sur deux feuilles des morceaux ayant 1/10° de pouce carré, ou 2,54 millimètres, qui avaient été humectés avec de l’eau ; au bout de deux ou trois jours, il ne res-
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tait sur les feuilles qu’un peu de liquide visqueux acide qui ne montra aucune tendance à se transformer de nouveau en gélatine, ce qui prouve que la sécrétion doit exercer sur la gélatine une action différente de celle de l’eau et probablement la même que celle qu’exerce le suc gastrique‘. Je plongeai dans l’eau pendant trois jours des morceaux de gélatine ayant le même volume que les précédents, puis je les plaçai sur deux grandes feuilles ; au bout de deux jours, la gélatine s’était liquéfiée et était devenue acide, mais l’inflexion était peu considérable. Les feuilles commencèrent à se redresser au bout de quatre ou cinq jours; beaucoup de liquide restait alors sur le disque, ce qui prouve qu'il y en avait eu fort peu d’absorbé. Dès qu’elle eut repris sa position naturelle une de ces feuilles captura une petite mouche, et, au bout de vingt-quatre heures, elle était complétement infléchie, ce qui prouve que les matières animales provenant d’un insecte exercent une action beaucoup plus énergique que la gélatine. Je plaçai ensuite sur trois feuilles des morceaux de gélatine beaucoup plus gros, quiavaient séjourné dans l’eau pendant cinq jours; les feuilles ne s’infléchirent guère que vers le troisième jour et la gélatine ne fut complétement liquéfiée que le quatrième. L’une des feuilles commença à se redresser ce même jour; la seconde le cinquième jour, et la troisième le sixième jour. Ces divers faits prouvent que la gélatine est loin d’exercer une action énergique sur le Drosera.
J'ai constaté, dans le chapitre précédent, qu’une solution de colle de poisson du commerce, aussi épaisse que l'est la crème, provoque une forte inflexion. Je désirai donc comparer son action avec celle de la gélatine pure. Je -préparai des solutions contenant une partie de chacune de ces substances pour 218 parties d’eau, et je plaçai sur le limbe de huit feuilles des gouttes ayant un volume d’un
1. Docteur Lauder Brunton , Handbook for the Phys. Laboratory, “1873, pp. 477, 487; Schiff, Leçons phys. de la digestion, 1861, p. 249.
demi-minime (0,0296 de milligr.), de telle sorte que chaque feuille recoive 1/420¢ de grain ou 0,135 de millig. de colle de poisson ou de gélatine. Les quatre feuilles traitées avec la colle de poisson s’infléchirent beaucoup plus fortement que les quatre autres. J’en conclus donc que la colle de poisson contient quelques substances albumineuses solubles, quoique probablement en très-petite quantité. Aussitôt que ces huit feuilles eurent repris leur position naturelle, je plaçai sur elles des petits morceaux de viande rôtie, et, au bout de quelques heures, tous les tentacules étaient considérablement infléchis, ce qui prouve de nouveau que la viande exerce sur le Drosera une action beaucoup plus énergique que la gélatine ou que la colle de poisson. C’est là un fait intéressant, car on sait que la gélatine en elle-même n’est guère nutritive pour les animaux !,
Chondrine. — Le D' Moore m’envoya de la chondrine à l’état gélatineux. J'en fis lentement dessécher une partie et j'en placai un petit morceau sur une feuille et un morceau beaucoup plus gros sur une seconde feuille. Au bout d’un jour le premier morceau s'était liquéfié; au bout du même laps de temps, le gros morceau s'était gonflé et amolli considérablement, mais il ne se liquéfia complétement que le troisième jour. J’expérimentai ensuite sur la gelée non desséchée, et, pour contrôler cette expérience, je plongeai dans l’eau, pendant quatre jours, des petits cubes taillés dans cette gelée ; ils conservèrent leurs angles bien définis. Je placai alors sur deux feuilles des cubes de même volume et des cubes plus gros sur deux autres feuilles. Les tentacules et le limbe de ces dernières feuilles s'infléchirent complétement au bout de vingt-deux heures;
1. Le docteur Lauder Brunton a publié dans le Medical record, janvier 1873, p.36, un résumé des opinions de Voit sur la part indirecte que joue la gélatine dans la nutrition.