‹ Les plantes insectivoresChapitre 34 sur 123 · DROSERA ROTUNDIFOLIA · texte numérisé non relu

DROSERA ROTUNDIFOLIA

au contraire, les tentacules des feuilles supportant les cubes plus petits ne s’infléchirent que modérément. En tout cas, au bout de vingt-deux heures, la gelée placée sur les quatre feuilles s’était liquéfiée et était devenue très-acide. Les glandes s'étaient noircies par suite de l'agrégation du protoplasma. Quarante-six heures après que la gelée eut été placée sur les feuilles elles commencèrent à se redresser; elles l’étaient complétement au bout de soixante-dix heures; il ne restait alors sur le limbe qu’une petite quantité de liquide légèrement visqueux qui n'avait pas été absorbé.

Je fis dissoudre une partie de cette chondrine en gelée dans 218 parties d’eau bouiilante, et je plaçai sur quatre feuilles des gouttes ayant un volume d’un demi-minime, de telle sorte que chacune d’elles recut 1/480° de grain, soit 0,135 de millig. de la gelée, ce qui est loin d’être équivalent à un poids égal de chondrine desséchée. Toutefois, cette quantité si minime exerca une action trés-énergique, car, dans le court espace de trois heures trente minutes, les quatre feuilles s'étaient fortement infléchies. Trois d’entre elles commencèrent à se redresser au bout de vingt-quatre heures ; au bout de quarante-huit heures elles avaient complétement repris leur position naturelle; néanmoins la quatrième ne s'était encore redressée qu’en partie. Toute la chondrine liquéfiée était alors complétement absorbée. Il ressort de ces expériences qu’une solution de chondrine agit beaucoup plus rapidement et beaucoup plus énergiquement que la gélatine ou que la colle de poisson pure; toutefois, de hautes autorités m'affirment quil est très-difficile, pour ne pas dire impossible, de savoir si la chondrine est pure ou si elle contient des composés albumineux; dans ce dernier cas, on aurait l’explication facile des résultats que je viens d'indiquer. Quoi qu’il en soit, j'ai pensé qu'il était bon d'indiquer ces faits, car il règne beaucoup de doutes sur la valeur nutritive

de la gélatine, et le D' Lauder Brunton ne connaît aucune expérience sur la valeur relative de la gélatine et de la chondrine au point de vue de l’alimentation des animaux.

Lait. — Nous avons vu, dans le dernier chapitre, que le lait exerce une action trés-énergique sur les feuilles, mais je ne saurais dire si ce résultat est dû à la caséine ou à l’albumine que contient le lait. Des gouttes de lait assez grosses excitent une sécrétion très-acide si abondante, qu’elle coule quelquefois le long des feuilles; on obtient le même résultat avec de la caséine préparée chimiquement. Des petites gouttes de lait placées sur les feuilles se coagulent au bout de dix minutes environ. Schiff! nie que la coagulation du lait par le suc gastrique soit due exclusivement à l'acide présent, il est au contraire disposé à l’attribuer en partie à la pepsine; or, quand il s’agit de gouttes placées sur les feuilles du Drosera, il est douteux que la coagulation soit due entièrement à l'acide, car nous avons vu que la sécrétion n’affecte pas ordinairement la couleur du papier de tournesol jusqu’à ce que les tentacules se soient considérablement infléchis; or, comme nous venons de le voir, la coagulation commence au bout de dix minutes environ. Je placai sur le limbe de cing feuilles des petites gouttes de lait écrémé; une grande partie de la substance coagulée ou lait caillé fut dissoute au bout de six heures, et la totalitéau bout de huit heures. Ces feuilles se redressèrent au bout de deux jours; j’enlevai alors avec soin, pour l’examiner, le liquide visqueux restant sur le disque. Il me sembla, à première vue, que toute la caséine n’avait pas été dissoute, car il restait quelques substances qui, observées à la lumière réfléchie, paraissaient blanchâtres. Toutefois, quand j’ai observé ces substances avec un fort grossissement et que je les ai com-

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