Acide hippurique, inflexion assez lente, poison
lente, mais considérable, n'est | 19. — Acide cyanhydrique, in-
pas un poison. flexion assez rapide, poison vio- 16.— Acide benzoique, inflexion lent.
rapide, poison violent.
Acide azotique. — Je placai 4 feuilles, chacune dans 30 minimes
d'une solution contenant 4 partie en poids d’acide pour 437 parties d’eau, de façon à ce que chaque feuille reçoive 1/16° de grain (4,048 milligr.) d’acide. J'ai choisi cette dilution pour cet acide et pour la plupart de ceux qui vont suivre afin d’avoir une solution au même degré que pour les sels avec lesquels j'ai expérimenté. Au bout de deux heures trente minutes, les tentacules de quelques feuilles étaient considérablement infléchis; au bout de six heures trente minutes tous les tentacules étaient presque complétement infléchis, ainsi que le limbe des feuilles. Le liquide avait pris une légère teinte rose, ce qui prouve toujours que les feuilles ont été attaquées. Je les plongeai alors dans l’eau pure pendant 3 jours, mais les tentacules restèrent infléchis et les feuilles étaient évidemment mortes. La plupart des glandes étaient devenues inco.ores. Je plongeai alors 2 feuilles chacune dans 30 minimes d’une solution contenant 4 partie d'acide pour 1000 parties d’eau; au bout de quelques heures j’observ: i une légère inflexion; au bout de vingtquatre heures presque tous les tentacules et le limbe des deux feuiiles étaient infléchis ; je plongeai alors ces 2 feuilles dans l’eau pure et je les y laissai pendant trois jours: Pune d’elles se redressa en partie et finit par se remettre. Je plongeai alors 2 feuilles, chacune dans 30 ininimes d’une solution contenant 1 partie d’acide pour 2000 parties d’eau; cette solution produisit peu d’effet; toutefois, la plupart des tentacules se trouvant près du sommet du pétiole s’infléchirent comme si l'acide avait été absorbé par l'extrémité coupée.
Acide chlorhydrique. — Une partie pour 437 parties d’eau. Je plongeai 4 feuille:, comme auparavant, chacune dans 30 minimes. Au bout de six heures, les tentacules d’une seule feuille étaient considérablement infléchis. Au bout de huit heures quinze minutes, les
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tentacules et le limbe d’une feuille étaient bien infléchis ; les 3 autres feuilles l’étaient modérément et le limbe de l’une de ces dernières légèrement. Le liquide ne prit aucune teinte rose. Au bout de vingtcing heures, 3 de ces feuilles commencèrent ase redresser, mais leurs glandes étaient roses au lieu d’être rouges ; la quatrième feuille resta infléchie, elle semblait très-malade ou même morte, ses glandes étaient devenues blanches. J’essayai alors, sur 4 feuilles, 30 minimes d’une solution contenant 1 partie d’acide pour 875 parties d’eau; au bout de vingt etune heures elles étaient modérément infléchies; je les plongeai ensuite dans l’eau et, au bout de deux jours, elles étaient redressées complétement et semblaient en parfaite santé.
Acide iodhydrique. — 1 partie pour 437 parties d’eau; 3 feuilles plongées, comme il a été dit précédemment, chacune dans 30 minimes de la dilution. Au bout de quarante-cinq minutes, les glandes avaient perdu leur couleur et le liquide était devenu rosé, mais aucune inflexion ne s’était produite. Au bout de cinq heures, tous les tentacules étaient étroitement infléchis; en outre, les glandes avaient, pendant ce laps de temps, sécrété une si grande quantité de mucus qu'on pouvait l’étirer en longs filaments. Je plaçai ensuite ces feuilles dans l’eau, mais elles ne se redressèrent jamais, évidemment elles étaient mortes. Je plong’ai alors 4 feuilles dans une dilution contenant 4 partie d’acide pour 875 parties d’eau; l’action fut plus lente; toutefois, au bout de vingt-deux heures, les 4 feuilles étaient fortement infléchies et furent affectées sous tous les autres rapports comme celles employées dans l’expérience précédente. Ces feuilles ne se redressèrent pas quoique je les aie laissées quatre jours dans l’eau. Cet acide a une action beaucoup plus puissante que l’acide chlorhydrique et, en outre, il agit comme poison.
Acide iodique. — 1 partie pour 437 parties d’eau; 3 feuilles plongées chacune dans 30 minimes; au bout de trois heures forte inflexion; au bout de quatre heures, les glandes deviennent brun foncé; au bout de huit heures trente minutes, inflexion complète et les feuilles sont devenues flasques; le liquide ne s’est pas coloré en rose. Je plongeai alors ces feuilles dans l’eau et je vis le lendemain qu'elles étaient mortes.
Acide sulfurique. — A partie pour 437 parties d’eau; 4 feuilles plongées chacune dans 30 minimes; au bout de quatre heures forte inflexion ; au bout de six heures le liquide commence à se colorer en rose. Je plongeai alors ces feuilles dans l’eau; au bout de
quarante-six heures, 2 étaient encore fortement infléchies et les 2 autres commençaient à se redresser; beaucoup de glandes étaient incolores. Cet acide n’est pas un poison aussi violent que l'acide iodhydrique ou que l'acide iodique.
Acide phosphorique.— 1 partie pour 437 parties d’eau; 3 feuilles plongées ensemble dans 90 minimes de la solution; au bout de cinq heures trente minutes, une légère inflexion et quelques glandes deviennent incolores; au bout de huit heures, tous les tentacules fortement infléchis et beaucoup de glandes incolores; le liquide est devenu rose. Je plongeai alors ces feuilles dans l’eau et je les y laissai pendant deux jours et demi; elles restent dans le même état et paraissent mortes.
Acide borique. — 1 partie pour 437 parties d’eau; 4 feuilles plongées ensemble dans 120 minimes de la dilution; au bout de six heures, inflexion très-légère; au bout de huit heures quinze minutes, les tentacules de 2 feuilles sont considérablement infléchis ; ceux des 2 autres légèrement. Au bout de vingt-quatre heures, les tentacules d’une feuille sont assez fortement infléchis, ceux de la deuxième moins étroitement, ceux de la troisième et de la quatrième modérément. Je lavai alors les feuilles et je les plongeai dans l’eau ; au bout de vingt-quatre heures, elles étaient presque complétement redressées et paraissaient en bonne santé. Cet acide se rapproche beaucoup par ses effets de l'acide chlorhydrique dilué au mème degré ; comme lui, il provoque l’inflexion et n’agit pas comme poison.
Acide formique. — 1 partie pour 437 parties d’eau; 4 feuilles plongées ensemble dans 120 minimes de la dilution; au bout de quarante minutes, inflexion légère, et, au bout de six heures trente minutes, inflexion très-modérée; au bout de vingt-deux heures, l’inflexion n’est pas beaucoup plus considérable que celle qui se produit ordinairement dans l’eau. Je lavai alors 2 feuilles et je les plongeai dans une solution de phosphate d’ammoniaque (1 grain de phosphate pour 20 onces d’eau); au bout de vingt-quatre heures, les tentacules étaient considérablement infléchis et le contenu de leurs cellules agrégé, ce qui indique que le phosphate avait exercé son action, mais non pas dans les proportions où il l’exerce ordinairement.
Acide acélique. — 1 partie pour 437 parties d’eau; 4 feuilles plongées ensemble dans 120 minimes de la dilution. Au bout d’une heure vingt minutes, les tentacules des & feuilles et le limbe de 2
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d’entre elles étaient considérablement infléchis. Au bout de huit heures, les feuilles étaient devenues flasques, les tentacules étaient fortement infléchis et le liquide s’était coloré en rose. Je lavai alors les feuilles et je les plongeai dans l’eau; le lendemain matin l’inflexion persistait et les feuilles avaient pris une couleur rouge très-foncé, bien que les glandes fussent incolores. Le lendemain elles avaient pris une teinte sale et elles étaient évidemment mortes. Cet acide est bien plus puissant que l’acide formique ; c’est, en outre, un poison violent. Je plaçai ensuite sur le disque de 5 feuilles un demiminime d’une solution plus concentrée, c’est-à-dire contenant 4 partie en volume pour 320 parties d’eau; aucun des tentacules extérieurs ne s’infléchit, ceux entourant le disque qui avaient pu directement absorber l'acide s’infléchirent. Probablement la dose était trop forte et avait paralysé les feuilles, car une goutte d’une dilution plus faible provoqua une forte inflexion; quoi qu'il en soit, les feuilles sur lesquelles j'ai expérimenté avec cet acide moururent toutes au bout de 2 jours.
Acide propionique. — 1 partie pour 437 parties d’eau; 3 feuilles plongées ensemble dans 90 minimes de la dilution, au bout d’une heure cinquante minutes, aucune inflexion ; au bout de trois heures quarante minutes, une feuille est considérablement infléchie et les deux autres légèrement. L’inflexion continue à augmenter, de telle sorte qu'au bout de huit heures les trois feuilles étaient fortement infléchies. Le lendemain matin, c’est-à-dire au bout de vingt heures, la plupart des glandes étaient devenues trés-pales, mais quelques-unes, au contraire, étaient presque noires. Les glandes n'avaient pas sécrété de mucus et le liquide avait pris une teinte rosée extrémement légére. Au bout de quarante-six heures, les feuilles devinrent quelque peu flasques; évidemment elles étaient mortes, comme le prouva ensuite un long séjour dans l’eau. Le protoplasma des tentacules fortement infléchis n’était aucunement agrégé, mais vers la base des tentacules il s’était réuni en petites masses brunatres au fond des cellules. Ce protoplasma était inerte, car l’immersion de la feuille dans une solution de carbonate d’ammoniaque ne provoqua aucune agrégation. L’acide propionique, tout comme son allié, l'acide acétique, est un poison violent pour le Drosera, mais il provoque l’inflexion beaucoup plus lentement que ce dernier acide.
Acide oléique donné par le professeur Frankland. — Je plongeai 3 feuilles dans cet acide; un certain degré d’inflexion se manifesta presque immédiatement; il augmenta légérement, puis cessa,
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et les feuilles semblèrent mortes. Le lendemain matin les feuilles étaient ridées et beaucoup de glandes s'étaient détachées des tentacules.. Je plaçai des gouttes de cet acide sur le disque de 4 feuilles ; au bout de quarante minutes, tous les tentacules étaient considérament infléchis, sauf les tentacules marginaux, et, au bout de trois heures, quelques-uns de ceux-ci commencèrent à s’infléchir. J’expérimentai avec cet acide parce que je croyais, ce qui semble erroné, qu'il est présent dans l'huile dolive qui exerce sur les feuilles une aclion analogue. Ainsi, si l’on place une goutte de cette huile sur le disque d’une feuille, elle ne provoque pas linflexion des tentacules extérieurs; toutefois, quand on place une goutte microscopique d'huile sur la sécrétion qui entoure les glandes des tentacules exterieurs, ceux-ci s’infléchissent parfois, mais pas toujours. Je plongeai aussi 2 feuilles dans l’huile d'olive, et, pendant les douze premières heures, aucune inflexion ne se produisit; mais, au bout de vingt-trois heures, presque tous les tentacules étaient infléchis. Je plongeai aussi 3 feuilles dans l'huile de lin non bouillie; bientôt après l'immersion, les tentacules s’infléchirent quelque peu, et l’inflexion devint considérable au bout de trois heures. Au bout d’une heure, la sécrétion qui entoure les glandes s'était colorée en rose. Je conclus de ce dernier fait qu’on ne saurait attribuer à l’albumine, que l’huile de lin contient dit-on, la faculté qu'a cette huile de provoquer l’inflexion.
Acide carbolique. — À grain d’acide pour 437 parties d’eau ; 2 feuilles plongées ensemble dans 60 minimes de la solution; au bout de 7 heures, l’une était légèrement infléchie, et, au bout de vingtquatre heures, toutes d’eux l’étaient étroitement; pendant ce laps de temps, les glandes avaient secrété une quantité extraordinaire de mucus. Je lavai ces feuilles et je les laissai deux jours dans l’eau; elles restérent infléchies; la plupart de leurs glandes étaient devenues pales et semblaient mortes. Cet acide est un poison, mais il est loin d'agir aussi énergiquement ou aussi rapidement sur les feuilles qu'on aurait pu s'y attendre, en raison de la puissance destructive qu’il possède vis-a-vis des organismes inférieurs. Je plaçai une goutte de la mème solution sur le disque de 3 feuilles; au bout de vingt-quatre heures, les tentacules exterieurs ne s'étaient pas infléchis; je plaçai alors sur ces feuilles des petits morceaux de viande et les tentacules s’infléchirent bien. J’essayai ensuite de placer sur le disque de 3 feuilles un demi-minime d’une solution plus concentrée,
4. Voir les articles Glycérine et Acide oléique dans Watts Dict. of Chemistry.
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c'est-à-dire contenant 1 partie d’acide pour 218 parties d’eau ; aucune inflexion des tentacules extérieurs ne se produisit; je plaçai alors, comme dans l'expérience précédente, un petit morceau de viande sur chacune des feuilles; les tentacules d’une seule feuille s’infléchirent convenablement, les glandes du disque des 2 autres s’étaient desséchées et paraissaient très-malades. Nous voyons par ces expériences que les glandes du disque après avoir absorbé cet acide transmettent rarement une impulsion aux tentacules extérieurs, bien que ces derniers agissent vigoureusement quand leurs glandes absorbent directement l’acide.
Acide lactique. — 1 partie pour 437 parties d’eau; 3 feuilles plon gées ensemble dans 90 minimes de la solution. Au bout de quarante-huit minutes aucune inflexion, mais le liquide prend une teinte rose; au bout de huit heures trente minutes, une feuille seule est légerement infléchie, et presque toutes les glandes des 3 feuilles sont devenues très-pâles. Je lavai alors les feuilles et je les plongeai dans une solution de phosphate d’ammoniaque (4 grain de phosphate pour 20 onces d’eau) ; au bout de seize heures environ, j observai seulement une trace d’inflexion. Je Jaissai les feuilles dans la solution de phosphate pendant quarante-huit heures; elles restèrent dans le même état, presque toutes leurs glandes étant décolorées. Le protoplasma contenu dans les cellules ne s’était pas agrégé, sauf dans les cellules de quelques tentacules dont les glandes n'étaient pas très-décolorées. Je suppose donc que presque toutes les glandes et presque tous les tentacules ont été tués si soudainement par l’acide, qu’à peine une légère inflexion a pu se produire. Je plongeai alors 4 feuilles dans 120 minimes d’une solution plus faible, c’est-à-dire contenant 1 partie d'acide pour 875 parties d’eau. Deux heures trente minutes après, le liquide était devenu tout rose et les glandes très-pâles, mais aucune inflexion ne s'était produite; au bout de sept heures trente minutes, les tentacules de 2 feuilles étaient quelque peu infléchis et les glandes étaient presque toutes blanches. Au bout de vingtdeux heures, ceux de 2 feuilles étaient considérablement infléchis et ceux de la troisième l'étaient légèrement; la plupart des glandes étaient blanches, les autres d’un rouge foncé. Au bout de quarante-cing heures, presque tous les tentacules d'une feuiile étaient infléchis; un grand nombre chez la seconde; quelques-uns chez la troisième et chez la quatrième; presque toutes les glandes étaient devenues blanches à l'exception de celles du disque de deux feuilles dont la plupart étaient d’un rouge très-foncé. Les feuilles paraissaient mortes. L’acide lactique agit donc de façon toute particulière, il provoque
Pinflexion de façon très-lente et c’est un poison violent. L’immersion dans des solutions encore plus faibles, c’est-à-dire contenant 1 partie dacide pour 1,312 parties et même pour 4,750 parties d’eau, semble tuer les feuilles sans provoquer d’inflexion, car les tentacules, s’inciinent en sens opposé; de plus, les glandes deviennent complétement blanches.
Acides gallique, tannique, tartrique et citrique. — À partie de chacun d’eux pour 437 parties d’eau. Je plongeai 3 ou 4 feuilles, chacune dans 30 minimes de ces 4 solutions, de façon a ce que chaque feuille reçoive 1/16* de grain (4,048 milligr.) d’acide. Au bout de vingt-quatre heures, aucune inflexion ne s'élail produite et les feuilles ne paraissaient pas du tout attaquées. Je plongeai dans une solution de phosphate d’ammoniaque (1 grain de phosphate pour 20 onces d’eau) les feuilles qui avaient séjourné déjà dans l'acide tannique et dans l’acide tartrique, mais aucune inflexion ne se produisit au bout de vingt-quatre heures. D'autre part, les 4 feuilles qui avaient élé traitées par l'acide citrique s’inflechirent sensiblement après cinquante minutes d'immersion dans la solution de phosphate d’ammoniaque; au bout de cing heures, elles étaient fortement infléchies et elles restèrent dans cet état pendant vingt-quatre heures,
Acide malique. — 1 partie pour 437 parties d’eau; 3 feuilles plongées ensemble dans 90 minimes de la solution; au bout de huit heures vingt minutes, aucune feuille n'était infléchie, mais au bout de vingt-quatre heures, 2 d’entre elles l’étaient considérablement et la troisième légèrement, plus cependant que cela n’a lieu par l'action de l’eau. Les glandes n'avaient pas sécrété beaucoup de mucus. Je plongeai alors les feuilles dans l’eau, et, au bout de deux jours, les tentacules élaient redressés en partie. Il résulte de cette expérience que cet acide n'est pas un poison.
Acide oxalique.—1 grain d’acide pour 437 parties d’eau ; 3 feuilles plongées ensemble dans 90 minimes de la solution; au bout de deux heures dix minutes, inflexion considérable; glandes pâles; le liquide a pris une couleur rouge foncé; au bout de huit heures, inflexion excessive. Je plaçai alors les-feuilles dans l'eau; six heures environ après, les tentacules étaient devenus rouge très-foncé, comme ceux des feuilles plongées dans l’acide acétique. Au bout d’un nouveau laps de temps de vingt-quatre heures, les 3 feuilles étaient mortes et les glandes incolores.
Acide benzoïque. — 1 grain d'acide pour 437 parties d'eau;
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5 feuilles plongées chacune dans 30 minimes de la solution. Cette solution est si faible que c’est à peine si l’on peut distinguer le gout de l'acide, et cependant, comme nous allons le voir, elle constitue un poison violent pour le Drosera. Au bout de cinquantedeux minutes, les tentacules sous-marginaux étaient quelque peu infléchis et toutes les glandes étaient très-pâles; le liquide s'était coloré en rose. Dans une autre expérience, le liquide était devenu rose au bout de douze minutes seulement, et les glandes aussi blanches que si l’on avait plongé la feuille dans l’eau bouillante. Au bout de quatre heures, inflexion considérable, mais aucun des tentacules n'était étroitement infléchi, ce qui provient, je crois, de ce qu’ils avaient été paralysés avant d’avoir eu le temps d'achever leur mouvement. Les glandes avaient sécrété une quantité extraordinaire de mucus. Je laissai quelques feuilles dans la solution; je retirai les autres après une immersion de six heures trente minutes pour les plonger dans l’eau. Le lendemain matin, les unes et les autres étaient mortes; les feuilles restées dans la solution paraissaient flasques, celles plongées dans l’eau, qui avait pris une teinte jaune, étaient devenues brun pale avec les glandes toutes blanches. |
Acide succinique. — 1 grain d’acide pour 437 parties d’eau; 3 feuilles plongées ensemble dans 90 minimes de la solution; au bout de quatre heures quinze minutes, inflexion marquée, et, au bout de vingt-trois heures, inflexion considérable; la plupart des glandes pales et le liquide coloré en rose. Je lavai alors les feuilles et je les plongeai dans l’eau; au bout de deux jours quelques signes de redressement, mais beaucoup de glandes étaient encore blanches. Cet acide est loin d’être un poison aussi violent que l’acide oxalique ou que l'acide benzoïque.
Acide urique. — Je plongeai 3 feuilles dans 180 minimes d’une dilution contenant 4 grain d’acide pour 875 parties d’eau chaude, ce qui ne suffit pas cependant pour dissoudre tout l’acide, mais, en somme, chaque feuille reçut environ 1/16* de grain (4,048 millig.) d'acide. Au bout de vingt-cinq minutes, j’observai une legère inflexion qurn'augmenta jamais; au bout de neuf heures, les glandes n'étaient pas décolorées et la solution n'avait pas pris une teinte rose; néanmoins, les glandes avaient sécrété beaucoup de mucus. se plaçai alors les feuilles dans l’eau, et le lendemain matin elles étaient complétement redressées. Je doute que cet acide provoque réellement l’inflexion, car on peut attribuer à la présence de quelques traces de matières albumineuses le léger mouvement que j'ai remarqué tout d’abord. Toutefois, la
sécrétion si abondante des glandes prouve que cet acide doit produire quelque effet.
Acide hippurique. — 1 grain d’acide pour 437 parties d’eau; 4 feuilles plongées ensemble dans 120 minimes de la solution. Au bout de deux heures, le liquide s'était coloré en rose, les glandes étaient devenues pales, mais aucune inflexion ne s’était produite. Au bout de six heures une légére inflexion; au bout de neuf heures, tous les tentacules des 4 feuilles étaient considérablement infléchis; les glandes devenues très-pâles avaient sécrété beaucoup de mucus. Je plongeai alors’ies feuilles dans l’eau et je les y laissai pendant deux jours; elles restèrent étroitement infléchies avec les glandes incolores et je ne doute pas qu’elles ne fussent mortes.
Acide cyanhydrique.— 1 partie pour 437 parties d’eau; 4 feuilles plongées chacune dans 30 minimes de la solution; an bout de deux heures quarante-cinq minutes, tous.les lentacules étaient considérablement intlechis et beaucoup de glandes avaient pali; au bout de trois heures quarante-cinq minutes tous les tentacules étaient fortement infléchis et le liquide devenu rose; au bout de six heures, tous les tentacules fortement infléchis. Après une immersion de huit heures vingt minutes, je lavai les feuilles et je les plongeai dans l’eau; le lendemain matin, au bout d’environ seize heures, elles restaient encore infléchies et décolorées; le lendemain, elles étaient évidemment mortes. Je plongeai alors 2 feuilles dans une solution plus concentrée contenant 4 partie d’acide pour 50 parties d'eau ; au bout de une heure quinze minutes, les glandes devinrent aussi blanches que de la porcelaine, tout comme si on les avait plongées dans l’eau bouillante; quelques tentacules seulement étaient infléchis, mais, au bout de quatre heures, ils l’étaient presque tous. Je plongeai alors ces feuilles dans l’eau et je vis le lendemain qu'elles étaient mortes. Je plaçai ensuite sur le disque de 5 feuilles un demi-minime d’une solution de la même force, c’est-à-dire contenant 1 partie d’acide pour 50 parties d’eau; au bout de vingt et une heures, tous les tentacules extérieurs étaient infléchis et les feuilles semblaient avoir été vivement attaquées. Je touchai aussi la sécrétion visqueuse sur un grand nombre de glandes avec des gouttes microscopiques ayant un volume d’environ 1/20° de minime, soit 0,00296 de milligr. du mélange de Scheele (6 °/, d'acide); les glandes devinrent d’abord rouge brillant, et, au bout de trois heures quinze minutes environ, les 2/3 des tentacules portant ces glandes étaient infléchis; ils restèrent en cet état pendant les deux jours suivants, mais alors ils me parurent morts.
Conclusions sur l'action exercée par les acides. — Il est évident que les acides ont une forte tendance à provoquer l’inflexion des tentacules ; car, sur 24 acides avec lesquels j'ai expérimenté, 19 provoquent l’inflexion soit rapidement et énergiquement, soit lentement et légèrement‘. Ce fait est d’autant plus remarquable que le suc d’un grand nombre de plantes, à en juger par le goût, contient beaucoup plus d'acide que les solutions employées dans mes expériences. Les effets énergiques exercés par tant d'acides sur le Drosera nous autorisent à penser que les acides naturels que contiennent les tissus de cette plante et de beaucoup d’autres doivent jouer un rôle important dans leur économie. Sur les cing cas dans lesquels les acides n’ont pas provoqué l’inflexion des tentacules, un cas, tout au moins, est douteux : l’acide urique, en effet, a agi légèrement et a provoqué d’abondantes sécrétions de mucus. La simple acidité au goût n’est pas un critérium de l'influence d’un acide sur le Drosera; en effet, l'acide citrique et l'acide tartrique ont un goût très-acide, et cependant ni l’un ni l’autre n’amènent l’inflexion des tentacules. Il est à remarquer aussi combien les acides diffèrent de puissance. Ainsi, l’acide chlorhydrique agit beaucoup moins énergiquement que l'acide iodhydrique et que beaucoup d’autres acides de la même force et, en outre, il n’est pas un poison. C’est là un fait intéressant, car l’acide chlorhydrique joue un rôle très-important dans la digestion des animaux. L’acide formique provoque une inflexion trèslégère, tandis que son allié l'acide acétique exerce une action rapide, énergique et est un poison. L’acide malique exerce une action légère, tandis que l’acide citrique et
4. Selon M. Fournier, De la Fécondation dans les Phanerogames, 1863, p. 61, une goutte d'acide acétique, d’acide chlorhydrique ou d’acide sulfurique, provoque la fermeture immédiate des étamines du Berberis, bien qu’une goutte d’eau nait pas cette faculté, comme je peux l’affirmer moimême.
l’acide tartrique ne produisent aucun effet. L’acide lactique est un poison; il est un autre fait remarquable à constater à son sujet, c’est le laps de temps considérable qui s’écoule avant qu’il ne provoque l’inflexion. Toutefois, ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’une dilution d'acide benzoïque, faible au point qu'il est difficile de reconnaître au goût une trace d’acidité, agisse avec une si grande rapidité et constitue un poison si violent; on m’apprend, en effet, que cet acide ne provoque aucun effet marqué sur l’économie des animaux. En jetant un coup d'œil sur la liste qui se trouve au commencement de cette discussion on peut voir que la plupart des acides constituent des poisons et souvent des poisons violents. On sait que les acides dilués provoquent une osmose négative! ; or, l’action vénéneuse exercée par tant d'acides sur le Drosera se relie peut-être à cette propriété, car nous avons vu que le liquide, dans lequel plongent les feuilles, prend souvent une teinte rose et que les glandes deviennent pâles ou blanches. Beaucoup d'acides vénéneux, tels que l’acide iodhydrique, l'acide benzoique, l’acide hippurique et l'acide carbolique (je ne cite que ceux-là, car j'ai négligé de noter tous les exemples) provoquent la sécrétion d’une quantité si extraordinaire de mucus que de longs filaments de cette substance pendent aux feuilles quand on les retire des solutions. D’autres acides, tels que l’acide chlorhydrique et l’acide malique, n’ont pas cet effet; avec ces deux derniers, le liquide n’a pas été coloré en rose et les feuilles n’ont pas été empoisonnées. D'autre part, l'acide propionique, qui est un poison, ne provoque pas Ja sécrétion d’une grande quantité de mucus, et cependant le liquide se teinte légèrement en rose. Enfin, de même que nous l’avons vu pour certaines solutions salines, les feuilles, après une immersion dans certains acides, obéissent rapidement à