Dr Fayrer, The Thanatophidia of India, 1872, p
divers acides, c’est-à-dire ceux d’argent, de mercure, d’or, d’étain, d’arsenic, de chrome, de cuivre et de platine, qui tous, ou presque tous, sont des poisons violents pour les animaux, le sont également pour le Drosera. Mais, fait trés-singulier, le chlorure de plomb et deux sels de baryte n’empoisonnent pas cette plante. Il est un autre fait tout aussi étrange, c’est que, bien que l’acide acétique et l’acide propionique constituent des poisons violents, leur allié l’acide formique n’en est pas un; on sait encore que, tandis que certains acides végétaux, tels que l'acide oxalique, l'acide benzoïque, etc., sont des poisons violents, l'acide gallique, l'acide tannique, l'acide tartrique et l'acide malique, étendus d’eau dans les mêmes proportions que les premiers, ne constituent pas un poison. L’acide malique provoque l’inflexion, tandis que les trois autres acides végétaux que nous venons d'indiquer n’ont pas cette propriété. D'ailleurs, il faudrait un codex tout entier pour décrire les effets divers de différentes substances sur le Drosera’.
Plusieurs des alcaloïdes et des sels que j'ai employés ne possèdent en aucune facon la propriété de provoquer Vinflexion; d’autres, absorbés certainement, comme le prouve le changement de couleur des glandes, ne provoquent qu’une inflexion tres-faible; d’autres enfin, tels que l’acétate de quinine et la digitaline, provoquent une forte inflexion.
1. L’acide acétique, l’acide cyanhydrique, l’acide chromique, l’acétate de strychnine et la vapeur de l’éther sont des poisons pour le Drosera; il est donc fort remarquable que le D™ Ransom, Philosoph. Transact., 1867, p. 480, qui a employé des solutions beaucoup plus fortes de ces substances que je ne l’ai fait, dise « que la contractibilité rhythmique du jaune (de l’œuf d’un brochet) n’est pas matériellement influencée par les poisons qu’il a essayés, à condition qu'ils n’agissent pas chimiquement, sauf le chloroforme et l’acide carbonique ». Je lis dans plusieurs auteurs que le curare n’a aucune influence sur le sarcode ou protoplasma; or, nous avons vu que, bien que le curare provoque une certaine inflexion, il ne cause qu’une trèsfaible agrégation du protoplasma.
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Les différentes substances énumérées dans ce chapitre affectent de façon bien différente la couleur ‘des glandes. Les glandes prennent bien souvent d’abord une teinte foncée, puis elles deviennent très-pâles ou mêmes blanches, comme nous l'avons vu pour celles qui ont été traitées par le poison du cobra et par le citrate de strychnine. Dans d’autres cas, les glandes deviennent blanches tout d’abord comme celles des feuilles que l’on plonge dans l’eau chaude et dans divers acides ; il faut, je crois, attribuer cet effet à la coagulation de l’albumine. Parfois, sur une même feuille, quelques glandes deviennent blanches et d’autres très-foncées, comme il est arrivé chez des feuilles plongées dans une solution de sulfate de quinine ou exposées à la vapeur de l'alcool. Une immersion prolongée dans la nicotine, dans le curare, et même dans l’eau, noircit les glandes; cela est dû, je crois, à l’agrégation du protoplasma des cellules. Cependant, le curare provoque une très-faible agrégation dans les cellules des tentacules, tandis que la nicotine et le sulfate de quinine provoquent une agrégation fortement marquée qui s'étend jusqu’à la base des tentacules. Les masses agrégées de protoplasma dans des feuilles qui avaient séjourné pendant trois heures quinze minutes dans une solution saturée de sulfate de quinine, offraient des changements incessants de forme qui, d’ailleurs, cessèrent au bout de vingt-quatre heures, la feuille étant devenue flasque et paraissant morte. D'autre part, chez des feuilles plongées pendant quarante-huit heures dans une forte solution du poison du cobra, les masses de protoplasma restèrent extraordinairement actives, tandis que les cils vibratiles et les corpuscules blancs du sang d'animaux plus élevés semblent être rapidement paralysés par cette substance.
Quand il s’agit des sels alcatins et terreux, c’est la nature de la base et non pas celle de l’acide qui détermine l'action physiologique exercée sur le Drosera; il en est de
méme chez les animaux. Toutefois, cette regle ne s’applique guère aux sels de quinine et de strychnine, car l’acétate de quinine provoque une inflexion beaucoup plus considérable que le sulfate et ces deux sels sont des poisons, tandis que l’azotate de quinine n’en est pas un, et qu'il provoque une inflexion beaucoup plus lente que l’acétate. En outre, l'action exercée par le citrate de strychnine est quelque peu différente de celle exercée par le sulfate.
Une solution de phosphate d’ammoniaque n’agit que trés-lentement, n’agit même pas du toutsur des feuilles qui ont séjourné pendant vingt-quatre heures dans l’eau, ou pendant vingt minutes seulement dans de l'alcool étendu d’eau, ou dans une faible solution de sucre, bien qu’une solution de carbonate d’ammoniaque agisse très-rapidement “sur ces mêmes feuilles. Une immersion de vingt minutes dans une solution de gomme arabique ne cause en aucune façon les mêmes effets. Les solutions de certains sels et de certains acides affectent les feuilles exactement de la même facon que l’eau, au point de vue de l’action subséquente du phosphate, tandis que l’immersion dans d’autres solutions n'empêche pas l’action rapide et énergique d’une semblable solution de phosphate. Dans ce dernier cas, il se peut que les interstices des parois des cellules aient été bouchés par les molécules des sels contenus dans les solutions où ont été plongées d’abord les feuilles, de façon à rendre ces parois imperméables à l’eau, tandis que les molécules du phosphate peuvent encore pénétrer, et celles du carbonate d’ammoniaque plus facilement encore.
Le camphre dissous dans l’eau exerce une action remarquable, car il provoque non-seulement une rapide inflexion, mais il semble encore rendre les glandes extrémement sensibles à une irritation mécanique ; en effet, si on passe une brosse douce sur des feuilles qui ont été plongées pendant un laps de temps très-court dans une solution de camphre, les tentacules commencent à s’inflé-
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chir au bout de deux minutes environ. Il se peut toutefois que cet attouchement, qui ne constitue pas par luimême un stimulant suffisant, ne serve qu'à renforcer l’action directe du camphre au point de vue de l’excitation d’un mouvement. D'autre part, la vapeur du camphre agit comme narcotique.
Les solutions et les vapeurs de certaines huiles essentielles provoquent une inflexion rapide ; d’autres n’ont pas cette faculté; celles que j'ai essayées agissaient toutes comme poison.
L’alcool étendu d’eau (1 partie d’alcocl pour 7 parties d’eau) n’est pas un poison; il ne provoque pas l’inflexion et n'augmente pas la sensibilité des glandes à l’irritation mécanique. La vapeur de l'alcool se comporte comme un narcotique ou un anesthésique, et un séjour prolongé dans cette vapeur tue les feuilles.
Les vapeurs du chloroforme, de l’éther sulfurique et de l’éther azotique, affectent d’une facon très-variable différentes feuilles et les divers tentacules d’une même feuille. Cela provient, je crois, de différences dans l’âge ou la constitution des feuilles, et aussi de ce que certains tentacules ont été récemment en action. Le changement de couleur des glandes prouve qu’elles absorbent ces vapeurs; il faut remarquer toutefois que ces vapeurs affectant aussi d’autres plantes qui ne possèdent pas de glandes, il est probable qu’elles sont absorbées en même temps par les stomates du Drosera. Ces vapeurs excitent quelquefois une inflexion très-rapide, mais ce résultat n’est pasinvariable. Si on les laisse agir pendant un temps même modérément long, elles tuent les feuilles; tandis qu’une faible dose, n’agissant que pendant peu de temps, se comporte comme un narcotique ou un anesthésique. Dans ce cas, des morceaux de viande placés sur les 2landes ne provoquent aucun mouvement chez les tentacules, qu'ils se soient infléchis ou non, sous l’action de la vapeur,
jusqu’à ce qu’un temps considérable se soit écoulé. On croit généralement que ces vapeurs agissent sur les plantes et sur les animaux en arrêtant l’oxydation.
Le séjour d’une plante dans l'acide carbonique pendant deux heures, et, dans un cas, pendant quarante-cinq minutes seulement, a rendu aussi les glandes insensibles à l’action stimulante de la viande crue pendant un certain laps de temps. Toutefois, les feuilles ont recouvré toutes leurs facultés, et ne semblaient plus indisposées après un séjour de vingt-quatre à quarante-huit heures dans l'air pur. Nous avons vu, dans le troisième chapitre, que l'agrégation se trouve très-retardée chez les feuilles soumises pendant deux heures à l’action de ce gaz et plongées ensuite dans une solution de carbonate d’ammoniaque, de sorte qu’il s'écoule un temps considérable avant l'agrégation du protoplasma des cellules inférieures des tentacules. Dans quelques cas, les tentacules se sont mis spontanément en mouvement, peu de temps après que les feuilles ont été sorties du réceptacle contenant le gaz et ont été exposées à l’air libre; ce mouvement est du, je pense, à lirritation produite par l’action de l'oxygène. Toutefois, ces tentacules infléchis restent ensuite pendant quelque temps insensibles à une nouvelle irritation exercée sur les glandes. On sait que, chez d’autres piantes irritables, l'exclusion de l’oxygène empêche toute espèce de ‘mouvement et arrête la circulation du protoplasma dans les cellules’; cependant, cet arrêt de mouvement est un phénomène qui diffère beaucoup du retard apporté à l'agrégation dans les conditions que nous venons d’indiquer. Or, je ne saurais dire s’il faut attribuer ce dernier fait à l’action directe de l'acide carbonique ou à l’exclusion de l'oxygène.