CHAPITRE X
DE LA SENSIBILITE DES FEUILLES ET DE LA DIRECTION DANS LAQUELLE L'IMPULSION SE PROPAGE.
Les glandes et le sommet des tentacules sont seuls sensibles. — Propagation de l’impulsion dans les pédicelles des tentacules et à travers le limbe de la feuille. — Agrégation du protoplasma; c’est une ‘action reflexe. — La première décharge de l’impulsion est soudaine. — Direction des mouvements des tentacules. — L’impulsion motrice sé propage à travers le tissu cellulaire. — Mécanisme des mouvements. — Nature de l’impulsion motrice. — Redressement des tentacules.
Nous avons vu dans les chapitres précédents que beaucoup de stimulants bien différents, mécaniques et chimiques, excitent des mouvements chez les tentacules ainsi que dans le limbe de la feuille. 11 nous faut considérer tout d’abord quels sont les points irritables ou sensibles, et, en second lieu, comment l'impulsion motrice se transmet d’un point à un autre. Les glandes sont presque exclusivement le siége de l’irritabilité ; cependant, cette irritabilité doit s'étendre à une très-petite distance audessous des glandes, car, quand on les enlève avec de bons ciseaux, en ayant soin de ne pas les toucher ellesmêmes, les tentacules s’infléchissent souvent. Ces tentacules décapités se redressent fréquemment; j'ai placé ensuite sur eux des gouttes des deux plus puissants stimulants connus sans obtenir aucun effet. Néanmoins, ces tentacules décapités sont susceptibles d’une inflexion subséquente, si l'impulsion part du disque. Je suis parvenu, dans plusieurs occasions, en me servant de pinces trèspetites, à écraser les glandes, mais cet écrasement n’a provoqué aucun mouvement du tentacule; la viande crue et les sels d’ammoniaque placés sur ces glandes écrasées
ne provoquent non plus aucun mouvement. Il est probable qu’elles avaient été tuées si instantanément qu’elles n'avaient pu transmettre aucune impulsion motrice; en effet, dans les six cas observés (dans deux de ces cas, toutefois, la glande avait été complétement enlevée), le protoplasma des cellules des tentacules ne s’agrégea pas, tandis qu’il s'agrégea parfaitement dans quelques tentacules adjacents, qui s'étaient infléchis parce que je les avais touchés un peu rudement avec les pinces. De même, le protoplasma ne sagrége pas dans une feuille tuée instantanément par son immersion dans l’eau bouillante. D'autre part, j'ai observé une agrégation distincte, quoique faible, chez les tentacules qui s étaient infléchis, parce que j'avais enlevé les glandes avec des ciseaux coupant très-bien.
J'ai, à plusieurs reprises, frotté assez rudement les pédicelles des tentacules, j’ai placé sur eux de la viande crue ou d’autres substances excitantes sur toute la surface de la feuille, près de leur base, et sur d’autres parties, sans qu'il se produise jamais aucun mouvement distinct. Après avoir laissé pendant très-longtemps des morceaux de viande sur les pédicelles je les ai poussés un peu de façon à ce qu’ils arrivent à toucher les glandes, et, au bout d’un instant, les pédicelles commencaient à s’infléchir. Je crois donc que le limbe de la feuille est insensible à tous les stimulants. J'ai enfoncé dans le limbe de plusieurs feuilles la pointe d’une lancette; j'en ai piqué dix-neuf avec une aiguille à trois ou quatre reprises différentes : dans le premier cas, il ne se produisit aucun mouvement; mais, chez une douzaine de feuilles environ parmi celles que j'avais piquées à plusieurs reprises, quelques tentacules s’infléchirent irrégulièrement. Toutefois, comme il était nécessaire de soulever les feuilles pendant l’opération, il se peut que j’aie touché quelques-unes des glandes extérieures aussi bien que celles du disque, et cet attou-
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chement a peut-être suffi pour provoquer le léger mouvement que j'ai observé. Nitschke’ dit que les piqûres et les coupures opérées sur la feuille n’excitent aucun mouvement. Le pétiole de la feuille est complétement insensible.
Le dessous des feuilles porte de nombreuses petites papilles qui ne sont le siége d’aucune sécrétion, mais qui possèdent une certaine faculté d’absorption. Ces papilles sont, je crois, les rudiments de tentacules surmontés de glandes qui devaient exister autrefois. J’ai fait beaucoup d'expériences pour arriver à savoir si l’on peut exciter d’une façon quelconque le dessous des feuilles et j'ai soumis 37 feuilles à ces expériences. J’ai chatouillé les unes pendant longtemps avec une grosse aiguille, j’ai placé sur les autres des gouttes de lait et d’autres fluides excitants, de la viande crue, des mouches écrasées et diverses autres substances. Ces substances se dessèchent bientôt, ce qui prouve qu'aucune sécrétion ne s’est produite. En conséquence, j humectai ces substances avec de la salive, avec des solutions d’ammoniaque et de l’acide chlorhydrique étendu d’eau, et, fréquemment aussi, avec de la sécrétion prise sur la glande d’autres feuilles. Je conservai aussi quelques feuilles sous une cloche humide après avoir placé des objets excitants sur leurs côtés inférieurs; toutefois, malgré l'attention la plus scrupuleuse je n'ai jamais pu découvrir aucun mouvement véritable. Je fus conduit à faire un si grand nombre d’essais parce que, contrairement à tout ce que j'avais observé jusque-là, Nitschke affirme* qu'après avoir fixé les objets aux côtés inférieurs des feuilles à l’aide de la sécrétion visqueuse il a observé souvent que les tentacules et, dans un cas, le limbe lui-même étaient soumis à une action reflexe, s’il s’est produit réellement. Ge