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LE FRUIT

Lorsque la fécondation a eu lieu, on voit commencer la maturation du fruit, et le développement de la graine se produire peu à peu. Le fruit résulte de la transformation de l'ovaire; la graine résulte du changement de l'ovule. En fait, le fruit comprend l'enveloppe ; quand on mange un fruit, souvent on avale aussi sans y faire attention la graine qu'il contient.

Les fruits sont de deux natures tout à fait différentes: les fruits charnus et les fruits secs. Les premiers sont surtout intéressants pour l'homme et un grand nombre de cultures sont entreprises pour les obtenir.

Fruits charnus. — Le premier type de fruits charnus est la baie (fig. 66): le grain de raisin ou de groseille, 1 orange (fig. 67) nous en donnent tout de suite une idée; on y distingue la peau, qui a une certaine consistance, et la pulpe, qui est un tissu à moitié aqueux au milieu duquel se trouvent plongés les pépins, qui ne sont autre chose que les graines. Ce sont évidemment les fruits les plus parfaits, puisque, pour ainsi dire, toute leur substance est mangeable. Certaines baies atteignent de grandes dimensions.

Fig. 66. — Baies.

a, tic Groseillier à maquereau ; h, d'Asperge; c, de Belladone.

On peut citer la papaye, par exemple, qui est le fruit du Papayer, ou encore les fruits des Cucurbitacées, appelés parfois péports : Courges, Potirons, Citrouilles, dont la couche externe est parfois très dure et pour lesquels la consistance du tissu interne va en diminuant de l'extérieur vers l'intérieur. La datte est une baie dont la graine, extrêmement dure, est souvent prise à tort pour un noyau. Un second type de fruits nous est fourni parla drupe (fig. 68); ce sont les fruits à noyau : la cerise, la pêche, la prune, l'abricot, l'olive, nous dispensent de beaucoup insister. Il y a encore la peau du fruit et la chair comme dans les baies, mais la partie la plus interne est devenue dure comme du bois et constitue le noyau ; en le cassant, on trouve la graine.

Les fruits charnus sont connus et appréciés des animaux aussi bien que des hommes. Dans notre pays, les loirs; dans les contrées tropicales, les singes, les chauves-souris sont des ennemis redoutables des plantes fruitières cultivées.

Il faut leur faire une chasse très active ou protéger les fruits contre leurs dégâts. Ces mammifères, et surtout les oiseaux, contribuent ainsi inconsciemment à propager les espèces sauvages produisant des fruits charnus. Nous parlerons de ce fait intéressant en étudiant les rapports des plantes avec les animaux.

Papayes (Cariai papaya).

Fig. 67.

Coupe transversale

d'une orange.

Fig. 68. — Drupe

ou fruit à noyau

(Pèche).

LtS PLANTtS.

Protection des fruits du Jacquier.

Un Cocotier à Tabasco (Mexique).

Cl. de M. G. Moreau.

Néflier avec nèfles.

Pour la baie comme pour la drupe, la graine n'est mise en liberté que par la destruction, la corruption de la pulpe du fruit ou par son ingestion par un animal. La nature n'avait donc pas intérêt à voir les graines contenues à l'intérieur de ces fruits se multiplier ; en général elles sont peu nombreuses et, dans les drupes, il n'y en a qu'une.

L'amande, fruit de l'Amandier, est aussi rattachée aux drupes, bien que la partie charnue ne soit pas comestible. La noix de coco est, de même, une grosse drupe coriace, dont l'épais noyau est entouré par une substance fibreuse. A l'intérieur est 1 énorme graine, dont le volumineux albumen est creusé en son centre, avant la complète maturité, d'une cavité remplie d'un liquide laiteux ou lait de coco.

La noix est un fruit assez voisin de la drupe, dans laquelle a chair n'est plus comestible, mais constitue ce que l'on appelle le brou, qui est ferme, presque coriace; mais ici l'enveloppe peut, en vieillissant, éclater et produire une déhiscence imparfaite.

Fruits composés, fruits multiples, faux fruits. — La

pomme, dont la poire {fig. 69) est une légère variation, est d une nature un peu différente de celle de la drupe. Elle présente à sa partie supérieure une partie creuse ombiliquée, où l'on aperçoit de petites feuilles desséchées qui sont les restes du calice, ou couronne, ou œil; à l'extrémité opposée se trouve la queue du fruit. Si on la coupe en long en deux, on aperçoit vers le milieu, et des deux côtés, des traces de loges de nature cornée, à l'intérieur desquelles se trouvent des pépins ou graines ; cette constatation amène à pen-

ser que l'on a affaire à un fruit complexe, formé de plusieurs drupes qui se seraient soudées par leurs parties internes au voisinage des noyaux. En réalité, les choses sont plus complexes encore, car non seulement il s'agit de fruits soudés ensemble, mais de drupes soudées à une sorte de coupe réceptaculaire qui existe aussi dans le Rosier, dont nous parlerons plus loin, et qui se fusionne intimement avec les parties précédemment mentionnées. La pomme est donc un des fruits les plus difficiles à comprendre que l'on connaisse (fig. 71) et, avec ses nombreuses variétés, on la considère comme un fruit composé.

La nèfle, fruit du Néflier, est, en somme, un fruit très voisin. Il y a une dépression plus accusée à sa partie supérieure, et on y voit des traces desséchées de toutes les parties de la fleur : calice, étamines et styles ; cela indique bien que l'ovaire était infère et le calice très développé. La chair a une consistance particulière : elle est molle, et on dit que le fruit est blet ; à l'intérieur de cette pulpe se trouvent des noyaux, ou osselets, de consistance ligneuse

et très dure.

11 y a des cas où les petites drupes élémentaires se rapprochent sans se souder, comme dans le fruit de la Ronce, appelé vulgairement mûre (fruit multiple). Il succède à une seule fleuret l'on voit à la base le calice persistant ; le réceptacle qui portait les carpelles était très saillant, conique ; chaqus carpelle s'est accru en gardant son individualité ; il est devenu charnu à l'extérieur ; à l'intérieur, autour de chaque graine, il y a une petite coque parcheminée qui est l'analogue du noyau de la prune. La framboise (fig. 70) est dans le même cas, car le Framboisier est la Ronce du Mont Ida.

On désigne aussi sous le nom de mûres les fruits du Mûrier, qui ne doivent pas être confondus, en aucune façon, avec les fruits précédents. Les sexes sont séparés, le calice des fleurs femelles s'épaissit, devient

charnu et forme ainsi uneenveloppe externe au fruit

Queue

Pc^pinou graine

èpms

Fig, 69. — Fruit charnu à pépins (poire .

Buveurs de lait de coco.

Fig. 70. — Coupe d'une framboise.

s, sépales flétris ; e, étamines flétries si, style flétri ; r, réceptacle ; n, noyau ; gr. Éraine.

Fig. 71.

Coupe d'une pomme.

Fi". 72.

Coupe d'une fraise.

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LA VIE VÉGÉTALE

véritable, devenu lui-même également pulpeux à l'extérieur ; l'enveloppe s'applique d'ailleurs sur le carpelle accru sans se souder à lui ; chacun des fruits véritables est une petite drupe, et la mûre est formée par l'agglomération de plusieurs fruits pareils, de couleur blanche, ou rose, ou pourpre noir, suivant qu'il s'agit du Mûrier blanc ou du Mûrier noir (fruits composés).

Nous avons dit que dans la pomme la coupe réceptaculaire contenant les carpelles participait à la constitution du fruit. C'est quelquefois cette coupe qui constitue la plus grande partie des tissus comestibles : dans la figue, par exemple.

Le réceptacle, en forme de poire renversée et ouvert à la partie supérieure (oeil), contient au centre une série de pépins rougeâtres en très grand nombre : ce sont en réalité les fruits qui sont ici de petits akènes. L'énorme fruit de l'Arbre à pain est composé de fruits secs plongés dans la substance même du réceptacle, devenu charnu, amylacé. Ici le réceptacle est proéminent, sphérique. En somme, dans

ces derniers cas, ce qui devient charnu ou alimentaire ce sont les parties extérieures du fruit véritable.

Il est un fruit bien connu qui se rattache à ce type, c'est la fraise (fig. 72). Ici c'est encore le réceptacle qui s'est gorgé de matières saccharines, mais il est en saillie au lieu d'être en forme de coupe comme dans la figue; à sa surface se trouvent un très grand nombre de petits pépins qui sont les fruits véritables ; ils sont en réalité secs : ce sont des amènes, que nous allons définir en étudiant cette deuxième catégorie de fruits. Très communément, le vulgaire considère comme fruit ce réceptacle : c'est là une erreur qu'il ne faut pas commettre.

Pissenlit ; fleurs et fruits.

Clématite vigne blanche ; fruits.

dicelle supportant en haut une aigrette rayonnante qui permet une

dissémination facile. Les akènes des Clématites (fig. 76) sont

prolongés de même par les styles accrus et devenus plumeux. Il y a des akènes qui ne sont pas

pourvus de tels appareils de vol et

qui sont évidemment destinés à

germer au plus proche voisinage de

la plante mère. Le fruit du Tilleul

est un akène ; tel est aussi le cas du

Chêne'(fig. 75) : en faisant sauter

et tomber le gland, qui n'est autre

chose que l'akène, on obtient une petite coupe pédicellée que l'on appelle la cupule; elle est pourvue à sa surface d'un assez

Fig. 73. — Akènes à aigrettes.

A, Valériane ; B, Pissenlit ; C, Salsifis ; D, Chardon.

Fig. 74. — Akènes.

A, de Châtaignier ;

B, d'Orme (samare).

Fig. 75. — Gland du Chêne.

A, coupe :

g, graine ; c, cupule.

Fig. 76.

Akènes de Clématite.

Fig. 77. — Capsules.

A, Iris ; B, Œillet : C, Pavot :

D, Violette ; E, Lychnis ; F, Muflier ; «.Mouron ; b. Pourpier ; c, Jusquiamc.

Fruits secs. — Les fruits de ce type peuvent être séparés en deux groupes, suivant qu'ils contiennent une ou plusieurs graines. S'ils contiennent une seule semence, on conçoit que leur dissémination puisse se faire sans aucune difficulté et que la dispersion au loin de la graine puisse être confondue avec le simple transport de l'enveloppe : la graine aura évidemment à percer, non seulement ses téguments, mais aussi la paroi durcie du fruit qui la contient. On nomme akène tout fruit qui ne s'ouvre pas et qui ne contient qu'une graine. Il y en a de plusieurs variétés (fig. 73 à 76).

La graine peut être libre à l'intérieur de son enveloppe : c'est ce qui arrive par exemple pour les akènes des Composées, du Pissenlit (fig. 73, B) notamment. Tous les enfants se sont amusés à ramasser les grosses boules légères formées par ces plantes lorsque la fleur est passée; en soufflant dessus avec plus ou moins d'énergie, ils sont arrivés à mettre en liberté successivement chacun des petits fruits qui sont surmontés ici d'une sorte de pé-

Tilleul; fruits ou akènes.

Cl. de M. F. Kaideau.

Erable sycomore ; akènes ailés ou samares.

Capsules du Muflier.

Paliure épineux.

Plante aux œufs.

Fruits de Kigelia.

grand nombre de petites écailles qui sont parfois très apparentes sur certaines espèces de Chêne. Cette cupule est formée d'un certain nombre de bractées soudées entre elles. On sait que, dans le Châtaignier, la cupule se hérisse de piquants, mais elle se fend en quatre valves en s'ouvrant, mettant ainsi en liberté les deux fruits ou châtaignes qu'elle contient, et qui sont encore des akènes (fig. 74, A). La constitution de la faîne du Hêtre est à peu près semblable. On voit donc ici que l'on a des fruits en apparence déhiscents: en réalité, ce qui s'ouvre ce n'est que l'enveloppe ou cupule. C'est donc une variation analogue à celle que nous citons plus haut pour la figue ou pour la mûre parmi les fruits charnus. Remarquons, en passant, que la ressemblance entre la châtaigne et le marron d'Inde n'est qu'apparente : la première est un fruit, le second est une graine ; autrement dit, la membrane brune et luisante qui entoure la châtaigne est un péricarpe, celle qui entoure le marron d'Inde est le tégument de cette graine.

Il y a un autre moyen de dissémination des fruits qui s'observe dans la samare ; l'appareil de vol est ici une aile qui peut exister tout autour du fruit, par exemple dans l'Orme (fig. 74, B), et l'on peut voir tournoyer dans l'air ces fruits au printemps. Quand deux fruits ailés sont rapprochés l'un à côté de 1 autre comme dans l'Érable, le développement des ailes ne peut évidemment pas avoir lieu tout autour et les deux ailes des deux fruits sont opposées.

Une autre modification importante de l'akène est le caryopse, qui peut être observé dans ce que l'on appelle improprement le « grain » de Blé, car en réalité il s'agit d'un fruit. Ces grains sont lourds ; leur dissémination se fait à faible distance, comme dans le cas des Chênes, et de telles plantes sont évidemment destinées à croître sur le sol qui les a vu naître et à constituer des associations comme les forêts ou les champs cultivés de Céréales ou les prairies : la nature nous enseignant, en somme, comment il faut cultiver ces plantes. Dans le caryopse des Graminées, il y a , . ..

soudure de la paroi de la graine, de sorte qu'à la germination, la plante, pour sortir au dehors, n'aura qu'un obstacle à vaincre, ce qui est une condition favorable pour la réussite du développement.

Il y a une autre catégorie de fruits secs, ce sont ceux qui con-

Fig. 78. — Fruits secs déhiscents,

A, gousse du Pois; B. follicules de l'Aconit; C, siliquc du Chou.

Cytise faux-cbenier, en fruits (gousses).

tiennent plusieurs graines : leur nom générique est celui de capsule (fig. 77); il faut évidemment alors un mécanisme spécial pour ouvrir les enveloppes et permettre la mise en liberté des semences. Le plus ordinairement la capsule se fend en long et, s'il s'agit d'un fruit à plusieurs loges, il pourra y avoir deux cas, suivant que la fente se manifestera au milieu des loges ou sur les cloisons qui les séparent entre elles : d'où les noms de capsule de loges ou loculicide et capsule de cloisons (septum) ou septicide. Le Lis, qui est loculicide, et le Colchique, qui est septicide, nous offrent des exemples de ces deux types. Ailleurs la capsule s'ouvrira par des pores au sommet ou sur le côté; tel est le cas des capsules poricides de Muflier et de Pavot. On connaît des exemples assez rares de capsules qui s'ouvrent en travers : c'est ce qui arrive dans la Jusquiame, ou encore dans le Mouron rouge ; le fruit porte alors le nom de pyxide (fig. 77, a, b, c); c'est le type de la boîte à savonnette, dont le couvercle s'enlève comme une calotte.

Remarquons, en passant, la bizarrerie de l'aspect de quelques fruits; celui du Muflier, lorsqu'il est ouvert et qu'on le regarde sens dessus dessous, rappelle une tête de mort; l'akène du Paliure épineux (Épine du Christ ou Porte-chapeau), entouré de son aile membraneuse, figure un chapeau ; les baies de l'Aubergine ovigère (ou plante aux œufs) semblent des œufs de poule ; les fruits allongés des Kigelia rappellent un saucisson pendu.

Au type de la capsule se rattachent trois modifications importantes dans le cas de déhiscence longitudinale. D'abord le légume ou gousse (fig. 78, A), que 1 on observe dans le Haricot et d'une façon plus générale dans la plupart des plantes de la famille des Légumineuses. On sait qu'il s'ouvre en deux valves qui se séparent au milieu et suivant la ligne placentaire.

Dans le follicule (fig. 78, B), qui se rencontre dans la Pivoine, l'Aconit, c'est bien encore un seul carpelle isolé qui s'ouvre, mais

seulement suivant la suture du placenta, de sorte qu'au moment de la déhiscence, il semble que le carpelle se soit étalé et ait repris la forme plate de la feuille qui lui a donné naissance.

Enfin le fruit des Crucifères mérite une mention spéciale ; ^^ on lui donne le nom de silique (fig. 78, C). L'ovaire qui lui donne naissance est formé de deux loges, bien que la placentation soit sur la paroi ; la loge devrait donc être unique ; si elle se trouve divisée, c'est qu'il se forme une cloison surajoutée ou fausse cloison. La déhiscence a lieu suivant quatre lignes rapprochées deux à deux de part et d'autre de chaque placenta. Le fruit .. ouvert laisse apparaître au milieu la fausse cloison et deux valves.

C'est là le fruit du Chou, etc.

LA VIE VÉGÉTALE

Phot. Waite, Mexico.

Une pépinière de Cocotiers, à Tabasco (Mexique).

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