DU MOUVEMENT
Nous sommes habitués à considérer les plantes comme des êtres immobiles et ce caractère est même un de ceux qui nous frappent le plus et celui qui s'oppose de suite à la propriété la plus manifeste de l'animal. La fixité est cependant plus apparente que réelle, car le moindre souffle de vent fait bruire le feuillage et les branches et agite le Chêne aussi bien que le Roseau; en second lieu, la plante croît et la croissance est un mouvement d'une extrême lenteur. Nous avons dit, d'autre part, que les cellules dont se compose un végétal sont formées de petits compartiments à carapace rigide, à l'intérieur de laquelle s'agite la matière vivante qui est toujours en mouvement. Si les mouvements du protoplasma ne se trahissent pas au dehors, c'est que la cuirasse de cellulose de chaque cellule met obstacle à leur manifestation.
Mouvements protoplasmiques. — Cela est si vrai que si l'on imagine que l'on puisse extraire le globule protoplasmique de sa boîte, il devra être mobile. C'est, en effet, ce qui se réalise parfois dans le règne végétal, lorsque les zoospores se produisent ou quand les anthérozoïdes sont mis en liberté (fig. 86). On voit, par exemple, dans les Œdogones une cellule s'ouvrir comme une boîte, de manière à permettre au contenu protoplasmique de s'échapper. Ce protoplasma nu est pourvu de petits appendices ciliaires, qui sont disposés à la partie antérieure du corps mobile en forme de couronne et, grâce à l'agitation continue de ces filaments extrêmement fins, qui battent l'eau comme des rames, le petit globule de matière vivante peut s'agiter dans tous les sens dans le liquide ambiant. D'autres fois, les cils des zoospores, au lieu d'être disposés en couronne, sont répartis sur toute la surface de la masse mobile : c'est le cas des zoospores deVauchérie (fig. 87) ; mais le cas le plus ordinaire est celui où les cils se réduisent à deux : tous deux en avant, ou l'un en avant, long et flexible, qui
Fig. 86.
Anthérozoïdes.
a, Sphxroplea ; b, Fucus ; c, Polytric : d, Pellia.
Fig. 88.
Plasmode
formé
Fig 87 - Zoospore la fusion
de Vaucherie. r j
a, s'échappant j b, libre ; jeunes
c, fixée et germant. Myxomycètes.
Cl. F. Faideau
Sélaginelle (vulgairement, Fougère de la résurrection), ouverte et contractée.
Cl. l'\ Kiidi-au.
Geaster hygrométrique ouvert et contracté.
fonctionne comme une rame; l'autre en arrière, qui sert de gouvernail. Grâce à ces appendices, les mouvements de ce petit organisme sont prompts et rapides. 11 peut arriver parfois, comme dans les anthérozoïdes des Mousses et des Fougères, que le corps mobile prenne une forme de tire-bouchon ; il s'avance alors d'un mouvement de vis et arrive peu à peu à vaincre ainsi les obstacles qui se trouvent sur sa route.
Les mouvements du protoplasma ne sont d'ailleurs pas nécessairement liés à la présence de cils vibratiles, car dans les Myxomycètes (fig. 88) il existe des masses de protoplasma nu, appelées myxamibes, qui se déplacent comme les animaux inférieurs connus sous le nom d'amibes. C'est une sorte de mouvement de reptation, avec production, à la surface du protoplasma, de bourgeons qui grossissent et où, finalement, toute la masse vivante finit par se porter. Ces myxamibes, qui rampent ainsi dans le milieu, se rencontrent, se fusionnent, grossissent considérablement et donnent les plasmodes. Ce sont souvent d'énormes masses de protoplasma nu, ressemblant à une sorte de gelée qui se déplace sur les supports, qui grimpe même sur les arbres. Ces plasmodes s'observent dans les forêts; on les rencontre encore dans les tanneries, où ils forment des masses jaune d'or connues sous le nom de fleurs de tan.
On peut donc tirer de ce qui précède cette conclusion qu'il ne faut pas considérer comme absolus les caractères de l'animal et de la plante, tels que les donnait Linné, qui disait : « L'animal se meut, la plante est immobile. » La carapace cellulosique est, en général, l'obstacle principal au mouvement ou, du moins, à sa manifestation au dehors. Il existe cependant des cas, comme celui des Diatomées, où l'enveloppe dure n'empêche pas le mouvement ; la cellule se meut tout d'une pièce, comme un guerrier couvert d'une forte armure, mais malgré cela très agile et très prompt.
Les déplacements des Algues mobiles sont provoqués et dirigés par les agents extérieurs, notamment la lumière, la pesanteur, etc. Pour une intensité lumineuse déterminée, les zoospores se dirigent vers la source, mais après avoir été attirées on les voit fuir, puis revenir en avant, revenir en arrière, cela par une série d'oscillations. Desroches a établi que les zoospores d'une Algue (Chlamydomonas), dans leurs mouvements sous l'influence de la lumière, suivent la loi de Weber-Fechner, loi trouvée par l'étude du système nerveux.
Ces mouvements alternatifs et oscillatoires, que nous venons de signaler pour les organismes libres et simples, se manifestent encore pour des organismes plus compliqués comme les Oscillaires, qui doivent leur nom à la particularité, que présente l'extrémité du filament qui les compose, d'osciller comme un pendule.
11 s'agit, dans ce cas, d'Algues bleues qui sont constituées par des filaments très étroits et très longs. On les rencontre au pied des murs exposés au nord où elles forment un enduit crustacé d un vert bleu
LA VIE VÉGÉTALE
Rose de Jéricho ouverte par l'humidité.
de Jéricho contractée par la sécheresse.
CL V Faidea
Fig. 89. — Déchirure des sporanges
des Fougères
par contraction de l'anneau a.
noirâtre. Les Beggiatoa, qui leur ressemblent beaucoup, présentent des mouvements analogues, mais qui ne se manifestent pas seulement à l'extrémité ; ce sont des Algues incolores, qui se rencontrent dans les eaux sulfureuses; elles ont, en effet, besoin d'hydrogène sulfuré, et le soufre résultant de la décomposition et de l'oxydation de ce gaz se dépose dans les cellules de cette Bactériacée sous forme de cristaux.
Fig. 90.
a, b, de i'Impatiens e, /, du Géranium ; g, h, de l'Érodium
les Fougères de rochers ou
Mouvements hygroscopiques. — Par les temps secs, quelques plantes, comme les Mousses,
de murailles, semblent mortes; leur tige est rigide et fragile, leurs feuilles s'enroulent et se plissent. Que la pluie survienne, tout se redresse, s'étale et reverdit ; c'est une véritable reviviscence. Aucune plante ne possède cette propriété à un plus haut degré que la Sélaginelle à feuilles écailleuses, vendue chez les horticulteurs sous le nom de Fougère de la résurrection. Beaucoup d'autres végétaux présentent simplement des mouvements hygrométriques dus à l'humidité ; nous citerons, parmi les plus connus, la Rose de Jéricho, qui est une petite Crucifère des déserts sablonneux d'Orient, et les Géasiers, Champignons voisins des Vesses-de-Loup, qui étalent ou contractent leurs étoiles suivant l'état hygrométrique.
Les fruits manifestent aussi, à certaines époques de leur histoire, des mouvements analogues ; ils s'ouvrent par des dents au sommet,
Influence de la sécheresse sur les fruits.
c, d, du Vicia ;
i, /', de la Violette: k, l, du Stipa.
Phototropisme des tiges d'une pomme de terre.
par des fentes; c'est la dessiccation des parois qui amène des contractions et des déplacements. C'est la même cause qui provoque les déchirures des sporanges des Fougères, par la contraction des cellules à épaississement en fer à cheval qui constituent l'anneau {fig. 89). La contraction hygroscopique des fruits à bec de VErodium amène la séparation des graines portées au bout de filaments contractés en spirale, et cette propriété est utilisée pour fabriquer des hygromètres de prix de revient presque nul que l'on emploie dans les serres (fig. 90).
Mouvements de nutation ,
tropismes. — L'action des agents extérieurs, comme la lumière, la chaleur, la pesanteur, peut également se traduire par des changements dans la croissance des organes. Chez la racine, la pointe décrit une spirale par suite des déplacements de la ligne de plus grande croissance: ce sont les mouvements de nutation qui favorisent sa pénétration dans la terre résistante; ainsi une vis s'enfonce dans du bois ou un tire-bouchon dans du liège. D'autres mouvements sont appelés des tropismes et, suivant qu'ils sont attribuables au soleil ou à la lumière, à la chaleur, à l'humidité, à la pesanteur, on les nomme héliotropisme, phototropisme, thermotropisme, hydrotropisme, géotropisme.
Si l'on place, par exemple, des Pois chiches en train de germer devant une fenêtre, de manière que la lumière vienne sur le côté seulement, les plantes, au lieu d'être dressées verticalement comme à l'ordinaire, seront infléchies, et l'action directrice de , ,. p. njdnn.
la lumière sera si Jeune tige servant de photomètre.
Fig. 91.
Expérience du tamis incliné.
Fig. 92.
Plantule
du Pois
retournée :
racine et tige
reprennent
leur
direction
normale.
puissante que la tige sera horizontale, l'extrémité orientée vers la fenêtre. D'ordinaire l'action fléchissante de la source lumineuse n'est pas aussi forte et la direction de la tige est simplement oblique, inclinée vers la radiation, comme on peut le voir sur des tiges de Pomme de terre développées à une certaine distance d'une fenêtre. La sensibilité des jeunes tiges est si grande à l'action de la lumière qu'on peut les utiliser comme photomètre entre deux sources lumineuses inégales.
L'action de la chaleur se manifeste également pour la racine et il suffit d'une faible différence de température entre deux régions voisines du sol pour que la pointe de l'organe s'infléchisse d'un côté et, suivant les cas, le sommet de la racine s'infléchit vers la température la plus haute ou la plus basse : cela dépend de la courbe de croissance qui est en parabole. Tous ces mouvements trahissent, en fait, des inégalités de croissance des deux faces de l'axe souterrain exposées à des températures différentes et l'on sait que, pour une température appelée optimum, la croissance est la plus grande; à des températures au-dessous et au-dessus, la croissance devient moindre.
Les flexions dues à des différences dans la répartition de l'humidité se manifestent clairement par l'expérience du tamis incliné (fig. 91) qui forme le fond d'une caisse contenant de la sciure de bois humide.
Des graines qui y germent ont des racines qui sortent dans l'air, puis qui s'infléchissent vers la sciure humide, rentrent dans la caisse, puis en sortent verticalement (parce que la pesanteur reprend ses droits), et y rentrent à nouveau, et cela indéfiniment sous l'action successive de l'air sec et de la sciure humide.
Les tropismes dus à la pesan-
Cl. F. Faideau.
La Laitue scarole, plante boussole.
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Mésembrianthème pluviale en fleurs.
Cl. F. Faideau.
Chicorée sauvage ; fleurs ouvertes et contractées.
leur sont également très remarquables. Il suffit de placer une racine jeune horizontalement sur de la terre ou de la mousse : la germination de la graine à laquelle la racine appartient continue ; on voit la pointe s'infléchir brus quement à angle droit pour reprendre la direction verticale. Ce phénomène est des plus accusés si le changement d'orientation est plus grand et, si la racine a été mise le sommet en l'air, elle retourne alors son ex trém i té de
180 degrés, pour s'orienter à nouveau vers le bas (fig. 92). Mais c'est surtout pour les feuilles et les fleurs que ces mouvements à la lumière prennent une grande amplitude et un caractère particulièrement frappant. Certaines fleurs ou inflorescences suivent le soleil dans sa marche au cours d'une belle journée.
Certaines espèces, comme la Laitue scarole, sont si sensibles, qu'à midi toutes leurs feuilles sont dressées et présentent leur tranche à la source lumineuse, de manière à recevoir le moins possible de ses rayons, alors qu'ils atteignent leur maximum d'intensité ; l'aspect de ces plantes est tout à fait caractéristique à midi et, comme à cette heure précise, le plan de toutes les feuilles est celui du méridien du lieu, on qualifie ces végétaux du nom de plantes boussoles.
Le grand Soleil est également une plante sensible à l'action de l'astre dont il porte le nom, parce que ses larges capitules sont infléchis, non pas de manière à suivre le soleil, mais simplement à se tourner vers lui.
Mouvements de veille et de sommeil. — Les fleurs sont d'ailleurs particulièrement sensibles à l'action combinée des causes externes; aussi a-t-on imaginé une horloge de Flore, à 1 aide de diverses espèces qui s'épanouissent à des heures différentes :
Le Liseron des haies s'ouvre à 3 h. du malin.
Le Pissenlit à 4 ou 5 h. —
Les Chicorées à 5 h. —
Plusieurs Morelles à 6 h. —
Le Nénuphar blanc à 7 h. —
Le Mouron rouge à 8 h. —
Le Souci à 9 h. —
La Mésembryanthème pluviale de . 9 à 1 0 h. —
La Dame de onze heures (Ornithogale à ombelle) à 1 1 h. —
La plupart des Mésembryanthèmes à midi.
On observe des mouvements analogues chez les Bégonia. D'autres espèces, au contraire, s'ouvrent la nuit comme les Bellesde-nuit, les Cierges nycticalis.
Les mouvements dus à la lumière et à la nuit sont quelquefois si apparents, pour le feuillage notamment, qu'ils peuvent contribuer à modifier tout l'aspect d'une plante : pendant le jour, les folioles d'un Trèfle ou d'un Oxalis. par exemple, étant étalées, épanouies, tandis que la nuit elles sont rabattues sur le pétiole, comme s'il s'agissait d'un parapluie fermé après avoir été ouvert
LA VIE VÉGÉTALE
Bégonia tubéreux ; fleurs ouvertes et fermées.