CI. P, Faideau
Feuilles de Marronnier en état de sommeil.
pendant la journée. On conçoit que de tels changements d'aspect aient depuis longtemps frappé 1 attention des observateurs et que l'on ait comparé la plante à ces deux états à un animal dans une période de t>er'//e ou dans une période de sommeil. C'est bien la lumière uniquement qui est la cause de ce changement, car il suffit, au milieu du jour, de transporter brusquement le végétal à l'obscurité pour le voir prendre instantanément son aspect nocturne. C'est à des changements brusques de transpiration et de répartition d eau que ces phénomènes sont dus.
Mouvements spontanés et mouvements provoqués.
— Il est des mouvements d'une autre nature qui se manifestent en dehors de l'intervention de cette cause et qui n'en sont pas moins curieux; ils sont d'ailleurs plus rares. Ils se manifestent notamment pour le Sainfoin oscillant (fig. 93) qui a des feuilles à trois folioles : une médiane très grande et deux basilaires très petites. La grande foliole exécute des mouvements de veille et de sommeil; les petites décrivent, au contraire, des mouvements inverses l'un par rapport à l'autre; l'une s'abaisse lorsque l'autre s'élève, et le sommet des deux décrit une ellipse. Ce sont les mouvements périodiques.
La Sensitive enfin présente des mouvements d'une nature plus extraordinaire encore. Ils se manifestent avec des caractères qui indiquent des propriétés tout à fait analogues à la sensibilité des animaux. Il suffit, avec un objet très délicat, de toucher une foliole pour la voir se rabattre immédiatement sur le pétiole, ainsi que celle qui est en face ; ce mouvement d'ébranlement, ainsi limité au début, s'étend progressivement de hauten bas
Fig. 93. — Desmodic
ou
Sainfoin oscillant.
et de bas en haut à toutes les folioles voisines insérées sur le même pétiole secondaire, puis aux pétioles voisins, et enfin à toute la feuille qui, en un temps très court, prend un aspect qui rappelle tout à fait celui du sommeil. D'ailleurs cette excitation bizarre ne se produit pas uniquement par contact; elle peut être provoquée par des substances caustiques, par le bruit du galop d'un cheval qui passe dans le voisinage d'un champ de Sensitive. Enfin, pour compléter la ressemblance avec les phénomènes de sensibilité, en plaçant une Sensitive en pot sous une cloche où l'on a mis une éponge imbibée de chloroforme, on peut anesthésier la plante et la rendre insensible à toutes ces actions mécaniques, comme l'on anesthésie un animal sur lequel on veut pratiquer une opération chirurgicale.
Un choc ou un ébranlement provoque, dans certaines fleurs, à l'époque de la maturité, un mouvement brusque des organes internes, surtout des étamines, qui favorise la dissémination du pollen. On a observé de semblables mouvements chez les Chardons, les Chicorées, les Mahonia, les Berberis (ou Lpine-vinette) • fig. 94 I. Chez cette dernière plante, dès qu'on touche avec la pointe d'une épingle l'une des six étamines à sa base, elle quitte brusquement le pétale contre lequel elle était appuyée pour venir appliquer son anthère contre le stigmate; en même temps l'anthère s'ouvre et le pollen en sort.
Chez le Mahonia, Dop a pu réaliser cette irritabilité avec un courant électrique. Dès que le courant est établi, le phénomène de contraction de l'étamine se produit; la continuation du courant n'agit pas et ne s'oppose pas au retour de l'étamine à l'état de repos. Si l'on a fixé un petit stylet très léger à l'étamine, l'autre extrémité pourra enregistrer le mouvement sur un cylindre. On constate qu'une étamine qui vient d'être excitée reste insensible pendant un certain temps ; après trois mouvements successifs, elle perd toute sensibilité et est fatiguée. Les mouvements des plantes dites carnivores se rattachent aux précédents ; nous les étudierons dans le chapitre des Rapports des animaux avec les plantes.
Fig. 94.
Fleur d'Épine-vinette ; irritabilité des étamines.
Une Sensitive (Mimosa Spegazziniî) en position de veille et en position de sommeil.
Cl. !■'. Faideau.
FlG. 95. — COMMENT GRIMPENT LES PLANTES. A, Bambou grimpant ; B, Desmoncus ; C, Rotang ; D. Houblon (grossi) ; E, Volubilité du Houblon ; F, Volubilité du Liseron ; G, Cramoons du Lierre ; H, Vrille à crochet d'Uncaria ; I, Vrille à ressorts de Bauhinia ; J, Vrilles spiralées de Pithecothehium ; K, Vrilles à disques du même; L, Vrille-racine de Vanille; M, Vrillepétiole de Capucine et vrille de fleur ; N, Vrille-limbe de Gloriosa ; O, Vrille de Bryone ; P, Vrille de Gesse odorante.