‹ Les plantesChapitre 21 sur 115 · PLANTES D'EAU · texte numérisé non relu

PLANTES D'EAU

1. Nelombo rose. — 2. Neiombo jaune. — 3. Nymphéa rose (Madame Paul Cazeneuve). — 4. Nymphéa violet (Madame Abel Chatenay). — 5. Nymphéa hybride bleu. 6. Nymphéa hybride jaune. — 7. Nymphéa rubra. — 8. Limnocharis de Humboldt. — 9. Pontédéria. — 10. Aponogeton. — 1 1. Nymphéa blanc. — 12. Nénuphar jaune. 13. Stratiote Faux-AIoès. — 14.Cornifle submergée. — 15. Utriculaire. — 16. Ményanthe Trèfle d'eau. — 17. Vallisnérie. — 18. Myriophylle. — .19. Renoncule langue. 20. Mâcre Châtaigne d'eau. -21. Sagittaire. — 22. Salicaire. — 23. Cardamine. — 24. Iris faux-Acore ou d'eau. — 25. Caltha des marais ou Populage. — 26. Spirée

ulmaire. — 27. Alisma Plantain d'eau. — 28. Lysimaque vulgaire. — 29. Butome en ombelle.

LA VIE VEGETALE

Végétation littorale du rio Couanany.

peut plus reconnaître des tiges et des feuilles : il n'y a plus qu'une sorte de thalle. Le caractère supérieur de ces plantes se manifeste cependant par les fleurs d'abord et par les racines qui restent courtes et plongent dans l'eau, servant de balancier pour maintenir la Lentille en équilibre à la surface du liquide. On connaît des Lentilles d'eau brésiliennes, les Wolffies arhizes {fig. 106, A), qui ont un corps arrondi et sont tout à fait dépourvues de racines; c'est seulement au moment de la reproduction, par la structure des fleurs, que l'on peut entrevoir des caractères de plante supérieure.

Une régression également accusée se manifeste dans les plantes entièrement submergées qui sont incapables de venir s'épanouir à la surface du liquide : elles n'ont que des feuilles minces, translucides et dépourvues de stomates. C'est ce qui arrive pour les Potamogetons, qui vivent dans les eaux courantes et sont attachées par leur base au sol. Parmi les plantes submergées il en est de plus dégradées encore : ce sont les espèces flottantes, qui ne sont jamais rattachées à la terre et qui restent libres dans les eaux. Ces plantes ont évidemment de grandes difficultés pour se nourrir, car, d'une part, elles ne peuvent plus rien emprunter au sol et elles sont entièrement dépourvues de racines ; d'autre part, ne parvenant jamais à la surface de l'eau, elles ne sont exposées qu'à une lumière très atténuée et l'assimilation chlorophyllienne reste faible pour elles. Les espèces de ce groupe sont aussi peu nombreuses : c'est là que se placent les Cornifles ou Cératophylles, les Utriculaires, les Aldrovandies. On peut remarquer, pour ces deux dernières espèces, qu'elles obvient aux difficultés de la nutrition que nous venons de signaler en captant des animalcules aquatiques et en les digérant.

Parmi les plantes submergées fixées au sol par la base, on doit citer les fameuses Vallisnéries(/?g. 107), dont les fleurs mâles, produites par des pieds distincts, se détachent et deviennent libres sous forme de petits boutons sphériques qui emprisonnent une bulle d'air, ce qui leur permet de s'élever dans l'eau jusqu'à la surface, où ils s'ouvrent et naviguent comme de petits bateaux et entourent bientôt la fleur femelle qui est sur un deuxième pied.

\mazonicum.

Végétation littorale du rio Ucayali.

Hydrocharis morsus rance, en fleurs.

Celle-ci, en déroulant son long pédicelle spirale, est venue s'épanouir également à l'air. La pollinisation ne tarde pas à s'opéreret, quand elle est accomplie, le pédicelle de la fleur femelle contracte ses spires et la maturation du fruit s'achève au fond de l'eau.

Non moins merveilleux sont les phénomènes révélés par l'étude des plantes des cascades tropicales. Les Podostémacées (fig. 108), que l'on trouve attachées aux parois des rochers dans ces stations très limitées, se rencontrent partout dans les grands fleuves de l'Amérique du Sud, de l'Afrique et de l'Inde. Ce sont de toutes petites plantes, semblables en apparence à des Lichens et à des Mousses, mais qui sont cependant beaucoup plus élevées en organisation, car elles ont des fleurs qui les rapprochent des Saxifragacées. La dégradation intense manifestée par l'étude de ces plantes s'explique par les conditions spéciales de vie où elles se trouvent. Attachées à des rochers dans lesquels elles ne peuvent pas s'enfoncer, elles ont dû se modifier d'abord en vue de la fixation ; elles produisent un long rhizome couvert de feuilles, attaché par des organes spéciaux appelés haptères, qui n'ont pas d'analogues dans les racines des autres Phanérogames : on serait tenté de regarder le long cordon cylindrique silicifié que nous venons de décrire comme une tige, mais la présence d'une coiffe à l'extrémité démontre nettement qu'il s'agit d'une racine. C'est là une première adaptation, la plus commune et la plus naturelle, mais il s'en produit d'autres très extraordinaires. A côté des racines qui ont rampé sur le roc, d autres ont pu flotter dans l'eau; celles-ci, par suite de l'action mécanique du liquide toujours en mouvement, se sont aplaties et transformées en lames vertes susceptibles d'onduler dans l'eau. C'est ce que l'on voit dans \esDicr<sa, et l'on serait tenté de croire que l'on a affaire à uneAlgue plutôt qu'à une racine, si ce n'était la présence d'une coiffe à l'extrémité.

Action du vent. — L'agitation de l'air a une influence considérable sur la végétation : le vent est un

Fij;. 106.

Lentilles d'eau.

A. Wolffia arhiza et coupe ; B, C, Lemna minor et son inflorescence.

Fig. 107. — Vaîlisneria spiralis.

A, Pied femelle avec fleurs flottantes entourées de fleurs mâles échappées des spathes du pied mâle B.

agent de fécondation qui transporte le pollen et un agent de dissémination des graines. Les vents violents, continus, qui régnent sur les plateaux, sur les hautes montagnes et surtout au bord de la mer, entravent la croissance des plantes et les déforment.

Le vent est un agent de dessiccation, il active la transpiration; les herbes soumises à leur action diminuent leur surface d'évaporation, se revêtent de poils ou imprègnent leur épiderme de cire, restent petites, forment des rosettes ou des gazons. Au bord de la mer, l'action mécanique du vent est doublée d'une action chimique, car il est chargé de particules salines qui brûlent les feuilles. L'action continue des vents dominants sur les arbres plantés au sommet des falaises maritimes les rabougrit et les déforme. J. Friih a classé ainsi les différentes formes arborescentes des endroits soumis à des vents réguliers : 1° le tronc est vertical, mais dépourvu de branches sur la partie faisant face au vent; 2° le sommet du tronc est incliné suivant la direction du vent dominant; la couronne de l'arbre est asymétrique, comme élaguée du côté de la mer, plus développée à l'abri du vent ; 3° l'arbre est complètement incliné et rabougri.

Action du milieu souterrain. — Un autre agent qui est susceptible de modifier profondément les végétaux, est le sol. La vie souterraine est caractérisée par l'absence de lumière et, par cela même, tous les organes qui croissent en terre rappellent les caractères des plantes étiolées que l'on obtient en faisant pousser des graines dans une armoire : on sait qu'alors il n'y a pas production de chlorophylle, les tiges restent blanches, les feuilles sont atrophiées et jaunes. Les rhizomes présentent ainsi les caractères des plantes privées de lumière, mais il y a cependant des différences très manifestes entre la vie étouffée dans le sol et la vie dans l'air à l'obscurité; la difficulté de la transpiration, la résistance des particules solides de la terre à la croissance, amènent un épaississement des tissus corticaux, une réduction du système central de la tige, ce qui est accompagné de l'atrophie de tout le tissu squelettique, c'est-à-dire les fibres, et de tout le système conducteur de la sève, c'est-à-dire les vaisseaux.

L'origine de la formation des tubercules des organes vivants dans le sol est encore assez obscure. On sait cependant d'une manière à peu près certaine que l'apparition des tubercules, ou racines fasciculaires des Ophrys et des Orchis, est liée à l'invasion, dans les racines, d'un Champignon qui amène la tuméfaction des bourgeons et la formation de tumeurs. Ces tubercules, dans ce cas, paraissent être des excroissances trahissant l'existence d'une sorte de

Fig. 108. — Podostémacées.

A, Mourera Weddeiiana ; B, Fleur grossie ; C, Casielnavia ; D Fleur grossie

Podostémacées, sur les roches, dans les rapides de Guam.

maladie. Il est très vraisemblable d'admettre que quelque chose d'analogue a pu se passer autrefois pour la formation des tubercules de Pomme de terre, et Noël Bernard a formulé la théorie que les tubercules sont dus à des Champignons, ce qui a été confirmé par Magrou. Les Bactéries, dans le cas des racines de Légumineuses; les substances osmotiques sucrées, dans le cas du Radis (expérience de Molliard), produisent un effet semblable.

D'ailleurs, c'est par un autre procédé cultural que l'on est arrivé à accroître le volume des tubercules : la méthode préconisée par Louis de Vilmorin en 1832 consiste à faire des semis tardifs de Carotte, de façon à transformer une plante annuelle en une plante bisannuelle. En repiquant au début de l'année suivante, on a un bon choix de porte-graines qui peuvent donner des semences, et ces graines engendrent à la génération suivante des racines améliorées : « Quelques-unes, dit cet auteur, dépassèrent I kilogramme ; certaines égalaient les meilleures Carottes de jardin. »

Action du climat. — L'allongement de la vie et des modifications très profondes dans les caractères des végétaux peuvent aussi résulter du changement de climat.

Le changement d'altitude produit des effets importants (fig. 109). Bonniera établi le rôle de ce facteurpour la Linaire alpine qui, par suite de la persistance de sa racine, peut être vivace aux hautes altitudes, tandis que dans les basses elle devient bisannuelle.

L'Arenariaà feuilles de Serpolet est annuel dans les plaines, tandis que sur les pics des Pyrénées il se maintient plusieurs années, grâce à son rhizome qui pénètre profondément en terre. 11 y a d'ailleurs un résultat général qui établit bien l'exactitude du rôle de l'altitude, c'est que dans les Alpes, entre 200 et 600 mètres, la proportion des espèces annuelles et bisannuelles est de 60 pour 100, tandis que de 1 800 mètres jusqu'aux neiges éternelles, elle n'est

plus que de 6 pour 100. La variation en latitude produit des effets analogues, car, tandis qu'aux environs de Paris, à 49" de latitude, il y a 45 pour 1 00 de plantes annuelles et bisannuelles, il n'y en a plus du tout dans la zone polaire et toutes les espèces sont vivaces.

Cette question est d'ailleurs liée à celle du climat et à son effet sur la végétation. On sait, par exemple, pour le Lilas, qu'en le déplaçant vers le Nord on constate un retard de plus en plus accusé dans la floraison. Le retard dans l'épanouissement des bourgeons floraux qui se manifeste ainsi pour une espèce peut parfois devenir héréditaire et se maintenir même avec un changement de pays. On reconnaît dans un jardin des individus précoces et des individus hâtifs : tel est le cas du fameux Marronnier du 20 mars des Tuileries, qui fleurissait toujours beaucoup plus tôt que ses voisins.

LA VIE VÉGÉTALE

Ormes penchés par le vent de mer,

Ces faits conduisent à donner l'explication du dimorphisme saisonnier mis en évidence par de Wettstein. On a signalé pour certaines espèces (Gy psophiles, Gentianes) l'existence d'individus tardifs et d'individus précoces. Or, on remarque que les petites espèces précoces, carces particularités sont héréditaires, sont moins ramifiées que les espèces tardives et de port différent. Les caractères qui établissent les différences sont les mêmes pour les deux types de Gentianes (G. précoce, type hâtif; G. des Carpathes, type tardif), d'Euphraises (E. montana, précoce, et E. Rostl^oviana, tardif; E. tenuis, précoce, et E. breoipila, tardif), etc. La similitude des différences de ces deux séries de petites espèces semble bien indiquer qu'il s'agit de types créés par les mêmes causes climatériques. Magrou a trouvé des variations semblables sous l'influence des mycorhizes. On entrevoit ainsi 1 explication de l'origine des petites espèces dont Jordan a révélé partout l'existence, et qui, bien que se rattachant à un type de Linné (par exemple le Draba de printemps), diffèrent cependant entre elles par des caractères extrêmement ténus, mais d'une extraordinaire constance héréditaire, comme Jordan l'a établi par trente années de culture.

Si les variations d'altitude et de latitude permettent d'entrevoir l'explication de l'origine de quelquesunes de ces petites espèces, on est encore loin de connaître les causes de la naissance de toutes, car elles sont légion. Après dix années de culture du Draba de printemps, Jordan en avait trouvé dix ; après trente années, il en avait deux cents. Depuis I époque lointaine de la publication des travaux si curieux de ce botaniste français, qui pulvérisait les espèces linnéennes, beaucoup d'autres auteurs ont confirmé ses résultats : cette notion de la division des anciens types est devenue une des plus importantes de la science actuelle. me'^mmmmçFStmil

Action des substances chimiques du sol. — Il ne suffit pas de constater la division à 1 infini des espèces, il faut encore découvrir le mode de naissance de ces petites formes. A ce point de vue, l'étude de l'influence des substances chimiques du sol est intéressante à envisager. On sait notamment que la présence du sel intervient pour faire apparaître une flore spéciale au bord de la mer et autour des marais salés. La présence de serpentine dans le sol, de minerais de zinc contribue à modifier certaines petites espèces et à leur donner des caractères particuliers tout à fait remarquables. On conçoit donc qu'il puisse y avoir des plantes indicatrices du sol et que certaines associations végétales soient caractéristiques de certaines régions. Au voisinage des villages, notamment, il y a une flore rudérale qui se développe sur les décombres et qui suit 1 espèce humaine dans toutes ses migrations. On a constaté, de même, que la végétation des cratères des volcans éteints, à Java, était bien caractérisée et que, dans le fond de la cuvette volcanique, poussait une flore très spéciale qui ne se retrouvait pas sur les pentes externes et internes de la montagne d'origine éruptive.

Fig. 109. — Topinambour.

a. Semé en plaine ;

b. En montagne, par Bonnier,

à 2 300 mètres.

Cactées dans le cratère d'un ancien volcan du Mexique.

Géographie botanique. — L'extension des espèces est donc subordonnée au climat, et l'ensemble de la végétation d'une contrée prend des caractères particuliers qui peuvent être très distincts. L'aspect de la végétation d'un pays sans pluies notamment s'oppose d'une manière extraordinaire à l'aspect des forêts ou des régions arctiques. Il suffit de jeter un coup d'ceil sur la photographie ci-jointe, prise au Mexique, pour s'en rendre compte. Les Cactées y dominent; la sécheresse amène chez ces plantes l'atrophie des feuilles, qui ne sont plus représentées que par des piquants à la surface de la tige, et celle-ci est remplie de tissus aquifères, de manière à pouvoir supporter de grandes privations d'eau; ainsi donc non seulement une réserve aqueuse est constituée, mais l'eau, une fois emmagasinée, se trouve indéfiniment conservée, puisque les feuilles, organes essentiels de transpiration, ont disparu.

Par ces quelques exemples on entrevoit ce qu'il faut entendre par le jacies de la végétation d'un pays : les actions de milieu s'y trahissent d'une manière frappante et l'effet du climat mérite d'être l'objet d'une étude spéciale dans les chapitres qui vont suivre sur la Géographie botanique.

A mesure qu'on s'éloigne de l'équateur, les rayons solaires frappent le sol de plus en plus obliquement; la température devrait donc décroître régulièrement de l'équateur vers les pôles, mais les circonstances locales, comme la proximité de la mer, la fréquence des vents secs ou humides, etc., diversifient les climats, de telle sorte que des régions de même latitude peuvent avoir un climat très différent. Nous distinguons cependant trois climats généraux avec des flores correspondantes : celui des zones glaciales, celui des zones tempérées froides (flore des forêts) ou chaudes (flore méditerranéenne), enfin celui des zones tropicales humides (forêts tropicales) ou sèches (savanes, déserts).

Echinocactus agglomérâtes, à 1 700 mètres d'altitude (Mexique).

Cl. Diguet

Veyetationsbilder.

Acœna ascendens, des iles Falkland et de la Géorgie du Sud.

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