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LA RACINE

« La vie, c'est la nutrition », a dit Aristote. La plante a une vie fixée; elle puise sur place les éléments de sa nourriture, tandis que l'animal doit se déplacer pour la rencontrer ; la racine est donc d'importance primordiale ; elle fixe la plante et la nourrit; suivant la forte expression de Sully Prudhomme, « elle dispense la plante de penser pour subsister ».

Absorption de la sève. — La racine est un organe cylindrique qui se développe d'ordinaire dans le sol. Elle croît par son extrémité, car c'est sous la partie terminale appelée coiffe qu'existent les cellules qui, par leur activité et leurs divisions, édifient peu à peu tous les tissus de cet organe. La coiffe qui recouvre ces éléments jeunes et délicats en voie de prolifération est donc un organe protecteur; c'est elle qui empêche toutes les parties dures du sol de nuire à la racine. Un peu au-dessus de la coiffe se trouve la région des poils radicaux ou poils absorbants ( fig. 8 ) ; ce sont eux qui sont chargés de puiser dans le sol toutes les

Fig. 8. — Expérience montrant l'absorption. A, racine et ses radicelles avec leurs poils absorbants ; B, la plante dont les poils absorbants sont dans l'huile se flétrit j C, celle dont les poils absorbants sont dans l'eau reste fraîche.

substances liquides qui doivent pénétrer dans le végétal pour sa nutrition. On met en évidence cette fonction des poils par des expériences très simples : on fait plonger une racine d'une jeune plante dans un récipient contenant de l'eau surmontée d'une couche d'huile ( fig. 8) ; si l'on s'arrange de façon à ne laisser plonger dans l'eau que la coiffe, la plante se fane; si l'on fait plonger la région des poils seulement, la plante reste fraîche et non fanée. L'absorption ne se produit pas au-dessus des poils radicaux.

Ce phénomène de l'absorption s'opère d'après les lois de Yosmose qui se manifestent par l'expérience de la vessie de porc. On prend un cristallisoir dans lequel on met de l'eau pure et l'on y plonge un tube fermé à sa base par une vessie et rempli d'eau sucrée, légèrement teintée par une matière colorante (fig. 9) ; l'eau pure traverse très rapidement la membrane, plus rapidement que l'eau sucrée en sens inverse, et l'on voit le liquide monter dans le petit tube. Les liquides traversent donc les membranes et avec des vitesses inégales : l'eau pure traverse plus vite que l'eau sucrée. Toutes les solutions salines ont des vitesses variables. Cette expérience explique le mode de pénétration des liquides dans la plante. La membrane des différents poils radicaux fonctionne comme la vessie précédente et se laisse traverser par les

Assise subéreuse

Rayon médullaire

Poil absorbant

' / y Assise pililère Ecorce H;/.—— Endoderme =Moelle

faisceau du bois

Faisceau du liber

Péricycl

Fig. 9. — Osmométre.

Fig. 10. — Section d'une jeune raciue.

LA VIE VÉGÉTALE

Fig. 11.

Racine

pivotante

de Salsifis.

Fig. 12.

Racine fasciculée

du Blé.

Racines-ceintures d'un Ficus.

substances salines dissoutes par l'eau de pluie dans le sol. C'est là le point de départ du grand et rapide mouvement ascensionnel de la sève.

Le poil radical est une cellule qui contient du protoplasma, c'est-à-dire une matière albuminoïde tout à fait comparable au blanc d'ceuf. Or,

si, dans l'expérience précédente, on avait mis de l'albumine d un oeuf dans le petit tube, ce blanc y serait resté intégralement sans traverser la membrane. Il était absolument indispensable de faire cette remarque, parce que l'on ne s'expliquerait pas pourquoi la matière vivante ne sortirait pas de la plante en même temps que les liquides extérieurs y pénètrent.

Structure interne. — Quelques mots suffiront à indiquer quelle est la structure interne de l'organe radical. Si 1 on coupe en long et au milieu une racine de Fève, par exemple, on distingue vers la pointe trois cellules qui engendrent par leur division successivement tous les tissus ; ils se groupent en deux régions : 1 écorce et le cylindre central (fig. 10), ce dernier contenant des faisceaux du bois, formés de vaisseaux spirales et annelés, ponctués, qui alternent avec les faisceaux du liber. Quand la racine vieillit, il apparaît en dedans du liber, en dehors du bois, une assise génératrice qui, par ses divisions répétées, engendre le bois secondaire et le liber secondaire de la racine et tous les tissus qui contribuent à la croissance en épaisseur.

Ramification. — Nous avons supposé, dans ce qui précède, que nous avions affaire à un organe jeune, non encore divisé. En vieillissant, la racine se ramifie; la racine principale est le pioot. Il apparaît à sa surface, suivant des génératrices déterminées, des sortes de petits boutons qui ne tardent pas à crever et, par l'orifice, sortent des petites racines secondaires ou radicelles, sur lesquelles nous retrouvons tous les caractères de la racine principale {fig. 8, A).

Une racine est dite picotante quand la racine principale est beaucoup plus grosse que les autres (fig. Il) ; si la racine principale s'arrête de bonne heure dans son développement, les racines secondaires prédominent : on dit alors que les racines sont jasciculées (fig. 12); ce sont celles qui sont superficielles et qui épuisent le sol en surface, tandis que les premières l'épuisent en profondeur.

Quand on déterre une plante qui est dans un terrain meuble, on extrait le chevelu, c'est-à-dire l'ensemble de toutes les fines racines et radicelles, mais les poils absorbants attachés aux particules du sol sont déchirés et non visibles; pour voir ces poils radicaux, il faut faire germer les graines sur de la

Cl. de M. Atget.

Racines dénudées d'un Erable.

mousse humide. Sur un terrain meuble en pente, l'érosion montre fréquemment combien est puissant le système radiculaire des plantes.

Croissance en longueur. — La croissance en longueur des racines est continue et souvent remarquable. Les racines de Vigne peuvent s'enfoncer jusqu'à 10 ou 15 mètres de profondeur. Les racines adventives de certains Figuiers des pays chauds, comme le Figuier tueur d'arbres, peuvent s'insinuer entre les pierres des habitations voisines et exercer des pressions capables d'en amener la destruction.

L'accroissement en longueur de la racine ne se fait que dans une courte région située dans le voisinage de sa pointe ; coupe-t-on cette dernière, la croissance en longueur cesse presque aussitôt. Toutes les génératrices du cylindre radical deviennent, à tour de rôle, le siège d'un plus fort allongement ; la pointe de la racine pénètre donc dans la terre, non comme un clou qu'on enfonce, mais par un mouvement de vis, beaucoup plus puissant.

Racines-palettes d'un Figuier à caoutchouc.

Adaptations fixatrices. — La

racine sert à fixer la plante à l'aide des radicelles. La racine principale et la tige qui la surmonte peuvent être comparées à un mât tendu par des cordes obliques enfoncées dans le sol qui sont les racines secondaires; par suite de l'adhésion très intime des poils radicaux avec les particules solides du sol, par suite de contractions qui se produisent dans les tissus internes de toutes les racines, les cordelettes précédentes tirent fortement sur le mât tout autour et le consolident.

Une autre propriété des racines est très importante à considérer. Fait-on germer une graine sur de la mousse, on voit que la pointe se courbe pour s'enfoncer verticalement dans le sol. Au bout de quelques jours, si on sort la plantule de la mousse et si l'on place la racine horizontalement, la pointe s'infléchit à nouveau et reprend la direction verticale. C'est la pesanteur qui produit ces flexions, et l'on désigne sous le nom de géotropisme cette singulière propriété. On a pu le démontrer en faisant germer une graine sur une roue, soit verticale, soit horizontale ; en imprimant à la première roue un mouvement rapide, on provoque le développement d'une force suivant le rayon, qui est la force centrifuge : c'est cette direction, s'éloignant du centre de la roue, que prend alors la racine.

L'obliquité des racines secondaires, si importante pour la consolidation de la tige, est aussi sous la dépendance de l'action de la pesanteur, qui est alors moins forte que pour la racine principale. Le géotropisme disparaît dans les radicelles d'ordre plus élevé, qui croissent à l'aventure. La direction verticale conduit plus rapidement que toute autre la racine principale aux couches profondes

Racines-échasses d'un Palétuvier.

Racines-câbles d'un Pandanus.

du sol ; au contraire, la direction oblique des radicelles est favorable à la fixation de la plante et à sa nutrition.

La fixation est d'une importance capitale dans les régions chaudes où les cyclones sont fréquents. On voit alors apparaître ce que l'on appelle des racines-palettes, espèces de contreforts ou larges plaques triangulaires qui partent de la base de la tige en rayonnant tout autour du pied.

Ce sont des racines qui, en s'épaississant, se sont aplaties, par suite des tensions qu'elles ont supportées. Chez les Vaquois ou Pandanus, qui sont des Monocotylédones, il n'y a pas d'épaississement secondaire ; les racines adventives restent cylindriques.

Les actions mécaniques auxquelles sont soumises les racines peuvent être moins intenses que celles qui résultent de l'action des tornades, mais plus fréquemment répétées. C'est ce qui arrive au bord de la mer, dans les régions tropicales, pour les Palétuviers. La partie ordinairement souterraine des plantes est ici presque complètement sortie de la vase, et les racines, en longs arceaux, sont alternativement dans l'air et dans l'eau de mer, suivant que le flux ou le reflux ramène ou éloigne le flot. Il faut évidemment à la racine, dans ce cas, à la fois de la ténacité, de la flexibilité et de l'élasticité, car les paquets de mer qui frappent contre elle exercent leur action dans tous les sens. L'ensemble de la tige atrophiée dans le bas et des racines adventives rappelle une sorte d'araignée gigantesque aux pattes multiples {racines-échasses).

La sortie de la racine de son milieu normalement souterrain a eu ici des conséquences très manifestes. Il en sera de même lorsque cet organe se développera d'une manière analogue dans une ambiance nouvelle. Le Lierre développe dans l'air sur ses tiges des racines rapprochées les unes des autres, restant courtes, qui s'insinuent dans les anfractuosités du support et y adhèrent fortement par leur gangue ou leurs poils (racines-crampons).

Adaptations nutri tives. — Les racines ont aussi un rôle nourricier des plus importants. Elles peuvent non seulement s'agripper après les objets, mais s'incruster en eux ; elles y parviennent en les corrodant. On s'en rend compte en faisant germer une graine sur une plaque de marbre.

Au bout d'un certain temps, la racine, les radicelles, les poils radicaux y ont dessiné leurs contours, car la plaque a été attaquée par un acide produit par les racines.

Cette corrosion se produit évidemment dans les parasites comme le Gui, Tronc d'un Ficus africain, avec racines aériennes. qui vit sur les Pommiers,

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LA VIE VEGETALE

Racines-crampons de Lierre.

Racines à voile des Orchidées.

Cl. de M. F. Faideau.

Racines en balai de Fougères.

les Peupliers ; la racine rencontre une résistance souvent très grande à sa pénétration ; aussi se déforme-t-elle, et elle produit ce que l'on appelle un suçoir. La nutrition de la racine s'opère dans le cas des parasites à l'aide de la sève de la plante hospitalière.

L'humidité favorise l'apparition des racines; il suffit d'enterrer une branche en son milieu dans le sol maintenu humide, pour en voir naître. Les traumatismes ont aussi un rôle favorable : le bouturage consiste, en effet, à plonger par sa base un fragment de tige coupée dans le sol, et il se forme en ce point des racines nouvelles, dites adventices. Dans les régions tropicales, la chaleur et l'humidité réunies font naître par milliers des racines adventives aériennes, qui pendent partout des branches, absorbent l'humidité de l'air et contribuent à la nutrition et souvent aussi à la fixation, comme chez les Orchidées et les Aroïdées épiphytes. Le voile des Orchidées épiphytes est un tissu blanc plein d'air, qui entoure l'extrémité de leurs racines et absorbe l'eau aussi facilement que du papier buvard. Le tronc des Fougères arborescentes est souvent couvert d'une multitude de petites racines noires qui lui donnent à la base l'aspect d'un balai dont le tronc serait le manche. Chez le Figuier banian de l'Inde, les branches émettent des racines adventives {racines-supports) qui s'allongent, se fixent au sol et forment un pilier qui soutient les grosses branches et contribue à les nourrir. Quelques autres espèces de Figuiers tropicaux produisent des racines aériennes.

L'humidité attire d'ailleurs les racines, dont Vhydrotropisme est si puissant qu'il triomphe du géotropisme. Cette attirance pour l'eau cause l'envahissement des tuyaux de drainage par les racines des plantes qui y forment d'énormes tampons ou queues de renard.

Respiration. — En plongeant une racine dans une atmosphère limitée renfermant de l'oxygène, on peut voir, en faisant l'analyse des gaz au début et à la fin de l'expérience, qu'il y a eu absorption d'oxygène et dégagement d'anhydride carbonique. C'est là un phénomène capital connu sous le nom de respiration ; il est commun à tous les êtres animés : c'est une des caractéristiques de la vie; Pour tous les organes du végétal qui plongent dans l'air, la respiration se fait évidemment sans difficulté ; il n'en est pas de même pour les organes souterrains. Les arbres des villes, malgré le grillage entourant leur pied, souffrent beaucoup de la présence de l'asphalte; souvent l'asphyxie se produit pour leurs racines, qui ne tardent pas à fermenter et à périr.

Quand le sol devient compact, l'air n'y pénètre plus, et le danger d'asphyxie devient redoutable ; c'est ce qui arrive pour les plantes qui vivent dans la vase, et notamment pour celles de la région côtière des pays chauds. Les racines d'Acicennia, de Sonneratia pointent verticalement hors du sol pour aller chercher l'air; aussi les appelle-t-on racines-asperges.

Racines tuberculeuses. — Les racines peuvent se souder : on a des racines fasciées; cela est normal chez nos Orchidées indigènes, comme les Orchis ; la fasciation peut même y être complète et l'ensemble forme un tubercule arrondi. D'autres fois, au contraire, le tubercule est palmé et la paume de cette sorte de main est la partie fasciée, tandis que les doigts sont les racines distinctes.

Il y a d'autres types de racines tuberculeuses (tuméfiées) : c'est ce qui arrive pour les Carottes, les Dahlias, etc. C'est dans les parties âgées que les matériaux nutritifs s'accumulent le plus souvent et sont utilisés par la plante pour le développement ultérieur.

A B C D Cl. de M. F. Faideau.

A Suçoirs du Gui; B, Racines arrondies de Loroglosse; C, Racines digitées d'Orchis moucheron; D, Racines tuberculeuses de Dahlia.

Vieux Chênes de la forêt de Fontainebleau.

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