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LA TIGE

La tige est l'organe de la plante destiné à la soutenir dans l'air: c est elle qui se dresse et se ramifie quelquefois d'une manière puissante pour permettre aux feuilles et aux fleurs de s'épanouir à la lumière. Son rôle fondamental est donc de produire et de porter ces deux derniers organes, de les soutenir et de les nourrir en leur conduisant la sève, aliment dont elles ne sauraient se passer.

Bourgeons. — A l'extrémité de la jeune tige encore simple se trouve le bourgeon terminal, formé par une série d'écaillés imbriquées et emboîtées les unes sur les autres, qui recouvrent à l'intérieur des ébauches de feuilles de plus en plus jeunes. Ce bourgeon éclate et s'épanouit (fig. 1 3) ; les écailles externes, qui sont souvent imprégnées de matière cireuse ou gommeuse, s'étalent, tombent, et les petites feuilles internes suivent le mouvement d'épanouissement et grandissent. Les espaces entre les petites feuilles s accroissent et on distingue ainsi dans la tige les nœuds et les entre-nœuds : les premiers correspondent aux plans perpendiculaires à l'axe de la tige suivant lesquels se fait l'attache des feuilles ; les entre-nœuds correspondent aux régions beaucoup plus grandes de la tige entre les premiers. Si l'on mesure sur une tige adulte la longueur des entre-nœuds successifs, on voit, en partant du haut, qu ils sont de plus en plus grands jusqu'à une région moyenne de la tige, puis que leur longueur diminue dans la partie inférieure de l'organe aérien. Cette remarque renseigne donc sur le mode de croissance des tiges qui n est pas subterminal comme dans la racine, mais s'opère sur toute la longueur et est intercalaire.

Rarement la tige reste simple : c'est le cas cependant des Fougères arborescentes et des Palmiers. Exceptionnellement ces derniers se ramifient, et le Doum ou Hyphœne thebaica est un exemple que l'on cite à cause de sa rareté. Les avantages et les inconvénients qui découlent de la simplicité de ces tiges se comprennent aisément. Un fût de colonne parfaitement cylindrique

permet à l'arbre de consacrer toute sa vigueur à la recherche de la partie supérieure la plus éclairée des forêts. Dans les forêts vierges tropicales, extrêmement denses, où croissent surtout ces deux catégories de végétaux, cette propriété est de grande importance, car la lutte pour la lumière y est une des manifestations les plus intenses de la lutte pour la vie.

Ramification et port. — D'ordinaire, la tige est ramifiée, et c'est en général à 1 aisselle d'une feuille et au-dessus d'elle qu'un bourgeon latéral apparaît, formé dans la partie extérieure de l'écorce et constitué exactement comme le bourgeon terminal ;

par son développement, il engendre une branche qui est absolument identique à la tige primitive. Les branches sont, le plus souvent, d'au-

Bourgeons et inflorescences du Pin.

/, feuille; b a, bourgeon axillairci

b i, bourgeon terminal ; n, nœud ,

e n, entre-nœud.

LA VIE VÉGÉTALE

Araucaria imbricata.

Peuplier pyramidal ou d'Italie.

Tilleul centenaire de Laeken.

tant plus jeunes qu'elles sont plus près du haut de la tige; il en résulte que leur taille va en grandissant du sommet à la base, et que l'ensemble de l'arbre ramifié a l'aspect d'un cône, ce que l'on voit très bien dans les Sapins, dans les Séquoia, les Araucaria. Ce cône peut devenir très aigu dans les Thuya, par suite de la faible croissance des branches inférieures, et ce cas sert de transition vers celui du Peuplier pyramidal, dans lequel le tronc principal est seul bien apparent, toutes les branches restant grêles et courtes et cela sur toute la longueur de la tige, qui est dite fastigiée. Parfois les branches retombent vers le bas : on a les arbres pleureurs, dont le Saule de Babylone, dit Saule pleureur, est l'exemple le plus connu. Si, au contraire, l'activité de la croissance varie pendant l'allongement de l'arbre, modérée au début et maximum au milieu de la vie, il en résulte qu'il prend régulièrement une forme en boule, comme on peut le voir dans les Pommiers.

Tiges herbacées et tiges ligneuses. — Cette tige change de consistance et de nature avec l'âge. Si elle est restée petite et molle, aqueuse, on dit que la plante est herbacée, parce que cette particularité s'observe pour les herbes de nos prairies ; ailleurs, la tige s'allonge notablement et les tissus se durcissent : on dit que la plante est ligneuse, et l'on a affaire, dans ce cas, à ce qu on désigne couramment sous le nom d'arbre ou d'arbuste. Ces différences si fondamentales d'aspect et de taille en entraînent une autre relativement à la durée du végétal. Les plantes herbacées sont, en général, éphémères; elles ne vivent souvent qu'une année ; rarement elles survivent à l'hiver; moins fréquemment encore elles persistent plusieurs saisons de suite sans péricliter, grâce à leurs parties souterraines : de là découle la distinction des plantes annuelles, bisannuelles et Vivaces.

Les plantes ligneuses sont beaucoup mieux armées pour résister aux frimas de nos hivers, et les arbres peuvent vivre pendant des siècles. La durée de l'existence de quelques-unes de ces espèces est parfois prodigieuse; il n'est pas impossiblede rencontrer desChênes de plus de 500 ans : le Jupiter de la forêt de Fontainebleau a plus de 700 ans ; en 1812, on abattit à Bordza, dans les provinces baltiques de la Russie, un Chêne qui avait près de I 000 ans ; c'est 1 âge vénérable du Châtaignier de Sancerre. On a signalé

Port du Saule pleureur.

des Baobabs de près de 6000 ans, et le Dragonnier d Orotava deTénériffe, qui a été abattu par un orage, il y a quelques années, ne paraissait pas avoir sensiblement grossi depuis 1402, époque où les Européens, en arrivant dans l'île, ont commencé à l'observer et à le mesurer, et son âge pouvait être aussi extraordinaire. On voit, d'après cela, que l'édification d'un arbre et d'une forêt d'essences ligneuses peut prendre la valeur d'un phénomène presque comparable, pour la durée, aux périodes géologiques.

On admettra aisément qu'une plante, qui a devant elle des siècles pour s'accroître, pourra atteindre en hauteur des dimensions très remarquables. Les espèces que nous venons de mentionner ne sont pas, cependant, parmi celles de plus haute taille. Les arbres géants de 50 à 60 mètres ne sont pas rares dans la forêt équatoriale (Altingia), mais c'est en Australie et en Californie que l'on observe actuellement les arbres les plus hauts. Les Séquoia, de cette dernière contrée, atteignent plus de 100 mètres (115 mètres); les Eucalyptus, de la première région, vont jusqu'à 165 mètres de haut.

Croissance en épaisseur. — L'accroissement en longueur des arbres n est pas le seul point intéressant à signaler dans leur histoire; l'accroissement en diamètre mérite également d'attirer notre attention. Quand on scie un billot transversalement, obtenu d'un tronc d'arbre, on remarque aisément une série de zones concentriques dans la région centrale, formant ce que Ion appelle vulgairement bois. L'expérience apprend que ces zones sont annuelles, et que leur nombre permet de déterminer l'âge d'un arbre (fig. 18). Lorsqu'on examine à la loupe la constitution de ces zones, on voit qu'elles sont caractérisées par un changement brusque du calibre des vaisseaux, éléments constitutifs du bois dans lesquels circule la sève : les vaisseaux formés pendant le printemps et l'été sont très larges, à membrane relativement mince; ceux qui se produisent pendant l'automne sont, au contraire, à cavité étroite et à membrane épaisse. Cet épaississement continu des tiges est produit par le jeu d'une assise qui existe d'une manière permanente à la périphérie du bois (fig. 1 6) ; elle engendre, d'une façon presque continue, ralentie cependant pendant les grands froids, vers l'intérieur .de la tige, les éléments du bois et, vers l'extérieur, les éléments libériens qui s'aplatissent les uns sur les autres, car ils

Boycr.

sont mous, de manière à avoir été comparés aux feuillets d'un livre (liber).

La considération des couches ligneuses et de leur constitution est une question de la plus grande importance pratique, à cause de l'utilisation des bois en menuiserie et en ébénisterie.

Transformations du bois. —

Lorsque le bois vieillit, il subit des modifications notables dans sa dureté, sa consistance et sa couleur, qui sont d'importance pour l'industrie. La partie centrale d'une tige devient d'une couleur en général plus foncée, d'une dureté et d'une densité plus grandes. Cette transformation est le début d'une série de modifications successives dont le terme ultime est la destruction dubois ; elle se produit progressivement de l'intérieur vers l'extérieur, mais elle progresse sans lien régulier avec la marche des saisons. La couleur est foncée dans cette partie centrale; elle constitue le cœur du bois. Les régions ligneuses périphériques, dans lesquelles ces métamorphoses ne sont pas opérées, constituent V aubier. Il peut arriver que le bois conserve une coloration peu intense et une faible densité dans toute l'épaisseur du tronc ; on a affaire alors aux bois blancs, peu durables, donnant peu de chaleur comme combustibles. Les bois qui se colorent sont les bois durs et la partie ainsi transformée forme dans un arbre le bois parfait qu'utilise l'ébéniste. La couleur du cœur est variable avec les espèces : le Noyer est brun, le Plaqueminier ébénier est noir et donne le bois d'ébène, le bois des Hematoxylon est rouge violacé et fournit le bois de Campêche employé comme colorant. La constitution du bois parfait d'un arbre est d'ailleurs sous la dépendance des conditions de végétation. Dans un sol maigre, le cœur se forme mal; dans un terrain fertile, au contraire, les couches annuelles sont plus épaisses, et il y a beaucoup de bois parfait. L'âge intervient également dans la différenciation du bois et les progrès du cœur : la proportion de cœur augmente avec les années. Dans un Chêne de 20 centimètres de diamètre, l'épaisseur du cœur est I, et 1 celle de l'aubier; pour des épaisseurs croissantes du diamètre, l'épaisseur de l'aubier reste à peu près la même et est représen-

Baobab géant, dans le Centre africain.

tée par l'unité, tandis que le cœur varie :

diamètre 30 centimètres, le cœur vaut 3 ; diamètre 60 centimètres, le cœur vaut 4.

L'élasticité d'un bois est une propriété souvent importante, qui a un rôle notable dans diverses circonstances, en particulier pour la constitution de la mâture des navires. Comme l'élasticité est en raison inverse de 1 épaisseur des couches annuelles, les Pins, qui sont, comme on le sait, des arbres à croissance lente, conviennent bien pour le but précédent. Mais la latitude aune influence sur cette croissance et, dans les recherches de Bravais et Martins, il a été établi que c'était vers 64° de latitude, dans la presqu'île Scandinave, que se rencontraient les conditions les plus favorables pour le développement des tiges destinées à faire des mâts.

Le bois parfait peut parfois se différencier prématurément sous l'influence de blessures produites d'une manière régulière en des points déterminés suivant certaines génératrices, et alors le bois se montre en section transversale, comme orné d'une sorte de croix de Malte qui dérive des traumatismes. C'est là un fait singulier qui résulte notamment du traitement auquel sont soumises les tiges de certains arbres et arbustes à Maule, en vue de la fabrication des cannes et des manches de parapluies.

Structure des jeunes tiges. — Nous venons d'envisager la structure des arbres ; celle des herbes est beaucoup plus simple, et celles-ci présentent, à l'état persistant, la structure des arbres au début. On y trouve constamment, comme dans la racine, un épiderme qui est pourvu de petits orifices appelés stomates, par lesquels s'opèrent les échanges gazeux entre la plante et l'atmosphère; on y distingue une écorce et un cylindre central (fig. 15), dans lequel on remarque des faisceaux qui sont à la fois libériens et ligneux : libériens à l'extérieur, ligneux à l'intérieur (fig. 14). Par la juxtaposition de ces faisceaux, la tige se distingue donc nettement de la racine dans laquelle ces éléments sont séparés. La pointe des faisceaux du bois est vers l'intérieur et les éléments qui existent en

Dragonnier, à Ténériffe (Canaries).

Séquoia giganlea, en Californie.

Zones annuelles d'un tronc de Pin.

Tige de Smilax et tige de Grenadier (coupes grossies).

Cl. E. Dejrollc.

Endoderme Péricycle Liber Bois

Moelle

Détail d'un faisceau libéro-ligneux.

Épiderme

Stomate Tissu cortical Liber Bois

Péricycle Endoderme Moelle

Rayon médullaire

Fig. 15. — Coupe de Dicotylédone montrant la structure primaire.

Ecorce

v Couche génératrice \ du liège ÀBois primaire

I 1 Liber r—f- primaire

. / Couche 7" génératrice libéra ligneuse

Cylindre central

Fig. 16. — Formations secondaires

de Dicotylédones :

couches génératrices.

Stomate

Lenticelle Cuticule Epiderme ^-Liépe

Couche génératrice du liège

Fig. 17. — Fonctionnement de la couche génératrice du liège.

ce point sont constitués par des vaisseaux spirales et annelés, tandis que, vers la périphérie de la partie ligneuse, les vaisseaux sont surtout ponctués. Il y a, d'ailleurs, des fibres et du tissu ligneux mélangés à ces divers éléments vasculaires. Dans le liber, c'est le tube criblé (fig. 6, E) qui est vraiment caractéristique, et qui doit ce nom aux plages criblées des parois transversales. La moelle est beaucoup plus développée que dans la racine, et elle est souvent réduite à une large cavité occupant le centre de la tige.

i Moèlla Bois primaire

Bois secondaire des 1?2* 3* et tannées Couche génératrice iibero-ligneuse liber secondaire des 4^ 3? 2' et !• années

Fig. 18. — Coupe d'une tige âgée de 4 ans.

Les écorces. — En même temps que la partie interne des tiges se constitue et se différencie suivant les modes variés qui viennent d être mentionnés, les parties périphériques subissent également des changements notables dans les tissus corticaux. Tandis que l'assise génératrice interne produit, par ses divisions répétées sur ses deux faces, le bois et le liber, une assise analogue, mais externe, se constitue à des profondeurs variées dans les tissus corticaux, qui engendre par ses cloisonnements, vers l'extérieur, le liège et, vers l'intérieur, l'écorce secondaire (fig. 17). Le' liège est formé de cellules aplaties parallélépipédiques, très intimement soudées les unes avec les autres, à membrane imprégnée de subérine. Les cellules subéreuses périssent rapidement, perdent leur noyau et leur protoplasma, se remplissent d'air, forment une sorte de matelas mauvais conducteur de la chaleur à la périphérie des tiges et constituent un organe de protection, d'autant plus appréciable que les cellules imprégnées de subérine résistent à l'attaque des bactéries, qui détruisent les membranes purement cellulosiques.

Grâce au jeu de l'assise subéreuse, tous les tissus qui lui sont extérieurs ne tardent pas à être mortifiés et s'exfolient en forme d'écaillés, de plaques variées. La tige continuant à s'épaissir, des fentes tendent à se produire dans l'écorce, et

Croix de Malte naturelles sur sections de bois pour cannes.

de nouvelles assises de liège naissent dans ses régions plus profondes. Il se forme ainsi à la surface des vieux troncs ce qu'on appelle l'écorce crevassée ou rhytidome, qui varie beaucoup dans son aspect suivant les tiges et fournit des caractères utiles pour reconnaître les arbres.

Tandis que l'écorce du Hêtre reste lisse, celle du Peuplier noir présente de longues crevasses; celles du Châtaignier sont plus longues encore; les crevasses du Chêne sont plus courtes. Le Cerisier se fend surtout horizontalement et son écorce s'enlève en plaques transversales minces, qui servent à faire ces boîtes à tabac que l'on connaît vulgairement sous le nom de queues de rat. Le Platane se dépouille par larges plaques qui tombent dAin coup et qui mettent à nu une partie jeune lisse et d'une teille plus claire, de sorte que le tronc de cet arbre est maculé d'une manière curieuse par le rapprochement des parties vieilles et des parties jeunes de l'écorce.

Tiges souterraines. — La tige est susceptible, comme la racine, de variations notables qui sont en relation avec les fonctions diverses auxquelles cet organe doit s'adapter.

Les tiges vivant dans le sol constituent ce quel'on appelle les rhizomes ; elles sont décolorées, blanches, dépourvues de feuilles vertes, garnies seulement d'écaillés (fig. 19). Dans un Sceau-de-Salomon, par exemple, il y a un rhizome sur lequel on observe une série de cicatrices correspondant aux traces laissées par les tiges aériennes dressées, après leurschutes successives : on peut, d'après le nombre de ces cicatrices, déterminer depuis combien d'années la tige chemine silencieusement dans le sol; en réalité, elle relève chaque année son extrémité vers le haut, de façon à sortir de terre, et ne continue sa croissance souterraine que par un bourgeon de remplacement qui se forme à la base et qui se trouve en prolon-

Écorce du Peuplier noir.

Ecorce du Hêtre.

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