LES OMBELLIFÈRES
Dans les prairies sèches, calcaires, se dressent, au cœur de l'été, les blanches ombelles de la Carotte sauvage (Daucus Carota). Cette herbe bisannuelle porte des feuilles alternes, à divisions étroites et très multipliées. Les fleurs, petites et nombreuses, sont groupées en ombelles composées ayant jusqu'à quarante rayons ; l'involucre est très découpé ; l'involucelle ou collerette de chaque ombellule est divisée en trois parties. Les fleurs ont un calice à cinq sépales très petits, une corolle à cinq pétales libres (fig. 260), recourbés, cinq étamines, un ovaire adhérent surmonté de deux styles et de deux stigmates; formé de deux carpelles, il donne à la maturité deux akènes qui, attachés à un support en Y, s'écartent l'un de l'autre et sont couverts de pointes raides.
La famille des Ombellifères, très homogène, comprend des herbes possédant une tige cannelée et creuse, à cause de la prompte disparition de la moelle ; les feuilles sont alternes, à pétiole élargi en gaine et à limbe découpé ; les fleurs, petites et régulières, se groupent en ombelles composées, rarement en ombelles simples. Chacun des deux akènes formant le fruit est marqué de côtes longitudinales plus ou moins saillantes, que séparent des sillons dont le fond est occupé par des canaux pleins d'une huile volatile ; la racine, la tige et les feuilles sont traversées par des canaux sécréteurs fournissant des principes oléorésineux odorants. On peut diviser les Ombellifères en trois sections, en s'appuyant sur l'inflorescence et les sillons du fruit.
Dans une première section (Diplozy-
giées), les fruits portent, en plus des saillies
Fig. 260. — Carotte sauvage.
a, Diagramme de la fleur ;
b, Coupe de la fleur j c, Coupe du fruit.
méditerranéenne; leurs fleurs jaunes forment de larges ombelles; leur racine contient un suc acre, irritant, d'où l'on extrait une résine révulsive. Les Laserpitium sont voisins.
La deuxième section (Haplozygiées), de beaucoup la plus nombreuse, est caractérisée par ses fruits dépourvus de côtes secondaires. On peut la diviser en trois groupes : les Sésélinées, dont le fruit est presque cylindrique (rarement ailé) ; les Peucédanées, au fruit comprimé dans la région dorsale, et les Amminées, chez lesquelles il est comprimé latéralement.
UAngélique officinale est la plante la plus utile du groupe des Sésélinées (fruit ailé) ; ses feuilles très grandes, doublement composées, ont un pétiole engainant ; les fleurs blanches ou verdâtres forment de grandes ombelles sphériques ; l'involucre est presque nul et chaque involucelle porte huit folioles. On utilise les tiges et les pétioles de cette plante aromatique en confiserie et pour la fabrication des liqueurs. Le Fenouil vulgaire (Fœniculum officinale) de nos champs est une grande herbe parfumée, dont les ombelles de fleurs jaunâtres sont dépourvues d'involucres et d'involucelles ; ses feuilles extrêmement découpées sont presque réduites aux nervures (p. 27). On cultive dans le midi de l'Europe le Fenouil officinal et le Fenouil doux; les tiges et les côtes de cette dernière espèce, blanchies à 1 abri de la lumière, se mangent comme légumes. L Êthuse ache des chiens, répandue dans les champs et les jardins, ressemble assez au Persil : c'est la Petite ciguë ou Faux Persil, herbe très toxique; son involucelle est à trois bractées renversées (involucre nul). Les Œnanthes sont aussi des plantes vénéneuses, dont les plus redoutables sont YŒnanthe phellandre, ou Ciguë aquatique, et YŒnanthe safranée. Enfin le Crithme maritime ou Perce-pierre croît sur les falaises de nos côtes de l'Ouest. Le groupe des Peucédanées a tiré son nom des Peucédans, herbes de nos prairies, réputées jadis en médecine. On en rapproche VAneth odorant (A. graveolens), originaire d'Orient, cultivé dans le Midi comme condiment. Les Férules, dont le nom évoque les antiques corrections scolaires, sont de grandes herbes vivaces du pourtour méditerranéen ; leur tige fistuleuse est assez forte pour servir d'appui, mais trop légère pour blesser ceux qu'elle frappe. Plusieurs Peucédanées fournissent des gommes-résines d'odeur désagréable, employées en médecine contre les troubles nerveux. Ce sont : Vassa-fœtida, provenant d'une Férule de Perse; le sagapenum ou gomme séraphique et le galbanum, de plusieurs Férules d'Orient; la gomme-ammoniaque ou Dorème ammoniac de Perse. Enfin YOpopanax, dit à tort opoponax, provient d'Om-
Berce spondyle.
bellifères de ce nom propres à la région méditerranéenne. L'opoponax des parfumeurs provient d'une Burséracée (Commiphora pobalsamum) n'ayant aucune analogie avec les Ombellifères.
Il convient ensuite de citer : le Panais (Pastinaca), cultivé dans le jardin potager ; lesBerces(Herac/um), qui sont degrandes herbes des prés humides.
La tribu desAmminées renferme de nombreuses espèces indigènes : YAmmi élevé, les Berles (Sium), les Buplèvres,elc. L.Anis vert (Pimpinella anisum) est cultivé en Italie, dans l'Anjou, la
Touraine et le Bordelais ; c'est une plante annuelle à fleurs blanches, et dont les ombelles sont privées d'involucre et d'involucelles; ses fruits sont verdâtres, striés, ovoïdes, très aromatiques; on en fait de petites dragées, des liqueurs. Le CherVrs (Sium Sisarum) était très cultivé jadis pour ses racines alimentaires. Le Smyrnium maceron était aussi jadis très réputé comme légume.
L.'Ache odorante (Apium graveolens) est une belle plante célèbre, en médecine populaire, comme apéritive, fébrifuge et diurétique. Cette herbe bisannuelle, répandue dans les lieux frais, a des feuilles luisantes, découpées en folioles triangulaires ; il n'y a pas d'involucre ni d'involucelles sous ses ombelles d'un blanc verdâtre. L'Ache doit ses propriétés à une huile essentielle, voisine de Vapiol contenu dans le Persil ; par la culture, l'Ache a développé ses feuilles ou ses racines ; il est devenu le Céleri ou le Céleri-rave. Le Carum carvi est bisannuel ; l'involucre de son ombelle blanche est nul ou n'est formé que d'une seule bractée; l'involucelle manque. Cette plante, très aromatique, est cultivée en Allemagne, en Hollande et en Russie ; ses fruits ont des propriétés analogues à celles de l'Anis, du Fenouil, etc. Le Persil (Petroselinum satioum) est cultivé depuis longtemps comme condiment; une variété a des feuilles frisées.
La Ciguë vireuse (Cicuta) est une plante vivace, commune dans les lieux humides ; son odeur est désagréable ; sa racine pivotante rappelle celle du Navet. La Ciguë tachetée (Conium), dite aussi Grande Ciguë, est une plante bisannuelle qui croît dans les lieux incultes, en Europe, en Asie et même en Amérique, où elle est naturalisée. Sa tige fistuleuse est de la grosseur du poignet. Toutes les Ciguës doivent leurs propriétés toxiques à la conicine, ou cicutine, poison stupéfiant (Voir pi. en coul. des PLANTES VÉNÉNEUSES).
Le Cerfeuil commun (Anthriscus cerejolium), à fleurs blanches et à fruits lisses allongés, est cultivé comme plante d'assaisonnement; le Cerfeuil bulbeux (Chœrophyllum bulbosum) est un
Panicaut maritime.
Fig. 261. — Scandix, «. Fleur ; b, Fruit,
Fig. 262. — Lierre.
a. Fleur ; b, Fruit.
excellent légume par ses racines renflées. Signalons encore une plante des moissons, le Scandix peigne de Vénus ou Aiguille de berger (fig. 261), remarquable par la forme curieuse de ses fruits, surmontés d'un bec linéaire très allongé.
Les Ombellifères dont il nous reste à parler forment une troisième section (He/erosciadiées) , peu nombreuse, se distinguant nettement des précédentes par la nature de l'inflorescence qui est une ombelle simple ou un capitule. Le Panicaut des champs(Er\)ngium campestre ) est commun dans les lieux arides ; c'est une plante vivace, ramifiée et presque globuleuse, à feuilles alternes, coriaces, à nervures saillantes : c'est le Chardon roland ou mieux roulant, parce qu'à l'automne sa tige se dessèche, le vent la casse et fait rouler la plante; les fleurs, d'un blanc verdâtre, forment de nombreux capitules arrondis groupés en corymbes. Dans les Alpes on trouve une plante admirable, le Chardon bleu (Panicaut alpin).
Araliacées, Pittosporées, Cornacées. — Ces familles se relient intimement aux plantes précédentes.
Les Araliacées, dont la plupart habitent les régions chaudes, sont des arbres ou des arbustes aromatiques, à fleurs groupées en grappes d'ombelles ou de capitules ; le fruit est, le plus souvent, une drupe. Le Lierre grimpant (Hedera Hélix) est notre seule Araliacée indigène (fig. 262). Il rampe sur le sol tant qu'il ne rencontre pas de support et y puise sa nourriture par de nombreuses racines ; mais arrive-t-il au contact d'un rocher, d'un mur ou d un tronc d'arbre, il y grimpe, s'y fixe solidement à 1 aide de milliers de racines-crampons. Les tiges appliquées contre le support portent des feuilles lobées ; les tiges ramifiées du sommet libre sont garnies de feuilles ovales sans découpures ; les fleurs, qui n apparaissent qu'en septembre, sont petites, verdâtres, groupées en grappes d'ombelles simples ; de petites drupes noirâtres succèdent à ces fleurs. Le Panax ginseng est une panacée qui se paie au poids de l'or en Chine et en Corée; les Asiatiques ont dans ses propriétés une foi inébranlable. Ses feuilles sont à cinq folioles; à ses fleurs pourprées succèdent en été des fruits rouges ; la racine, seule partie utilisée, possède un goût douceâtre rappelant, avec un peu d amertume, celui du bois de réglisse.
Sous le nom à'Aralia on désigne de beaux arbustes d'ornement,
remarquables surtout par leur feuillage. Quelques-uns sont bien
véritablement des Aralia ; d'autres appartiennent à des genres
voisins, comme l'Aralia ou Fatsia du Japon, le Falsia papy-
rifère, etc.
Les Pittosporées ont comme les deux familles précédentes des canaux sécréteurs, mais l'ovaire est libre à deux carpelles ne formant qu'une seule loge; ce sont des arbustes, australiens pour la plupart ; les plus employés dans les jardins sont les Pittosporum, aux jolies fleurs odorantes.
Les Cornacées n'ont pas de canaux sécréteurs; leurs fleurs sont du type 4 et le fruit est une drupe. Deux espèces de Cornouillers (Cornus) habitent nos forêts: le Cornouiller mâle (fig. 263), arbuste dont les fleurs jaunes en ombelle apparaissent avant les feuilles (ses petites drupes rouges ou cornouilles sont comestibles), et le Cornouiller sanguin, aux fleurs blanches s'épanouissant après les feuilles et aux fruits noirs très amers.
L.'Aucuba du Japon est un arbuste dioïque cultivé pour la beauté de son feuillage perpétuel ; les - Cornouiller, pieds femelles sont garnis en hiver de jolies baies Fleur. rouges.
FOUGERE FOSSILE: ODONTOPTERIS SUR SCHISTE.